Pénurie de matières premières et inflation conduisent les industriels à se tourner vers des matières secondaires plus accessibles et moins chères. Si les ferrailles ou les papiers cartons ont toujours eu la cote, d’autres matières sont désormais recherchées. Cyrkl a été créée dans ce contexte. Après un premier ancrage en Europe de l’Est, la marketplace BtoB élargit son périmètre au marché français. Son offre reflète les besoins actuels du marché ; avec plus de 100 catégories de déchets à valoriser et près de 19 000 professionnels connectés en quatre ans.
Promouvoir l’économie circulaire dans la gestion des déchets industriels et favoriser des synergies industrielles sur le marché européen. Telle est l’ambition de la start-up Cyrkl, fondée en 2019 à Praque par Cyril Klepek, consultant en innovation et économie circulaire en Tchéquie. Les échanges de matières à recycler entre entreprises ne sont pas nouveaux que ce soit à l’échelle d’un territoire ou du marché européen. Mais avec la pénurie de matières premières, les impacts environnementaux irréversibles liées à leur extraction, et une inflation galopante des prix des matières, les industriels doivent trouver des alternatives. Parmi elles, la valorisation optimisée des déchets entre industriels européens en fait partie, associée autant que possible à des boucles courtes. En créant une plateforme commerciale sur les flux de déchets valorisables dans l’industrie, Cyrkl met en relation des entreprises détentrices de déchets avec des acheteurs consommateurs de matières secondaires. Cette écologie industrielle et territoriale à l’échelle d’un ou plusieurs pays européens a permis en quatre ans de connecter plus de 19 000 clients, représentant des entreprises de toutes tailles (PME, ETI, start-up, multinationales). La marketplace a démarré en République tchèque, pays d’origine du fondateur qui est aussi l’un des plus industrialisés d’Europe (38% du PIB), selon la Chambre du commerce franco-tchèque. Son déploiement a été rapidement mené dans les pays limitrophes comme la Slovaquie et la Pologne, avant de s’étendre aux pays germanophones (Autriche, Allemagne, Suisse), puis en Italie et en France depuis 2021.
La marketplace concerne tous types de déchets industriels, sous-produits et matières recyclées non dangereux, généralement sous forme solide : plastiques, métaux, biomasse, boues, textiles, cartons, papiers, équipements électroniques, déchets de la déconstruction, équipements industriels de seconde main, mais aussi des substances chimiques comme des boues de phosphate, de solvants non utilisés, ou des liquides de refroidissement, soit à ce jour plus de 100 catégories de déchets, sous-produits ou recyclats référencées sur la plateforme. Le principe est simple. Après s’être inscrites gratuitement sur la plateforme, les entreprises accèdent à une marketplace facile à utiliser. Grâce à de puissants algorithmes de matchmaking, quelques minutes suffisent pour trouver la bonne ressource. Les échanges entre entreprises sont effectués directement, sans intermédiaire, ce qui facilite la création rapide de partenariats commerciaux. La négociation des prix, les dispositions logistiques et la contractualisation et le paiement se font directement entre l’acheteur et le vendeur. « Si cela est demandé, nous pouvons communiquer des tendances de prix, le noms d’opérateurs logistiques ou vérifier les certifications de gestion et stockage de déchets de l’une des parties. Notre ambition est d’agir comme un tiers de confiance pour garantir un échange sécurisé et faciliter la circularité de la matière » assure Julie Gautier, responsable marketing.
Les Français en retard sur les outils digitaux
Cyrkl fonctionne uniquement à partir des offres et accueille deux types de vendeurs : les industriels (tous secteurs confondus : industrie lourde, distribution, textile, hospitalier, agroalimentaire …) à la recherche d’une solution de valorisation pour leurs matières ; et les collecteurs- recycleurs. Une réflexion est en cours pour rendre à terme visibles sur le site, les demandes d’approvisionnement. « Nous souhaitons proposer ce service dès septembre 2023. En attendant, nos clients peuvent déjà nous communiquer leurs besoins via un espace dédié sur la marketplace. Cela nous permet d’apporter une solution adaptée à la complexité de la demande » précise Julie Gautier. À ce jour, Cyrkl compte près de 50 collaborateurs dans 12 pays européens comme la République tchèque, la Slovaquie, l’Italie, la Russie, la Pologne, l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse ou encore la France. Cyrkl France fête ce mois-ci son premier anniversaire et accompagne déjà plus de 500 clients sur le territoire. La plateforme a d’ores et déjà rejoint en tant que partenaire, le pôle de compétitivité Team2 et l’INEC (Institut National de l’Économie Circulaire). « Il existe une différence de fond dans la facilité qu’ont les acteurs à utiliser des outils numériques. En Europe centrale et en Allemagne, les utilisateurs de la plateforme naviguent très facilement et sollicitent aisément de nouveaux interlocuteurs en ligne (vendeurs ou acheteurs). En France ou en Espagne, l’outil digital reste encore à apprivoiser avec ses règles et ses risques. C’est pourquoi nous organisons des webinaires pour aider les futurs utilisateurs à s’approprier les codes du digital et à s’adapter aux nouvelles pratiques du marché » indique Julie Gautier.
