Palettes en bois : les entreprises sollicitent l’occasion

Débats en cours sur la REP DEIC

Reflet de la bonne santé industrielle d’un pays, le marché des palettes en bois vit depuis trois ans en France et en Europe, plusieurs turbulences (Covid, hausse du prix de l’énergie, inflation, guerre en Ukraine). L’emballage bois a toutefois gardé le cap grâce à un équilibre entre production de neuf et reconditionnement. Si la palette d’occasion a toujours été moteur dans le secteur, elle a permis ces derniers temps, de soulager bon nombre d’entreprises.

Avant même de connaître les résultats d’une étude sur le marché de la palette et ses atouts environnementaux présentée le 28 novembre prochain sur le salon Futuropalettes, les professionnels du secteur à travers la Commission palettes FNB, évoquent plusieurs tensions depuis trois ans. L’activité a été chahutée, marquée par une série de hausse des coûts sur tous les fronts en relation avec une forte demande : matières premières (bois et clous), énergie, transport. Les craintes de pénuries liées à des problèmes d’approvisionnement ont accéléré le mouvement chez les industriels. Mais l’emballage en bois s’est adapté au marché et au troisième trimestre 2023, la profession constate une inversion du rapport offre – demande. La baisse de la consommation explique en partie cela. Si les prix de l’énergie sont redescendus à des niveaux décents, entraînant la palette neuve à un cours plus normal, le prix de l’occasion semble diminuer un peu moins vite, observent certains reconditionneurs.

L’occasion à la rescousse

 

Sur fond d’accélération des coûts pas toujours justifiée, la palette d’occasion a été très sollicitée ces derniers temps et a suscité l’intérêt de nombreuses entreprises. Suivant le principe des vases communicants, elle a été aidée à la base par un marché bien pourvu en palettes neuves depuis 2021. Pour rappel, ce sont environ 50 millions de palettes neuves mises sur le marché chaque année. En 2022, 128 millions de palettes bois ont été collectées dont plus de neuf millions reconditionnées pour le marché de l’occasion. Cet apport a compensé l’envolée des prix des palettes neuves enregistrée depuis 2021. Les industriels ont changé leurs habitudes, observe la Commission palettes FNB qui représente les fabricants, les réparateurs et les prestataires de service (location, gestionnaire de parcs). L’an dernier, de nombreuses sociétés ont récupéré des palettes pour leur utilisation en interne. Cette tendance n’a pas pu être chiffrée précisément par la profession. « Ce réemploi ancré depuis toujours dans la filière est une tendance qui s’affirme davantage en cas de crise », affirme Jean-Philippe Gaussorgues, président la Commission Palettes FNB. L’augmentation des rotations de palettes en 2022 a permis de réaliser des économies pour bon nombre d’entreprises. Selon Léa Charron, responsable Pôle Professionnel Palettes FNB, cette évolution touche tous les profils d’entreprises, de la TPE à l’ETI : « le réemploi de palettes permet de sécuriser les approvisionnements et de garantir leur traçabilité ».

Intégration verticale

Palettes Gestion Services, dont le siège se situe près de Rouen, produit 25 millions de palettes neuves et reconditionne quelque 20 millions de palettes chaque année, pour un chiffre d’affaires consolidé de près de 500 millions d’euros. Les crises sanitaires et économiques ne semblent pas affecter ni la croissance de l’entreprise ni la confiance de son président Jean-Louis Louvel, lauréat du prix Ernst & Young de l’Entrepreneur de l’année 2023. Le groupe créé en 1993, emploie près de 900 salariés suite à plusieurs opérations de croissance externe en France, en Belgique, en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Ukraine, en Lettonie, au Maroc et en Amérique. A partir d’une activité de reconditionnement de palettes, PGS a au fil des années, investi toute la chaîne de valeur jusqu’à devenir fabricant de palettes, scieur, puis forestier. Bilan : quatre scieries, 14 sites de production, 19 sites de reconditionnement et une usine de fabrication de clous à Ostende en Belgique. Pour optimiser les flux, et réduire l’impact carbone de son activité transport, l’entreprise s’est lancé comme certains de ses confrères, dans la reverse logistique et la réparation sur site client, grâce à un atelier mobile transportable sur camion. Une offre globale qui répond à tous les besoins.

Pour Epalia, les enjeux de réparation et du réemploi sont devenus prioritaires. L’ancienne filiale du groupe Suez appartient depuis 2018 à la holding américaine AIAC. L’entreprise est dotée de 40 sites en France, emploie 400 collaborateurs, et traite 16 millions de palettes par an. L’entreprise a choisi de miser sur de nouveaux modèles économiques basés sur le réemploi, la réparation mobile et la location de palettes standard EPAL. L’idée avec son service Home Palette, est d’envoyer des équipes de réparation directement sur les sites clients. Avec une possibilité d’échange de palettes standard lorsque les palettes ne sont pas réparables. Dans le cadre de sa prestation sur la gestion de parcs et de son outil e-palett, Epalia veut également faciliter la logistique de palettes entre les clients de ses clients et optimiser la récupération et la distribution de palettes après réparation. En maillant le territoire, l’entreprise s’engage à limiter les interventions dans un rayon de 100 km. Ce n’est qu’un début. Son président Renaud Cornu dit vouloir réduire de 60 % la consommation de bois pour la palette, et poursuivre le maillage du territoire pour réduire encore les trajets entre sites clients. Alors que le transport représente le premier poste à fort impact carbone, Epalia a pour prochain objectif de décarboner sa flotte en investissant dans des camions à moteur électrique et à hydrogène.

