Le recyclage des plastiques n’est pas assez soutenu en France

Malgré un contexte géopolitique et économique défavorable, l’organisation européenne des producteurs de matières plastiques PlasticsEurope annonce une progression de l’économie circulaire des plastiques en Europe. En France, si la compétitivité de la plasturgie montre même quelques sursauts, l’activité du recyclage reste néanmoins décevante. Le syndicat français des régénérateurs de plastiques (SRP) déplore malgré les efforts de ses adhérents, l’absence d’un véritable soutien politique vis-à-vis de l’industrie du recyclage.

« Pour développer la circularité des plastiques en Europe, il faut surtout pouvoir traiter les déchets plastiques générés en Europe ». Ces propos tenus par Jean-Yves Daclin, directeur général de PlasticsEurope France interrogent sur les difficultés rencontrées actuellement par les industriels de la plasturgie, qu’ils soient producteurs ou régénérateurs. Dans son dernier rapport de mars 2024, PlasticsEurope révèle une perte de compétitivité de l’Europe dans la production mondiale (14 % en 2022 contre 20 % en 2014), alors que l’Asie dans son ensemble représente plus de la moitié. Cela se traduit par une baisse de ses excédents de 43 % sur la même période. Le coût élevé de l’énergie, la baisse des investissements, et la concurrence des plastiques importés d’Asie pas chers pourraient conduire à une perte de compétitivité. Du côté des matières plastiques issues du recyclage, les derniers chiffres 2022 montrent une production européenne de matières post-consommation en hausse de 57 % depuis 2018 (7,7 Mt), ainsi qu’une augmentation de 70 % d’incorporation de plastiques recyclés soit 6,8 Mt en quatre ans. Cela se traduit par l’intégration de 12,6 % de plastiques en moyenne dans les nouveaux produits (tous secteurs confondus). A l’échelle européenne, PlasticsEurope estime qu’à ce rythme, l’objectif d’incorporer 10 Mt de plastiques recyclés en 2025 est tout à fait possible. Autre constat positif pour l’organisation, le taux de recyclage moyen des déchets plastiques de 26,9 % a enfin dépassé celui de leur mise en décharge (25%) à l’échelle européenne. A noter que ce taux de recyclage est passé de 35 % à 27 % en raison des nouvelles règles de calculs harmonisées au sein de l’UE. Les gisements de plastiques à recycler sont désormais comptabilisés en sortie de centre de tri, après élimination des indésirables, broyage et lavage.

La France continue d’enfouir à 28 %

 

Granulés issus de déchets plastiques techniques chez Kimya

Contre tout attente, la plasturgie française a su tirer son épingle du jeu en 2023 avec une hausse atypique de 4 % de sa production. Cette situation peut sans doute s’expliquer par une moindre dépendance au gaz russe, des contrats d’énergie à long terme et la mise en place d’un bouclier tarifaire. En revanche, l’évolution du recyclage dans l’hexagone reste laborieux, affichant 21 % selon PlasticsEurope, pour 28 % de mise en décharge en 2022. « L’augmentation de la TGAP en France n’est pas assez dissuasive et les majors qui exploitent à la fois des centres de stockage et gèrent des activités de recyclage continuent de jouer sur les deux tableaux », regrette le DG de PlasticsEurope. Cette faible performance place la France en 21e position alors que le peloton de tête (Belgique, Espagne, Pays-Bas, Allemagne, Suède et Danemark) affiche plus de 34 % de recyclage. Ces bons élèves n’enfouissent pratiquement plus leurs déchets plastiques, sauf l’Espagne qui affiche encore un gros 39 % de mise en décharge.

Le dispositif de gestion des déchets d’emballages ménagers en France est opérationnel depuis une trentaine d’années. Et depuis environ vingt ans, plusieurs filières REP ont vu le jour pour encourager le recyclage des déchets plastiques issus de l’automobile, d’équipements électriques, de textiles, du mobilier et plus récemment du bâtiment, d’articles de sport, de bricolage, de jardinage et de jouets. Mais les résultats ne semblent toujours pas à la hauteur. Le volume des déchets post-consommation collectés en mélange reste supérieur (2,3 Mt) à la collecte sélective (1,7 Mt). Avec comme conséquence : seul 1,7 % des déchets collectés en mélange est recyclé contre 45,3 % des déchets plastiques issus de la collecte sélective. Et pourtant, l’incorporation de recyclé post-consommation dans de nouveaux produits atteint la moyenne européenne à 12,3 %. Dans l’emballage, l’automobile, les EEE et les équipements de la maison, les résultats sont mêmes plus élevés. Ainsi, les volumes incorporés ont presque doublé en quatre ans dans l’hexagone. C’est ce que confirme également le syndicat des régénérateurs de matières plastiques (SRP) dans son étude statistique 2023, réalisée auprès de ses adhérents. Cette performance ne satisfait pas pour autant les régénérateurs français.

