Formarec emmène le recyclage à l’université

De nouvelles formations professionnelles et continues pour 2019

Fini le temps où l’employé apprenait sur le tas et gagnait ses galons avec l’ancienneté. Aujourd’hui, l’industrie du recyclage doit répondre à plus d’exigences sur la qualité, la réglementation et l’environnement. Le regain d’activité permet aux entreprises de recruter ; elles ont aujourd’hui besoin de salariés polyvalents et spécialisés. La formation professionnelle et continue est une priorité. Pour attirer les jeunes, Federec a fait de l’apprentissage son cheval de bataille. A travers sa structure Formarec, des projets de coopération avec les universités et les écoles d’enseignement professionnel sont à l’étude.

Depuis un an et demi, la fermeture de la Chine a conduit des milliers de tonnes de matières à recycler à rester sur leur territoire. Dans le même temps, la politique européenne pousse à garder ces nouvelles ressources potentielles pour les réintégrer dans l’industrie. Face à ces défis, souligne Jean-Philippe Carpentier, président de la fédération des entreprises du recyclage (Federec), les recycleurs doivent se donner les moyens de produire des matières de grande qualité : « la politique actuelle va dans le bon sens avec la feuille de route sur l’économie circulaire et l’instauration d’un bonus-malus pour inciter à intégrer plus de plastiques recyclés dans l’industrie ». Cela dit, l’industrie du recyclage se professionnalise d’année en année, soutenue par des investissements de 521 millions d’euros en 2017 selon le dernier rapport d’activité de la fédération, dont 78 % consacrés à l’achat de machines et à l’extension de locaux. « Il y a une évidence à laquelle on ne peut plus échapper : les matières doivent être transformées et recyclées en Europe et en France si cela est possible ». La crise de 2008 et la politique protectionniste de plusieurs pays asiatiques dont la Chine ont forcé la profession à envisager l’avenir d’une autre manière.

En phase de recrutements

 

Technicien de laboratoire, responsable d’exploitation, agent de maintenance, chauffeur, conducteur d’engins, chef d’équipe, opérateur de bascule, ingénieur process, les métiers du recyclage offrent une palette de compétences et de qualifications très diversifiée. L’an dernier, les quelque 1100 entreprises adhérentes de Federec ont augmenté leurs effectifs de 6 % avec 28 356 emplois directs pour un chiffre d’affaires de neuf milliards d’euros. « Une double satisfaction pour notre profession, indique Jean-Philippe Carpentier. Cela montre que notre industrie est en croissance et surtout confiante ». Ces emplois représentent à 87 % des CDI. En 2017, Federec a comptabilisé au sein de ses adhérents, 11 % de cadres, 13 % d’agents de maîtrise et 76 % d’employés et ouvriers.

Cette catégorie, majoritaire dans le secteur, reste encore mal connue. La fédération va travailler dans les mois à venir à identifier les postes qualifiés et non qualifiés pour cerner les besoins des entreprises. Celles-ci sont confrontées à plusieurs évolutions qui impactent le niveau de leurs équipements et la professionnalisation des salariés. Ces évolutions concernent notamment le renforcement des exigences clients sur la qualité des matériaux recyclés, le cadre réglementaire, l’accroissement de la concurrence à l’échelle locale et mondiale, la concentration du secteur et la prise en compte de l’économie circulaire.

Des formations pour tous

 

Avant 2010, le diplôme dans la profession n’était pas la priorité, rappelle Hélène Vanwaes responsable des relations sociales chez Federec : « Pendant des années, il n’y avait pas de formations proposées, excepté un CAP opérateur industriel recyclage mais en réalité, peu dispensé ». Face à une industrialisation de l’activité qui doit répondre aux normes françaises et aux réglementations européennes, Federec a développé à partir de 2011, de nouvelles formations en alternance et en continu. Il y a cinq ans, la fédération a construit un bac professionnel pour la gestion des pollutions et protection de l’environnement, dispensé à Bordeaux sur deux ans. Le titulaire de ce bac pro GPPE est un professionnel qualifié capable de prendre en charge une équipe d’opérateur sur des chantiers de recyclage de déchets (exemple de métier : chef d’équipe). Autre diplôme proposé, le CAP PEUCR (propreté de l’environnement urbain – collecte et recyclage) permet d’accéder à plusieurs postes tels que agent de pesée et d’enregistrement des déchets, opérateur de démantèlement ou conducteur d’engins.