La REP DEIC soulève des craintes

 

La future filière REP déchets d’emballages industriels et commerciaux (DEIC) entrera en vigueur en 2025. Elle représente sept millions de tonnes de matières, dont deux millions de tonnes d’emballages en bois avec une grande partie de palettes. La capacité du réemploi est également au coeur de ce dispositif. Cette REP répond à la loi AGEC mais pour les professionnels de la palette bois, il est regrettable que soit mis en avant le nombre d’emballages et non le tonnage. Avec le risque au final de déstabiliser des pratiques existantes et perturber les équilibres économiques en place, s’inquiète la Commission Palettes. C’est pourquoi à ce jour, les acteurs de la palette bois privilégient plutôt une REP financière qu’opérationnelle, et mettent en avant le rôle important des systèmes individuels.

Autre inquiétude, celle concernant l’éco-contribution. Aujourd’hui, personne n’est capable de dire dans ce secteur qui va payer. Le fabricant et producteur ou le metteur en marché ? Le marché français de la palette bois est composé actuellement de 645 fabricants et réparateurs de toutes tailles. Cette évolution pourrait mettre en danger la vie de plusieurs petites entreprises, souligne la Commission Palettes. Face à cette nouvelle contrainte, certains professionnels se positionnent. Pour Michael Modugno, co-fondateur de PGS, cela ne changera rien à l’activité palettes qui a toujours su tirer partie d’un équilibre entre production et reconditionnement : « toute l’industrie sait que la palette d’occasion existe et qu’elle peut devenir un réel atout économique. Actuellement notre priorité est d’éduquer les derniers secteurs d’activité qui continuent de considérer la palette comme un emballage à usage unique. Mais nous n’avons pas besoin d’une nouvelle contrainte réglementaire pour y parvenir ». En revanche, la REP DEIC sera-t-elle en mesure d’assainir enfin ce secteur  ? Didier Burban, PDG de Burban Palettes, l’envisage comme une possibilité grâce à des règles plus strictes et espère que le réemploi y aura toute sa place : « nous sommes toujours confrontés à la concurrence des petits faiseurs non déclarés, surtout en période d’aubaine. Pourtant, cela fait trente ans que nous voulons professionnaliser notre activité », assure Didier Burban. Son entreprise qui fêtera ses 35 ans en 2024, a été marquée l’an dernier par une très forte demande de palettes d’occasion jusqu’en octobre 2022. Tous les indicateurs étaient en hausse avec des ordres de grandeur de +20 % sur les quantités produites, les prix, la demande des industriels. Burban Palettes compte 30 sites et 640 salariés. En 2022, l’entreprise a vendu 14 millions de palettes dont 10 % de palettes neuves. Le chiffre d’affaires s’élève à 135 millions euros en 2022 contre 100 millions en 2021.

Investissements continus

 

Depuis mars 2023, la situation a changé, redevenue plus stable avec une baisse de la demande et l’arrivée de l’inflation. « On s’attend pour 2023, à une réduction des ventes de 20 %, même si les six premiers mois de l’année ont été bons. En revanche, depuis septembre et jusqu’à la fin de l’année, nous allons vivre un creux anormal, lié à un fléchissement du secteur du bâtiment, qui enregistre une réduction de 60 % de consommation de matériaux et plus inquiétant, à une baisse de la consommation dans l’agro-alimentaire » souligne Didier Burban qui ne prévoit pas de reprise avant mars 2024. Au programme de l’entrepreneur : sans doute moins de volumes réalisés mais un meilleur équilibre financier et deux projets de croissance externes dans les tuyaux. Début 2023, Burban Palettes a consolidé son réseau dans le Grand Ouest en fusionnant avec AER Recyclage qui dispose de cinq sites d’un total de 25 000 m². Ce rachat a entraîné des investissements pour mettre aux normes l’outil de production et l’intégration de nouveaux effectifs (35 salariés). Grâce à ce maillage territorial complémentaire sur la région Ouest, le groupe Burban Palettes Recyclage poursuit ses économies en logistique. Pour l’ensemble de ses sites de reconditionnement, l’entreprise a investi 1,5 million d’euros sur la période 2022-2023 afin d’installer des systèmes d’aspiration, soit 10 000 euros par table de réparation. Ce sont des machines mais aussi des coûts énergétiques importants, qui ne sont pas engagés par tous les professionnels du secteur, déplore Didier Burban. Son objectif à court et moyen terme : attirer plus de jeunes dans ce métier pour recruter des experts sur la palette mais aussi des commerciaux et des conducteurs ; développer une école de formation ; préserver les niveaux de salaires et fidéliser ses collaborateurs.

Federec Palettes et Bois en chiffres :

En 2022, la collecte de palettes en bois s’est élevée à 7 300 000 tonnes, en hausse de 2 % par rapport à 2021 (7157 400 tonnes). Mais c’est surtout la collecte de déchets de bois via les filières REP, qui a progressé de 23% par rapport à 2021 avec des gisements issus du bâtiment. La valorisation matière représente 57 % du total avec un tonnage d’environ 4 161 000 tonnes, en hausse de 10 % en 2022. La valorisation énergétique est restée stable, avec un tonnage maintenu autour de 2 263 000 tonnes. Le chiffre d’affaires du secteur est d’environ 315 millions d’euros, soit une forte augmentation de 43 % par rapport à 2021, s’expliquant notamment par les hausses des prix.

Bon à savoir :

Futuropalettes aura lieu à Lille le 28 novembre 2023. L’occasion pour le Sypal de présenter en partenariat avec Xerfi, une étude complète du marché des palettes et caisses en bois, avec tout un volet sur les produits réutilisés et reconditionnés.

Crédit : AER, MagicPalett, Epalia

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