Redonner une seconde vie à des équipements professionnels de laverie, de cuisson ou des appareils frigorifiques, c’est ce qui anime Vesto depuis 2020. Spécialiste du reconditionnement, l’entreprise a pris sa place dans le secteur de la restauration et son activité commence à porter leurs fruits. Depuis juillet 2023, Vesto s’est implanté sur un site de 8000 m² en Seine-et-Marne et travaille sur de nouveaux projets de développement pour l’été prochain.
Lors d’une fermeture ou d’un renouvellement d’équipements, un restaurateur peut s’en remettre à Valo Resto Pro* pour gérer ses appareils inutilisés ou usagés, ou bien faire appel à des plateformes de revente en ligne comme le Bon Coin. Le cas échéant, direction recyclage. Dans cette filière, les matières en inox qui composent principalement les appareils de cuisines professionnelles sont très convoitées. Chaque année, ce sont plus de 30 000 tonnes d’équipements professionnels de la restauration jetées à la ferraille, alors que la moitié pourrait être reconditionnée. La bascule est encore loin, mais une prise de conscience est perceptible. C’est dans ce sens que Vesto déploie progressivement son activité. Depuis 2020, l’entreprise a construit son savoir-faire et sa renommée sur la seconde main de qualité et meilleur marché que le neuf. Après avoir testé pendant six mois le reconditionnement d’une quinzaine de machines, les trois fondateurs de l’entreprise, ingénieurs de formation en informatique et mécanique, ont démarré en ciblant tout d’abord les machines lave-verre de marque allemande Meiko, utilisés en CHR.
« Pour lancer notre activité dans notre atelier de 1000 m² à Romainville, nous devions réunir certaines conditions : grosse puissance électrique, évacuation d’eau, bancs de test, outils de manutention, espaces de stockage, outillage informatique et de contrôle », se rappelle Bastien Rambaud, l’un des fondateurs. Vesto est parti de zéro, en développant le reconditionnement de matériel de restauration à partir de normes existant sur le marché du neuf et de la maintenance. « Cela nous a permis de cadrer l’activité et de la rendre fiable et crédible ». Après les machines de lavage, Vesto s’est rapidement intéressé aux appareils du chaud (four, cuisinières, rôtisseries etc. ) puis au segment froid, aux équipements de préparation dynamique (robots, pétrins…), à la blanchisserie, aux machines du froid de la distribution, au mobilier et aux ustensiles de cuisine.
Trente tonnes par mois de capacité
Aujourd’hui, l’entreprise a pris de l’ampleur et s’est fait connaître au sein de la profession grâce au bouche à oreille et aux avantages qu’elle peut offrir : collecte dans toute la France, diagnostic, reconditionnement technique et esthétique, garantie des équipements de six à douze mois, prix à la revente jusqu’à 50 % inférieur à celui du neuf, et enregistrant 80 % moins de pannes que les machines d’occasion. Depuis l’été 2023, Vesto est installée en Seine-et-Marne sur un ancien site logistique de 8000 m². Une levée de fonds de trois millions d’euros provenant du privé et du public (dont la région Ile-de-France) a permis d’investir dans de nouveaux bancs de test performants et d’embaucher plus. Au total, le site dispose de 16 lignes de traitement. De 10 tonnes par mois, les capacités devraient rapidement grimper à 30 tonnes. En relation avec les principaux fabricants du marché, le reconditionneur fait particulièrement attention au poste des pièces détachées. « C’est un point central dans notre activité qui repose sur la qualité. Notre mission est d’éviter au client de recourir au SAV. Rien de pire pour un restaurateur de voir un congélateur ou une machine de lavage tomber en panne brutalement, en plein coup de chauffe, à cause d’une pièce défectueuse. C’est pourquoi nos pièces techniques (cartes électroniques, sondes …) sont pour la plupart achetées neuves auprès des fabricants ». Une partie est constituée de pièces standard, comme les câbles, les vis ou les paniers vaisselle. Une autre fraction est composée de pièces issues du réemploi (poignées, roulettes etc.) qui ne présentent pas de caractère technique ou d’enjeu de sécurité.
Aujourd’hui, Vesto tourne avec 35 salariés dont 19 à la production. A court terme, le déploiement de l’activité pourrait faire passer les effectifs à 150 personnes. Pour assurer le reconditionnement, la remise en état et le nettoyage des machines, l’entreprise s’entoure de compétences spécifiques en fonction des familles d’équipements. Pour traiter les appareils de la chaîne du froid, Vesto recrute des frigoristes qui ont l’habitude de gérer les fluides frigorigènes. Les segments laverie et chaud nécessitent surtout des électrotechniciens. Pour embaucher, l’entreprise est en relation avec des élèves de lycées professionnels qui apprennent sur le terrain le montage des pièces détachées avant de passer à des opérations plus pointues de diagnostic. Les agents reconditionneurs sont formés sur le tas, passant d’abord par du nettoyage et du changement de PIEC. « Si nous connaissons quelques difficultés pour trouver nos salariés, nous faisons tout pour les garder, grâce à des conditions de travail satisfaisantes sur le plan ergonomique et économique » assure Bastien Rambaud.
La commande publique se fait attendre
Activité de niche, le reconditionnement d’équipements du CHR (Café-Hôtel-Restaurant) connaît une progression certaine. Le SYNEG (Syndicat national de l’équipement des grandes cuisines) et les éco-organismes comme Ecologic, ecosystems et Valdelia ont accepté de jouer le jeu du réemploi aussi bien sur les flux ménagers que professionnels, sous la pression de la loi AGEC. Le reconditionnement s’inscrit donc comme une solution de qualité pour prolonger la durée d’usage des appareils. Tournée vers les professionnels de la restauration, cette pratique s’avérera encore plus pertinente si elle est soutenue par la commande publique. La loi AGEC impose des objectifs de réemploi aux collectivités territoriales. Les équipements de la restauration ne semblent pas concernés à ce jour. Pourtant, la restauration collective du secteur public représente 50 % du marché des équipements neufs. Pour Bastien Rambaud, l’avenir est plutôt enthousiasmant, même si les mentalités n’évoluent pas assez vite. Avec deux millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, Vesto table sur son doublement cette année. D’ici l’été 2024, l’entreprise devrait par ailleurs concrétiser de nouveaux projets innovants pour industrialiser davantage le reconditionnement. Elle pourrait ainsi s’attaquer à d’autres catégories de matériels et construire des outils standard pour mieux reconditionner.
- Valo Resto Pro créé en 2014 par le SYNEG et Ecologic prend en charge la responsabilité élargie des producteurs d’équipements professionnels pour les cuisines et les métiers de bouche. L’objectif est d’apporter une solution simple aux détenteurs de ces équipements, lorsqu’ils deviennent des déchets. Premier avantage pour le professionnel, la mise en place d’un guichet unique pour gérer les équipements de cuisines et les éléments d’ameublement associés. Ce dispositif de collecte, sur site ou via un réseau de points d’apport assure une dépollution et un recyclage en toute conformité, partout en France. Autre atout : la création d’un label qui garantit aux détenteurs, que les producteurs gèrent bien la fin de vie de leurs équipements conformément à la loi.
Crédit : Vesto, Welcome to the Jungle
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