Une consigne pour réemploi en GMS s’installe en Ile-de-France

14 magasins et cinq marques concernées en 2024

Le réemploi de l’emballage ménager doit passer à l’échelle industrielle en 2024. C’est le vœu du ministère de l’Ecologie pour répondre aux objectifs de la loi AGEC. Pour concrétiser sa mise en œuvre, un consortium de marques de boissons et d’enseignes propose une consigne sur des contenants réemployables dans 14 magasins d’Ile-de-France. Cette opération est accompagnée par la start-up du réemploi Petrel et financée à 70 % par Citeo.

« Depuis longtemps, tout le monde a compris ce que signifiait le recyclage et la réduction des emballages en plastique. Par contre, le réemploi, qui fait partie du triptyque 3R est un peu moins ancré dans les habitudes du consommateur ». Pour Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, le lancement du consortium La Consigne Pour Réemploi en Ile-de-France est une occasion unique, quatre ans après la promulgation de la loi AGEC, de braquer les projecteurs sur une vraie consigne, celle qui va permettre de rendre la filière des emballages circulaire par leur réemploi. « Cette pratique doit s’accélérer en 2024 pour atteindre 6 % d’emballages réemployés ; alors que les taux de recyclage des emballages ménagers sont peu performants en zones urbaines, la région francilienne semble être le terrain de jeu idéal pour déployer la consigne pour réemploi à quelques mois des JO de Paris, placé sous le signe du zéro plastique ». Sous l’impulsion de Petrel, opérateur du réemploi dans la grande distribution, en partenariat avec l’Institut du Commerce et Réseau Vrac & Réemploi, une coalition de cinq marques (Coca-Cola, Nestlé Waters, Meteor, Lorina et Eckes Granini) et deux distributeurs (Super U et Leclerc) a été inaugurée ce 7 février 2024. L’objectif : proposer dans les rayons de 12 magasins Super U et deux magasins Leclerc d’Ile-de-France, une gamme de sodas, eaux minérales, jus de fruits et bières dans des contenants en verre ou PET consignés en vue de leur réemploi. Le déploiement de l’opération s’échelonne jusqu’à la fin de l’année, associé à un suivi mensuel et trois études environnementale, économique et comportementale.

Le CHR assure la logistique

 

Les bouteilles consignées sont installées dans les rayons habituels, rendues visibles par un affichage spécifique. Pour le client, il suffit de ramener son emballage dans l’un des magasins participant à l’opération et de la déposer dans l’une des machines à déconsigner, conçues par LemonTri. Un bon d’achat au prix de la consigne, entre 0,10 et 0,20 centimes d’euros lui est alors remis. « Dans les coulisses, l’enjeu logistique est crucial, insiste Hugues Pelletier, directeur de Petrel. Cette offre repose sur des outils existants, à savoir, le circuit de collecte, le transport et le stockage des bouteilles en verre du réseau CHR (cafés, hôtels et restaurants). Pour ce faire, nous avons comme partenaire le distributeur grossiste en boissons J. Milliet qui dispose d’un entrepôt à Créteil ». Les bouteilles consignées des GMS sont récupérées avec les autres contenants du CHR et envoyées dans des centres de lavage internes aux marques ou bien sur des sites de lavage indépendants comme Uzaje à Neuilly-sur-Marne. Le tout organisé grâce au hub de Petrel qui aide à la traçabilité et à la compilation de données pour réaliser du reporting financier et environnemental. Le consommateur pourra également bénéficier de cette offre via ses commandes en ligne, mais devra retourner pour l’instant ses bouteilles dans un magasin participant.

Partenaire financier, l’éco-organisme Citeo contribue à la mise en œuvre du projet à hauteur de 1,2 million d’euros, soit 70 % du montant global. Cette aide s’inscrit dans le cadre du programme de soutien au réemploi de Citeo, qui s’élève à 50 millions d’euros en 2023 et 100 millions d’euros en 2024. « L’idée est de favoriser le passage à l’échelle de la grande distribution, pour créer une véritable filière nationale autour du réemploi » indique Jean Hornain, directeur général de Citeo.

Relancer les ventes

 

Le brasseur alsacien Meteor réutilise ses bouteilles dans sa région depuis toujours, avec en moyenne sept millions de bouteilles consignées par an, soit un retour à 90 %. L’intégration dans le consortium va lui permettre d’étendre sa pratique ailleurs en France et s’adapter à de nouveaux marchés. Chez Coca-Cola, la consigne pour réemploi est un sujet mobilisateur qui se traduit depuis cinq ans par plusieurs expérimentations à Paris notamment. A côté du verre, l’industriel teste aussi le PET réemployable. « Nous avons besoin d’apprendre auprès des consommateurs pour savoir où l’on va, car le réemploi ajoute des étapes supplémentaires comme la collecte, le stockage et le lavage, et donc des coûts », souligne Olivier Larose directeur Développement Durable. Au-delà du réemploi, le groupe ne cache pas sa volonté de travailler également sur la consigne pour recyclage, afin de sécuriser ses gisements de matières premières. La grande distribution expérimente de son côté plusieurs projets. Super U a déjà lancé une opération de consigne pour réemploi à Rennes en 2021 qui s’est avérée probante, d’où son implication aujourd’hui dans le projet La Consigne pour Réemploi. « Nous observons un vrai enthousiasme des clients mais nous sommes conscients qu’il faut encore travailler sur la transversalité de l’offre et la professionnalisation de l’organisation logistique globale » assure Sylvain Ferry, directeur général de l’enseigne Super U.

D’ici la fin de l’année, le dispositif va évoluer en intégrant de nouvelles enseignes et de nouveaux produits, assure Hugues Pelletier. Avant de se déployer rapidement à l’échelle nationale. Il sera aussi un support pour des emballages standard en verre qui vont faire leur entrée sur le marché. « C’est une opportunité pour tout le monde, assure Célia Rennesson du réseau Vrac & Réemploi, aussi bien pour le consommateur sur le plan environnemental que pour la distribution et les marques qui observent un essoufflement des ventes depuis quelque temps. Ces innovations sur le réemploi peuvent ainsi devenir un levier économique non négligeable ».

Bon à savoir :

Le mois du vrac et du réemploi aura lieu du 1er au 31 mars 2024. Il est organisé par le réseau Vrac & Réemploi et soutenu par Citeo.

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