Demande de MPR insuffisante

 

Granulés de plastiques issus d’un site de régénération de Paprec

Malgré une absence de volonté politique de réduire la mise en décharge et de soutenir le recyclage sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, la production de MPR (matières plastiques recyclées) affiche 571 074 tonnes en 2023, en très légère hausse par rapport à 2022. Ces matières sont issues à 81 % de déchets post-consommation. Des études prospectives de l’Ademe estiment une progression à 700 000 tonnes en 2028. En tête des résines régénérées, arrive le PET (236 0565 tonnes), suivi du PP (119 030 tonnes) et du Pebd (74 281 tonnes). Ces matières correspondent grosso modo à trois secteurs d’activité : l’emballage, l’automobile et l’agro-fourniture. Selon Raphael Guastavi, chef économie circulaire à l’Ademe, les MPR produites en France doivent être utilisées dans l’industrie nationale, mais pour l’instant, cela relève du défi. Car la demande n’est pas satisfaisante. Ce n’est pourtant pas l’offre ni la qualité qui en sont la cause, souligne Olivier Vilcot directeur général du syndicat. Les régénérateurs français ont beaucoup investi et disposent aujourd’hui d’une capacité supplémentaire de 300 000 tonnes. Par ailleurs, la norme qualité NF MPR 558 lancée en 2023 (délivrée pour l’instant à Veka, Périplast et Suez Bayonne) et les différentes certifications en vigueur (CSTB, Recyclass, Eucertplast, EN 15343) proposent des matières recyclées aussi performantes que des résines vierges.

Et pourtant, lorsque le prix fait la différence, la matière recyclée perd toutes ses vertus aux yeux de l’industrie. C’est ce qu’il se passe actuellement avec l’importation de matières vierges à des prix très bas. Résultat, malgré leurs qualités intrinsèques et leur impact environnemental positif, les MPR trouvent moins preneur. Le SRP le constate sur le rPET, vivement concurrencé par un PET vierge chinois peu cher, sur le rPVC confronté au secteur de la construction en crise, ou sur le rABS. Celui-ci subit la concurrence de la résine vierge très bon marché et la fuite de déchets EEE vers l’Espagne et le Portugal. Le recyclage des plastiques est emblématique du pouvoir « prix », comme le soulignent Franck Aggeri, Rémi Beulque et Helen Michaux dans leur ouvrage de référence L’économie circulaire. L’expérience montre encore aujourd’hui, que si le cours de la résine vierge, connecté au prix du baril, s’avère plus intéressant que le cours de la MPR, l’industriel mettra de côté ses engagements écologiques. Dans ces conditions, les soutiens des pouvoirs publics par le biais de France 2030, des dispositifs Orplast et Ormat de l’Ademe deviennent insuffisants voire inopérants. Face à une économie linéaire plus compétitive, seule une stratégie sur la durée semble possible selon les auteurs de l’ouvrage, en promouvant des contrats de long terme et des mécanismes financiers de soutien contracyclique aux matières recyclées pour compenser leur perte conjoncturelle de compétitivité.

Quels leviers pour incorporer plus de recyclé ?

 

Préformes en PET

Actuellement, le SRP déplore une situation financière délicate chez certains de ses adhérents PME, obligées d’accepter des baisses de prix pour rester sur le marché. Alors que la capacité de régénération atteint désormais 875 000 tonnes, elle n’est utilisée à ce jour qu’à hauteur de 65 %. « A ce jour, sur les quelque 600 000 tonnes de MPR produites en France, seules 443 000 tonnes restent sur le territoire. Nous sommes loin du million de tonnes fixées par la FREC en 2025 », déplore Olivier Vilcot. Le syndicat espère voir appliquer ou se renforcer quatre leviers. Tout d’abord, la mise en place de mesures anti-dumping aux portes de l’UE sur les polymères vierges paraît indispensable. Depuis un an, des droits de douanes sont en vigueur pour le PET vierge. Si d’autres résines sont concernées à terme, cette solution sera également bénéfique pour la plasturgie européenne. Par ailleurs, la réglementation sur les taux d’incorporation obligatoires de MPR doit voir le jour via le PPWR, mais l’échéance pour les plastiques est fixée à 2030 (2025 pour le rPET à hauteur de 25 % dans les bouteilles).

Benne de plastiques rigides en mélange

En attendant, comment limiter les dégâts dans l’industrie du recyclage ? A l’échelle française, deux solutions sont envisagées, facilement et rapidement applicables selon le SRP : les éco-modulations au sein des filières REP, pour inciter les metteurs en marché à éco-concevoir leurs produits ; et les boucles courtes. « Nous avons la chance d’avoir une vingtaine de REP. Le rôle des éco-organismes est plus que jamais déterminant pour aider concrètement à incorporer plus de MPR dans les nouveaux produits » insiste François Aublé, président du SRP. Misant sur les boucles courtes, la régénération en France permettrait de réduire les distances entre production de matières premières et transformation dans un rayon maximal de 1500 km. « Nous ne produisons pas de résine vierge PET en France, mais nous fabriquons des paillettes de rPET et créons des emplois non délocalisables » insiste Olivier Vilcot.

Dans ce contexte, le syndicat souhaite une mobilisation de tous les acteurs de la filière (collectivités locales, pouvoirs publics, éco-organismes, metteurs en marché, collecteurs etc.). A travers les travaux de la Task Force Plastiques recyclés et les réflexions menées au sein de leur Think Tank Eco-organisme créé en mai 2023, les régénérateurs français espèrent dégager des consensus propres à créer ce que les auteurs de L’économie circulaire appellent des business models circulaires. Pour donner une chance à ce nouveau modèle, les pouvoirs publics français doivent jouer leur rôle jusqu’au bout, et donner plus de visibilité aux acteurs économiques. « S’ils encouragent les industriels à investir pour recycler plus, leur mission est aussi de protéger, en limitant le plastic bashing et en soutenant un cadre réglementaire adapté et cohérent » insiste Jean-Yves Daclin.

Crédits : Paprec, Kimya, Valorplast, Pixabay

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