Upcycle Your Waste se penche sur les déchets des PME

Roubaix, ville partenaire, crée plusieurs boucles circulaires

Lancé début 2020, le projet Interreg Upcycle Your Waste s’achève sur plusieurs notes d’espoir. Rassemblant les territoires de quatre pays européens (Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique, France) le projet visait à accélérer les pratiques circulaires des PME, en transformant leurs flux de déchets en ressources de proximité. Trois ans après, les travaux ont mis en lumière quelques failles mais aussi des solutions pérennes de synergies locales. Exemple à Roubaix, ville partenaire du projet.

1er Forum Economie Circulaire à Roubaix

Le projet Interreg « Upcycle Your Waste » (Surcyclez vos déchets) s’est clôturé le 30 mars 2023 par une présentation publique lors du 1er Forum économie circulaire à Roubaix. Son ambition était d’aider les TPE et les PME à créer sur le territoire où elles sont implantées des boucles d’économie circulaire grâce à la valorisation de leurs déchets. En partant d’un constat : faute de moyens le plus souvent, seulement 25 % des déchets des TPE et des PME sont valorisés, contre 45 % dans les grandes entreprises. Piloté par la ville de La Haye, « Upcycle Your Waste » a réuni l’intercommunale de gestion et de protection de l’environnement d’Ijmond et l’université de technologie de Delft aux Pays-Bas ; l’université de Vives et la chambre économique d’Oostende en Belgique ; la chambre de commerce Norwich BID (Business développement District) et le comté du Kent au Royaume-Uni ; la ville de Roubaix.

Chaque territoire est unique

 

Pour aider les PME à mieux prendre en compte la valorisation de leurs déchets en misant sur la circularité des ressources, le projet Upcycle Your Waste s’est appuyé sur le rôle économique et sociétal des autorités locales. A partir de six zones pilotes sélectionnées – Parc d’activités Zichtenburg-Kerketuinen-Dekkershoek, La Haye (NL) ; Norwich Business Improvement District (UK) ; Parc d’activités IJmond-Kagerweg-De Pijp, IJmond (NL) ; Zone industrielle de Plassendale, Ostende (BE) ; Municipalité de Roubaix (F) ; Maidstone, Kent (UK), les partenaires ont travaillé sur la caractérisation des flux. Premier enseignement : aucune méthode standard n’a pu être mise en œuvre dès lors que chaque territoire est unique concernant le profil des entreprises et les flux de déchets produits. A partir des résultats obtenus par territoire, des expérimentations ont été conduites pour savoir quelles pratiques circulaires pouvaient être déployées au niveau local. L’idée étant de réutiliser les matières de façon efficace et envisager les déchets comme de nouvelles ressources. Les PME peuvent tirer de leurs déchets, une forte plus-value en considérant ce qu’elles jettent comme une ressource à réutiliser ou à surcycler sur leur territoire. Mais beaucoup d’entreprises ne disposent pas des connaissances, des ressources et de la taille nécessaires pour effectuer cette transition par leurs propres moyens. La mise en œuvre de mesures circulaires apporterait aux entreprises européennes des avantages économiques représentant 3 à 8 % de leur chiffre d’affaires annuel.

Collecte gratuite de palettes et fûts plastiques à Ostende chez Metagenics

D’où la création dans le cadre du projet Interreg, d’une plateforme d’informations en ligne (accessibles en français, en anglais et en néerlandais), intitulée Ucycle Your Waste Academy. Ouverte à toutes les PME de France, des Pays-Bas ou du Royaume-Uni, elle propose un programme de formations, sous forme de modules, de conseils, et d’outils en matière de règlementation, d’analyse des déchets, d’analyse de rentabilité circulaire et d’achats. Parmi les objectifs fixés, Upcycle Your Waste a cherché à améliorer la coopération entre entreprises sur les zones d’activités par exemple, via le recyclage collectif des déchets. Aux Pays-Bas, une expérimentation a ainsi été menée pour récupérer et centraliser les flux de cartons, palettes et autres déchets industriels et commerciaux des PME sur place. Principaux enseignements : manque d’informations et moyens inadaptés pour bien séparer les fractions ; peu de lien entre les quantités de déchets collectés et la facture imposée par les contrats individualisés des prestataires. De cette action, des conseils aux entreprises ont été mis en ligne sur la plateforme de l’Académie en insistant sur le fait qu’il faut vérifier les factures, demander des explications aux collecteurs, évaluer le nombre de conteneurs selon le flux de déchets produits, et faire jouer la concurrence sur le prix de l’enlèvement.