Ainsi certaines entreprises n’hésitent pas à démultiplier les prises de contacts et les contrats pour augmenter les chances d’obtenir le meilleur prix ou alors d’atteindre les volumes de vente ou d’approvisionnement espérés. « Nous facilitons évidemment cette pratique qui offre de la flexibilité à nos clients dans un contexte d’instabilité économique et de difficultés d’accès à certains matériaux » ajoute la responsable commerciale. Côté matériaux, là aussi des spécificités selon les marchés. Depuis toujours et partout, les flux de plastiques dominent les échanges, comme les cartons, les métaux et le bois. Cependant, des demandes et des offres sont liées au contexte économique. L’industrie des polymères est très active en France, avec un grand nombre d’émetteurs et demandeurs de plastiques. Mais depuis octobre 2022, une demande grandissante pour la biomasse (déchets de bois et sous-produits de l’agro alimentaire) émerge en lien avec la crise énergétique. « Depuis février dernier, la demande en métal explose, en partie pour anticiper les besoins de reconstruction en Turquie suite au séisme. De plus, les efforts européens sur les questions d’indépendance en matériaux critiques (tungstène, terres rares …) accélèrent les échanges de DEEE » souligne Julie Gautier.
19 000 utilisateurs
La marketplace propose quatre niveaux de services. Le Do It Yourself (DIY) est un accès 100 % gratuit et sans commission afin de poster et répondre à des annonces via la messagerie de site. La version premium offre moyennant paiement mensuel, des avantages pratiques et d’accompagnement sur la marketplace, un accès prioritaire à certaines annonces et l’accès aux informations de contact de l’interlocuteur. Cyrkl propose également d’aider les entreprises à identifier de nouveaux acteurs cherchant à vendre ou à fournir des matières en fonction des spécificités recherchées par le client. Plus qu’un site de transactions commerciales autour de déchets ou de matières à recycler, la marketplace aide à identifier des solutions d’approvisionnement au travers des diagnostics déchets, du green sourcing ou des analyses de recyclabilité. Les tarifs varient en fonction de la complexité des matériaux et de leurs volumes.
En suscitant le plus de trafic possible sur sa plateforme, Cyrkl peut enrichir ses bases de données, et garantir des connexions rapides entre l’offre et la demande. A ce jour, la marketplace compte plus de 19 000 utilisateurs et l’ensemble des projets d’accompagnement ont permis de construire un réseau de plus de 40 000 potentiels acheteurs et vendeurs de matières. Tout en gardant à l’esprit, les échanges de proximité. Dans certaines régions de Tchéquie ou de Pologne, le nombre d’acteurs présents sur la marketplace est suffisant pour favoriser la valorisation locale des matières. Dès lors que les coûts de transport vont structurellement continuer à augmenter, il sera de plus en plus pertinent de trouver les solutions les plus proches du site de départ. Cyrkl réalise également des études d’impact pour trouver le bon équilibre entre bénéfice environnemental et financier.
Première levée de fonds en 2023
Sur le plan financier, Cyrkl prévoit d’ici fin 2023 sa première levée de fonds pour consolider son modèle d’affaires et accompagner sa croissance internationale en Afrique du Nord et en Turquie. « Cela fait sens car il s’agit de pays industrialisés qui produisent pour le marché européen. Nous étions également présents en Ukraine et en Russie avant le conflit. Nous avons interrompu nos activités commerciales depuis le début du conflit, mais espérons pouvoir très vite y retourner » indique Julie Gautier. Après avoir relié l’est et l’ouest de l’Europe, la marketplace du recyclage vise les 500 000 euros de chiffre d’affaires pour cette année. Au cours du second trimestre 2023, Cyrkl proposera un service premium plus abouti pour répondre au mieux aux besoins des clients, avec accès en avant première à certaines annonces de la marketplace, ou d’autres outils pour piloter et suivre les performances des annonces. « Nous souhaitons avant la fin de l’année lancer un service assurantiel ainsi qu’un système de séquestre pour faciliter et sécuriser les échanges entre nos clients » ajoute la responsable marketing.
Les entreprises peuvent désormais bénéficier des expertises de Cyrkl pour identifier et entrer en contact avec de nouveaux partenaires. Et ce grâce aux bases de données internes. Exemple avec un projet d’aide à l’achat de biomasse pour le compte d’un fabricant de briques en terre cuite. « Nous avons permis à cette entreprise de stocker plusieurs milliers de tonnes de biomasse. De même sur un projet d’aide à la vente et à l’achat de cartons d’emballage de seconde main, nous accompagnons le développement d’une entreprise spécialisée dans le réemploi des emballages. Dans ce cas, nous sourçons des industriels de la distribution engagés dans cette boucle vertueuse » indique Julie Gautier. Cyrkl mise sur ces bases de données pour faire parler les chiffres. Ainsi en 2022, sur les 3 millions de tonnes de matières proposées et les projets d’accompagnement mis en place, ce sont près de 400 000 tonnes de CO2 qui ont pu être évitées en détournant les flux de l’enfouissement ou de l’incinération vers des solutions de valorisation et du réemploi.
Crédit : Cyrkl
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