La branche d’activité propose également pour les personnes moins qualifiées de faire le point sur leurs compétences. Le certificat CléA évalue un salarié dans sept domaines : la communication en français, le calcul et raisonnement, l’utilisation d’un ordinateur, le respect des règles et le travail en équipe, l’autonomie, la maîtrise des règles d’ hygiène, sécurité, environnement, l’envie d’apprendre. Ce certificat est gratuit pour le salarié, et reconnu dans toute la France, par toutes les entreprises du recyclage. Il ouvre des portes à d’autres formations spécialisées, telles que les certificats de qualification professionnelle, comme le CQP destiné aux opérateurs de tri et le CQPI pour les opérateurs de maintenance, animateurs d’équipe, et conducteurs d’équipement industriel. Cette formation est destinée aux responsables d’exploitation souvent polyvalents, et formés sur le terrain. « On souhaite professionnaliser ce poste et donc encourager ces salariés à suivre une formation diplômante, pour valider leurs acquis. Ce n’est pas simple car c’est un peu le mouton à cinq pattes » souligne Hélène Vanwaes. Les entreprises ayant investi dans ces formations reconnaissent au final un gain de productivité et pour le salarié, une valorisation personnelle, une plus grande autonomie et un regain d’intérêt pour le métier.

Formarec sur tous les fronts

 

Au-delà de ces certificats validant les compétences sur le terrain, l’organisme de formation des professionnels du recyclage Formarec (créé en 1993 par Federec) propose aux collaborateurs en poste, des formations professionnelles pour compléter leur savoir-faire. Dispensées par des spécialistes du recyclage, elles concernent des thèmes aussi variés que le management, la veille juridique, les techniques, la QSE, et les formations certifiantes dans la compétence digitale. Elu président de Formarec en décembre dernier, Marc Péna (Groupe Péna) veut impulser de nouvelles orientations pour répondre aux besoins : « Nous allons proposer de nouvelles sessions pour les professionnels, car nous constatons qu’au sein de nos entreprises, il y a encore de grosses attentes, en particulier sur les connaissances des matériaux comme les plastiques, les papiers-cartons ou bien les métaux. Notre profession s’est toujours adaptée aux marchés mais depuis quelques années, les évolutions sur les flux à traiter s’accélèrent ».

Une autre priorité s’impose aujourd’hui à la fédération : transmettre les meilleures connaissances aux futures recrues. Le secteur a besoin de personnel, à la fois compétent et opérationnel. « Nous souhaitons redonner une image attractive à nos métiers dont le rôle est avant tout de produire des matières premières. Nous avons laissé trop longtemps l’enseignement du recyclage, se faire sans nous. Les connaissances transmises au sein des grandes écoles, universités ou IUT, s’avèrent incomplètes ou en inadéquation avec nos besoins. C’est comme si les élèves avaient la machine, mais sans mode d’emploi » déplore Marc Péna.

Des outils pédagogiques pour 2019

 

Pour y remédier, Formarec va se rapprocher des filières professionnelles de l’enseignement pour promouvoir de nouvelles formations continues. Une centaine d’établissements ont été identifiés. La majorité sont en demande de connaissances techniques et économiques sur l’industrie du recyclage. « Nous devons à notre tour réfléchir en profondeur sur notre savoir-faire, nos métiers et nos besoins pour transmettre clairement les bonnes informations et les bons supports d’apprentissage » explique le président de Formarec. Dans un premier temps, il s’agit pour la fédération de construire des référentiels et de capitaliser les connaissances. En d’autres termes, créer une véritable encyclopédie du savoir-faire dans le recyclage. En second lieu, Formarec choisira les thématiques à enseigner.

Cela implique aussi de la part des professionnels qui dispensent les cours, une harmonisation des outils pédagogiques. Après le fonds, la forme. La fédération réfléchit à la nature des supports d’apprentissage proposés. « Ils pourront se décliner sous plusieurs formes tels que des cours en ligne, des fiches techniques, des catalogues de matières premières version print ou numérique, des vidéos, sans oublier la multiplication des visites de sites, indique Marc Péna. L’objectif, c’est d’être prêt pour la rentrée de septembre 2019, avec de nouvelles sessions professionnelles répondant aux besoins des entreprises et un enseignement adapté pour la formation continue ».

Question d’image

 

La branche se mobilise aussi pour améliorer son image auprès du grand public, des professionnels de l’économie et de l’emploi. Les moyens de communication ne manquent pas pour intéresser les plus jeunes. En septembre, Federec et ses adhérents ont travaillé à la mise au point de videos et de casques de réalité virtuelle pour sensibiliser collégiens et lycéens. « Ces outils servent de vecteur de découverte entre nos métiers et les jeunes en cours d’études », insiste Hélène Vanwaes. Rendre le secteur attractif reste toujours une gageure. « Nous offrons des métiers non délocalisables et porteurs d’avenir. Pour autant, nous devons redoubler d’efforts pour séduire les futures générations de salariés. Si les postes d’ingénieurs sont en général mieux pourvus, il ne faut pas oublier les employés et les ouvriers qui représentent le plus gros de la troupe, indispensables au bon fonctionnement et à la pérennité de nos PME » insiste Jean-Philippe Carpentier.

A lire aussi :

L’insertion professionnelle dans le recyclage

A savoir :

L’observatoire des métiers du recyclage

Formarec organise une conférence sur le salon Pollutec, le 30 novembre à 11h, intitulée : « une nouvelle proposition pour gérer et enseigner les connaissances sur le recyclage »

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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