Lieu traditionnel de réception des déchets des ménages autres que les OM, la déchèterie joue depuis quelques années, un rôle en faveur de la prévention. La loi AGEC a marqué cette évolution en imposant sur cet espace, une zone de réemploi pour les structures de l’ESS. Mais les exutoires actuels ne suffisent pas. Depuis, les déchèteries accueillent des espaces de dons et de ventes pour les usagers.
Réduire de 5 % les déchets d’activité économique, de 15 % les déchets ménagers et assimilés, de 50 % le gaspillage alimentaire et atteindre 5 % du tonnage des déchets ménagers en réemploi et réutilisation d’ici 2030. Ces objectifs mentionnés dans le plan national de prévention des déchets se déclinent dans les plans locaux de prévention des DMA (PLPDMA) imposés aux collectivités depuis 2012. Avec en principe, des répercussions positives sur l’environnement et l’économie locale. La réalité montre aujourd’hui que les collectivités agissant sur la réduction des déchets ne gagnent pas forcément sur le plan financier. Les opérations de prévention liées à une réorganisation logistique et de la collecte coûtent tout autant, avoue Thierry Boulay, président du syndicat ValDem : « nous savons depuis longtemps ce qui entre et ce qui peut être réemployé à partir des apports en déchèteries, explique-t-il. En revanche, nous n’avons aucun moyen de chiffrer ce qui est réparé par le particulier, revendu sur le marché de l’occasion ou donné aux associations et recycleries ». Et pourtant, les objets détournés de la benne en amont coûtent moins à la collectivité.

Sur le territoire du ValDem, qui regroupe 50 communes et 50 000 habitants, la prévention des déchets est menée depuis vingt ans à travers des outils de communication et l’organisation d’ateliers tout au long de l’année sur la réparation, le faire-soi-même. Les scolaires sont également impliqués dans la démarche, invités à visiter les déchèteries, le centre de tri ou l’unité de valorisation énergétique. Le ValDem gère sept déchèteries et une plateforme d’apport de déchets verts. Chaque année, les apports en déchèteries représentent environ 13 000 tonnes de matières. Et pas de tendance à la baisse en perspective. Bon ou mauvais signe ? Pour Thierry Boulay, on peut imaginer que les usagers jettent plus, donc consomment plus. On peut aussi considérer que grâce à la sensibilisation au recyclage et au réemploi, les habitants apportent davantage en déchèterie, des objets qui sinon, auraient continué de dormir dans un garage ou au fond d’un tiroir. Pour rappel, le PLPDMA (2021-2026) du ValDem vise à réduire de 40 kg par an et hab la quantité de déchets d’ici 2026. La part des quantités de déchets en déchèterie représente encore près de 50 % des flux collectés.
Point névralgique
L’allongement de la durée de vie des produits fait désormais partie des nouvelles missions que les collectivités prennent à coeur ; en misant sur des actions ponctuelles ou régulières qui impliquent et sensibilisent le citoyen. Et quel lieu emblématique pour mener ces opérations, sinon la déchèterie ? Si les recycleries et ressourceries ne maillent pas forcément l’ensemble du territoire, toutes les communes de France en revanche disposent de déchèteries. Ce lieu de proximité connu de tous les habitants permet facilement et gratuitement de se débarrasser des déchets verts, du mobilier usagé, de gravats, de DEEE etc.

Depuis 2020, l’État français a inscrit l’économie circulaire dans le cadre de sa transition écologique. Avec pour résultat la loi AGEC qui impose aux collectivités, moyennant modernisation de leurs déchèteries, de consacrer un espace au réemploi des objets apportés par les particuliers. Cette zone est réservée aux acteurs de l’ESS qui peuvent ainsi récupérer des objets ou matériaux en bon état ou réparables en vue de leur revente dans leur boutique de seconde main. Cette démarche se met en place progressivement dès lors que la déchèterie dispose d’assez de place. Dans la foulée et pour augmenter les chances du réemploi, plusieurs collectivités territoriales ont choisi d’aller plus loin. Au sein du ValDem, pas de zone réemploi réservée aux associations dans les déchèteries, mais depuis cinq ans, trois opérations phares « Sauvons les Meubles » (en mars et octobre) et « Recyclons les Vélos » (en juin) sont menées sur le territoire de Vendôme.
Face au trop grand nombre de meubles et d’objets encore en parfait état apportés en déchèteries, le ValDem a choisi de mettre de côté ces éléments encore utilisables pour les revendre à tout petit prix, lors d’une vente événement. Mobiliers, matériaux de construction et vélos sont récupérés en déchèteries et stockés. Le succès est au rendez-vous et permet à chaque édition de détourner en moyenne 30 tonnes de produits de la benne à déchets. S’ajoutent les objets donnés à la recyclerie de la régie de quartier de Vendôme, ce qui fait un total de 200 t/an de matières et produits réemployés. Pour réussir cette opération, le ValDem compte sur les agents d’accueil formés pour trier, les animateurs bénévoles et les associations locales partenaires des événements. Les objets ainsi vendus à prix modeste permettent de financer un projet d’association chaque année.
Vide-déchèterie, formule gagnante
Situé au nord de l’Ille et Vilaine, le Smictom ValcoBreizh est né en 2020 de la fusion de deux syndicats : les Smictom des Forêts et d’Ille et Rance. Le territoire regroupe 52 communes pour 97 000 habitants ce qui en fait un territoire semi-rural. Selon les derniers chiffres mentionnés dans son PLPDMA 2022-2027, les DMA (hors végétaux) devraient diminuer de 2 % seulement entre 2010 et 2030, alors que les objectifs fixés par la région Bretagne portent sur une réduction de 25 %. Les apports en déchèteries continuent d’augmenter et selon les prévisions, devraient se poursuivre, notamment sur la partie encombrants, incinérables et bois. Ce territoire dispose de sept déchèteries dont trois sont dotées d’un local réemploi réservé aux associations. Seule celle de Tinténiac bénéficie d’un exutoire avec l’association Emmaüs. Rapidement, les flux ont commencé à remplir cet espace faute de débouchés à court terme. Le travail des structures de l’ESS et des recycleries s’est avéré insuffisant par rapport aux apports.