A Roubaix, l’écologie industrielle prend ses marques

Partenaire du projet Upcycle Your Waste, la Ville de Roubaix a bénéficié d’une enveloppe de 390 000 euros sur trois ans qui lui a permis de recruter un « mineur urbain ». A ce titre, 75 audits de TPE et PME roubaisiennes, hors commerces de bouche, ont été réalisés pour identifier les boucles circulaires locales de leurs déchets. Résultat : 3200 tonnes de déchets non valorisés identifiés ; deux appels à projets ont été lancés pour leur trouver une seconde vie ; deux ateliers de synergies inter-entreprises ont été organisés en juin 2022. Au total, une trentaine d’entreprises ont répondu présent ; 187 ressources inexploitées ont été identifiées, ainsi que 261 synergies potentielles. « En menant ces travaux, nous avons pu découvrir le territoire sous le prisme des acteurs économiques locaux et développer une analyse des déchets commerciaux et industriels dans notre ville », précise Hugo Delahaye, Chargé de mission – Projet Interreg Upcycle Your Waste. Une partie du projet a été mené pendant la pandémie, ce qui n’a pas facilité la circulation des données et les rencontres physiques. Néanmoins, sur le terrain, l’équipe de la ville a décidé d’instaurer une nouvelle approche en proposant de tisser des liens entre producteurs de déchets et utilisateurs de matières. « Nous avons eu l’occasion dans ce contexte de créer une matériauthèque recensant une quarantaine de matières, ouverte au public et aux structures qui souhaiteraient les valoriser localement », souligne Alexandre Garcin, adjoint à la transition écologique de Roubaix.

La ceinture, pièce phare de la collection de La Vie est Belt

Les appels à projets ont donné lieu à l’émergence de neuf structures, dont certaines, prometteuses, hébergent leur atelier au sein de l’ancienne usine Tissel. Le site racheté par la ville de Roubaix dispose de 13 000 m². De quoi accueillir plusieurs structures de l’économie circulaire dont le modèle reste encore fragile, précise l’adjoint. A ce jour, 4000 m² sont d’ores et déjà occupés par quelques entreprises spécialisées dans la réparation de vélos (ReCycle-Moi), l’upcycling de pneumatiques (La Vie est Belt), le réemploi de matériaux de construction ou encore le recyclage des fins de bobines de fils (Les Trois Tricoteurs). Ce qui a séduit les partenaires du projet à Roubaix, c’est la transversalité de notre démarche grâce au rôle central du citoyen, se réjouit Alexandre Garcin : « nous sommes impliqués depuis plusieurs années dans une démarche zéro déchet des habitants de quartier. L’initiative a fait boule de neige en incitant également les commerçants et les entreprises locales à suivre le mouvement ». Dans sa politique d’écologie industrielle et d’économie circulaire, la ville de Roubaix est épaulée par la région Hauts-de-France et soutenue par l’Ademe. De cette manière, Roubaix peut avoir accès au réseau des entreprises de Rev3. Lancée en 2012 par la CCI et le conseil régional des Hauts-de-France, cette dynamique collective vise à transformer ce territoire pour en faire l’une des régions européennes les plus avancées en matière de transition énergétique et numérique.

Ville pilote de la CCRI

 

Couvent des Clarisses transformé en maison de l’économie circulaire à Roubaix

A l’avant-garde des politiques circulaires, Roubaix démontre son exemplarité au-delà des frontières. Depuis l’été 2022, elle fait partie des douze villes pilotes européennes désignées par la CCRI (Circular Cities and Regions Initiative). Lancée par l’Union européenne, cette opération a pour ambition la mise en œuvre de l’économie circulaire dans les villes et régions d’Europe. Pour Roubaix, cela signifie pendant trois ans, un soutien pour l’analyse des solutions systémiques circulaires mises en place sur le territoire et leur développement à grande échelle ; profiter du réseau d’acteurs de la CCRI, interagir et apprendre des expériences de chacun ; accéder à des outils spécifiques pour développer de manière autonome des boucles circulaires ; bénéficier d’un accompagnement pour déposer des dossiers de subventions dans différents fonds européens.

Les élus de Roubaix souhaitent ainsi dans la foulée mobiliser des moyens complémentaires à ceux déjà mis en œuvre ou en explorant des pistes jusqu’alors non envisagées. L’analyse des différents modèles d’économie circulaire déployés dans la ville a fait déjà ressortir quatre thématiques principales : le textile, le bâtiment, le mobilier et l’alimentaire. Pour chaque secteur, des actions d’éco-conception, de réemploi et de recyclage sont menées. Le sujet de l’alimentaire est plus transversal. Il touche par exemple le recyclage du pain, le réemploi des contenants, le compostage, la revalorisation des sols et des friches pour l’agriculture urbaine. D’autres pistes sont étudiées comme la commande publique, via des achats de fournitures, de services ou encore de travaux ; ou l’aménagement urbain. Ce chantier va de pair avec le programme de renouvellement urbain (NPNRU) dont quatre quartiers de Roubaix font l’objet.

Crédit : DirCom – Ville de Roubaix ; Sébastien Candelier – Ville de Roubaix

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