Trader sur le marché du recyclage depuis 13 ans, à la tête de l’entreprise Electro Recycling, Loïc Breton s’est spécialisé dans le négoce de matières issues de déchets électroniques (DEEE). Il décide en 2016 de créer une plateforme numérique pour faciliter les échanges entre vendeurs et acheteurs de déchets. Urban Mining Exchange répond à un besoin du secteur et se veut un compromis entre la bourse de déchets et Le Bon Coin.
L’idée a fait mouche. Un espace numérique, facilitateur d’échanges entre un vendeur et un acheteur de matières à recycler manquait à l’appel. Aussi bien en France qu’à l’international ; pour les traders, les détenteurs de matières comme pour les consommateurs. « Les bourses d’échanges existent déjà, explique Loïc Breton, mais elles sont souvent payantes dès la première inscription. Les réseaux sociaux sont devenus un média pratique pour vendre et acheter des déchets. Mais cela reste très chronophage, car les annonces sont dispersées et nécessitent quelques recherches préalables ».
Fort de sa connaissance du milieu et des besoins des acteurs du métier, le négociant français décide de lancer il y a un peu plus de quatre mois, sa propre plateforme, gratuite et sans commission. Baptisée Urban Mining Exchange (UME) elle permet comme son nom l’indique, de développer un réseau professionnel dans le domaine du recyclage et de faciliter les échanges commerciaux entre annonceurs et acheteurs de matières issues de la mine urbaine (métaux, plastiques, textiles, verre ou bois issus du recyclage). Au total, la plateforme accueille 14 familles de matières, des plus basiques aux plus précieuses, voire stratégiques pour l’industrie.
Déjà présent dans 30 pays
« La question est de savoir qui vend, quoi et à qui » souligne Loïc Breton. Opérationnelle et en test depuis quatre mois, Urban Mining Exchange est déjà plébiscitée par les consommateurs industriels de matières métalliques comme les fonderies, par les recycleurs, mais aussi par les négociants en matières premières secondaires ou détenteurs de matières plastiques. Surtout depuis que la Chine a fermé ses portes à certaines catégories de déchets. « Il ne s’agit pas de se substituer aux traders, insiste le fondateur de la plateforme, lui-même trader. Nous restons indispensables pour un vendeur ou un acheteur qui ne connaît pas le pays de sa transaction. Nous facilitons les mises relation sur le terrain, organisons les visites de sites et créons un climat de confiance propice à la transaction ». Cet outil est là pour faire gagner du temps de prospection sans modifier les habitudes de travail. Enfin, selon Loïc Breton, il peut favoriser le recyclage et augmenter l’activité du secteur. Outre la création d’un réseau de professionnels, UME conseille et délivre les documents administratifs nécessaires à la transaction. Les vendeurs et les acheteurs bénéficient en outre d’une veille permanente des marchés.
A ce jour, Urban Mining Exchange compte 270 membres inscrits et 180 annonceurs visibles qui sont les vendeurs. « Nous sommes d’ores et déjà présents dans 30 pays. L’heure est pour l’instant à la prospection, avoue Loïc Breton. Le plus important est de nous faire connaître sur les salons internationaux ». Prochaine manifestation ciblée, le Midest, Salon des savoir-faire en sous-traitance industrielle, fin mars. Deux commerciaux, récemment recrutés, démarchent les recycleurs et les industriels tels que les fonderies ou les injecteurs de matières plastiques. C’est un travail de fourmi incontournable qui a pour but de convaincre et d’attirer sur la plateforme.
Formule freemium
La principale surprise pour ces acteurs industriels est la gratuité du site. Avant la fin de l’année, lorsque la plateforme sera suffisamment connue et utilisée, une formule d’abonnement freemium sera proposée aux acheteurs. Les annonceurs ne paient rien. Ils sont les seuls à rester visibles sur le site. L’acheteur inscrit, reçoit des alertes selon ses propres critères (type de produits ou matières recherchés, prix, quantité, région). Il peut disposer de sept contacts par mois. Au-delà, il paiera un abonnement mensuel de 60 euros ou 600 euro par an. Tout acheteur potentiel peut faire des offres aux vendeurs en un clic. La plateforme propose un système d’information « nouveaux prospects » qui fonctionne sans passer sur le site ainsi qu’un système de notation de fiabilité des intervenants.
« Mon objectif n’est pas de faire payer de fortes sommes mais de proposer un outil facile d’utilisation et facilitateur d’affaires ». Avant d’en arriver à une formule payante, Urban Mining Exchange va mettre en place toutes les procédures de vérification des sociétés détentrices de matières, qui s’inscrivent sur le site (statut, permis…) pour éviter le trafic illégal de matières. Les vendeurs ne sont pas obligés d’afficher de prix. La plateforme n’intervient pas dans les échanges. L’objectif à terme : afficher des informations complémentaires, tels que des indicateurs ou des tendances sur les transactions réalisées (nature des matières, fourchettes de prix). « Je souhaiterais également encourager à terme, certains collecteurs de matières encore trop discrètes sur le marché, comme les inox ou les étains, alors qu’ils sont demandés par l’industrie. Outre son caractère international, cette plateforme d’échanges pourrait répondre au développement des circuits courts » ajoute Loïc Breton. La possibilité pour des détenteurs de déchets d’un même territoire de massifier des flux en vue de les vendre, fait partie des services possibles envisagés par Urban Mining Exchange.
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