Après réflexion, ValcoBreizh a choisi de mener directement les opérations en créant en juin 2021, la première édition de son vide-déchèterie sur sa déchèterie de Liffré. Le principe : récupérer dans les apports, les produits en bon état, et privatiser la déchèterie le temps d’un dimanche par mois pour revendre directement les objets et autres mobilier directement aux usagers. Particularité de cette initiative : les achats sont à prix libre. Aujourd’hui, deux déchèteries avec celle de Combourg, organisent ces brocantes in situ. Une troisième à Saint-Aubin d’Aubigné ouvrira ses portes fin septembre 2023. Lors de ces journées, aucun apport en déchèterie n’est autorisé pour les usagers. Une association locale (sportive, environnementale, culturelle, ludothèque, insertion scolaire et sociale etc. ), sélectionnée par ValcoBreizh, se charge d’accueillir les particuliers et d’animer la journée de ventes, après une sélection et nettoyage des objets. Le jour-j, ces derniers sont pesés et le nombre de visiteurs est recensé. Ces informations sont précieuses pour connaître le nombre d’objets vendus, le tonnage évité ainsi que la somme récoltée, indique-t-on au syndicat. Depuis 2021, 24 vide-déchèteries ont été ainsi organisées, soutenues par 22 associations partenaires. Cela a permis de détourner de l’enfouissement ou de l’incinération, 21,5 tonnes d’objets pour plus de 20 000 euros de recettes.
Zones éphémères et abricothèques

Permettre le réemploi, c’est bien, garantir les exutoires c’est encore mieux. Le SEROC 14 (Syndicat de traitement et valorisation des déchets du Calvados) a inauguré début 2023, l’espace Récup’minute dans l’une de ses dix déchèteries. Le principe est simple : aménager un lieu couvert où sont rassemblés par les agents d’accueil, tous les objets possibles au réemploi, y compris des chutes de papier peint, des jouets, des articles de bricolage et de loisirs. Les usagers peuvent lors de leurs apports, passer par le Récup’minute pour y déposer leurs objets et reprendre ce qu’ils veulent. Le Seroc14 mise sur une signalétique horizontale, pour orienter le particulier vers le geste réemploi dès l’entrée de la déchèterie. Une manière de réduire en amont la possibilité de jeter un objet ou un matériau alors qu’il peut avoir une seconde vie. Le syndicat compte ouvrir un deuxième Récup ‘minute d’ici la fin de l’année et équiper progressivement l’ensemble de ses déchèteries.
Les territoires ne manquent pas d’imagination pour mettre en œuvre la seconde vie des objets. Le syndicat mixte centre nord atlantique SMCNA (44) organise depuis plusieurs années des zones de dons éphémères sur les matériaux de bricolage et de jardinage en déchèterie, où les usagers peuvent donner et reprendre librement. Depuis décembre 2022, une zone permanente en libre-service, nommée l’Abricothèque, a été installée sur une déchèterie de la CC de Nozay et conçue intégralement en réemploi. Ce nouveau service gratuit en faveur du réemploi s’adresse à tous les usagers ayant accès à la déchèterie. Complémentaire à la recyclerie, l’abricothèque a pour objectif de donner une seconde vie aux objets. Le lieu est réservé au don de matériaux de construction (portes, fenêtres, carrelage et matériaux de gros-oeuvre), ainsi que des objets de bricolage et de jardinage. Les produits déposés doivent être en bon état ou réparables s’il s’agit d’équipements électriques ou thermiques. Ce concept devrait s’étendre en 2024 à quatre autres sites pilotes. L’intégration de ces espaces pérennes répond à un enjeu social, écologique et économique. Le territoire souhaite aussi par ce biais lutter contre le vandalisme dans ses déchèteries.
La réussite des zones éphémères ou permanentes de dons et de ventes d’objets de seconde main a conforté les besoins sur le territoire. Elles tendent à améliorer l’offre de réemploi au plus près des habitants. Leur rôle est double : encourager le citoyen à délaisser le neuf au profit d’équipements d’occasion, et sensibiliser à l’allongement de la durée de vie des produits. Les espaces pérennes sur les déchèteries se déploient également un peu partout en France, grâce à la réglementation mais pas que. Les élus ont pris conscience que pour réduire la production de déchets, il fallait faire preuve d’imagination, d’ambition et mobiliser tous les acteurs locaux.
Bon à savoir :
Prochain vide-déchèterie du ValcoBreizh : 10 septembre 2023
Prochain « Sauvons les Meubles » du ValDem : 21 octobre 2023
Crédit : ValDem, ValcoBreizh, Seroc14
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