L’ascensoriste KONE veut systématiser le réemploi

Demande croissante en France, en Belgique et au Luxembourg

Le monde des ascenseurs, portes automatiques et escaliers mécaniques joue la carte de l’économie circulaire, pour réduire son impact sur les ressources et atteindre la neutralité carbone d’ici 2030. Parmi les entreprises pionnières, KONE France a lancé en 2023 sa première action autour du démontage non destructif et du réemploi. Aujourd’hui, sa plateforme de vente de pièces détachées propose plusieurs références de composants issus du réemploi.

Depuis quatre ans, la filiale française de l’ascensoriste finlandais KONE entreprend une bascule importante au sein de son activité : privilégier la modernisation plutôt que le remplacement intégral des équipements, quand cela est possible. En d’autres termes, remplacer les pièces et composants anciens ou usés et laisser en place ce qui fonctionne. A ce jour, un quart des ascenseurs en France ont plus de 40 ans. Dans ce cas de figure, ils sont le plus souvent remplacés intégralement par des équipements moins énergivores. Le reste du parc est éligible à la modernisation et au réemploi de certaines pièces. Aux termes d’une expérimentation sur plusieurs chantiers dans l’hexagone dont l’emblématique Opéra de Lyon, l’entreprise a pu mettre en pratique le démontage d’ascenseurs et la récupération de composants en bon état, en vue de leur réemploi. En 2023, cela a représenté environ 200 équipements rénovés et remplacés, et 42 % des projets portaient sur le résidentiel et le bureau. Depuis le début de l’année, KONE France a déjà rénové une trentaine d’équipements mais vise d’ici fin 2024, un peu plus de 200 modernisations et 300 en 2025. Ces prévisions restent en-deçà des objectifs de l’ascensoriste, mais les prises de conscience émergent, selon Mare Rossaert, directeur Modernisation chez KONE France, Belgique, Luxembourg : « nous devons encore surmonter plusieurs obstacles, à commencer par le coût d’une modernisation, plus élevé en général qu’un remplacement par du neuf en raison d’un temps de dépose sélective et de main d’œuvre plus important. Autre frein, celui de l’adhésion et de la formation des techniciens et des équipes de vente. Le chemin est long pour identifier les équipements à rénover, caractériser les composants en bon état, et informer les équipes techniques sur place ».

Réemploi à tous les étages d’une résidence parisienne

Lors d’un remplacement complet des quatre ascenseurs et du monte-charge d’une résidence du 9e arrondissement de Paris, KONE a pu mettre en application sa filière économie circulaire. Résultat : 26 cartes électroniques et 4 variateurs de fréquence récupérés en vue d’un réemploi ; 2600 kg de CO2 économisés (72 kg par carte électronique / 182 kg par variateur de fréquence) et 240 arbres plantés dans la forêt d’Epernay (Marne).

Comptoir du réemploi

 

Désormais, l’ascensoriste s’est concentré sur trois familles de produits réemployables : les boîtiers opérateurs, les variateurs de fréquence et les cartes électroniques. Au fur et mesure qu’il récupère ces produits sur chantier, KONE France a développé son offre dans le catalogue en ligne de sa filiale Prokodis. Fin 2023, cette plateforme de vente de pièces détachées accessible aux professionnels du secteur, a créé le comptoir du réemploi. Les pièces sont en moyenne entre 25 et 30 % moins cher que des produits neufs. A moyen terme, d’autres pièces détachées non mécaniques et plus pondéreuses issues du démontage sélectif pourraient enrichir cette rubrique. Physiquement, les composants déposés en bon état sont récupérés puis transférés sur un espace de stockage de son centre de formation des installateurs et techniciens de maintenance, basé à Trappes (Yvelines).

Faciliter la circularité des composants passe également par la création d’ascenseurs neufs. Grâce à l’éco-conception de ses produits, KONE veut aussi maîtriser la fin de vie de ses équipements, dont 90 % des matériaux et composants peuvent être recyclés ou valorisés en nouvelles ressources (ou matières premières dont le secteur aura besoin). En parallèle, des travaux sont menés pour renforcer la maintenance prédictive et à distance des équipements. Le profil environnemental produit (fiche PEP) mis en place par l’ascensoriste sur ses équipements répond à plusieurs exigences tout au long du cycle de vie. Des indicateurs précis sont identifiés pour mieux connaître les impacts, de la conception (composition, origine de production) à la distribution et à l’installation, de la durée d’usage à la fin de vie (impact du réemploi des pièces détachées, et de la gestion des déchets). L’ascensoriste espère en outre que le déploiement de la filière REP dans le bâtiment améliore la prise en compte de l’éco-conception et du réemploi dans son activité et suscite des demandes plus vertueuses sur les chantiers.

CO2 évité, arbres replantés

 

« Dans le cadre de notre démarche française, nous sommes scrutés de près par la profession à l’échelle nationale et en Europe. Si au départ, cela peut revenir un peu plus cher que la pose de matériel neuf, le coût écologique est de mieux en mieux intégré dans les politiques RSE des entreprises » souligne Yohan Maby, directeur commercial modernisation et remplacement complet chez KONE France. Dans ce contexte, l’ascensoriste a choisi de rendre visible ce bénéfice environnemental en partenariat avec Reforest’Action, entreprise certifiée B Corp et spécialisée dans la préservation, restauration et création de forêts. Pour chaque rénovation d’équipement avec réemploi à la clé, KONE contribue à la plantation d’arbres à proximité des chantiers concernés. Les revenus engendrés par la vente de ces pièces sont ainsi intégralement reversés à Reforest’Action. En 2023, cette opération a permis de replanter 7 080 arbres. En contrepartie, le client reçoit un certificat de réduction de son empreinte carbone et de reforestation. Pour aller plus loin, KONE souhaite sensibiliser davantage clients et usagers, en imaginant dans ses ascenseurs, une étiquette ou un label expliquant la démarche. « De nombreuses entreprises comme les sociétés immobilières et de construction qui se sont fixées des objectifs de décarbonation et de circularité, recherchent des solutions auprès de leurs fournisseurs. A titre indicatif, chaque opération de modernisation avec réemploi permet a minima d’économiser entre 182 kg et 400 kg de CO2 » souligne Mare Rossaert.

Jusqu’à présent en France, cette démarche n’est pas imposée. Si un ascenseur est défectueux ou ancien, chaque client est libre de choisir un remplacement partiel ou total. Par contre, KONE demande à ses techniciens de proposer systématiquement le démontage sélectif et le réemploi sur chaque chantier. L’ascensoriste compte sur la législation française, et notamment la commande publique circulaire pour orienter les futurs marchés. « On observe aujourd’hui un frémissement. Les exploitants d’ infrastructures publiques comme les gares, les métro, les aéroports s’intéressent de plus en plus à cette transition », souligne Yohan Maby. En Belgique, la législation par arrêté royal impose aux propriétaires d’ascenseurs de procéder à une modernisation tous les trois ans, c’est-à-dire un remplacement partiel de pièces, avant de tout changer. Pourtant, les pièces issues du réemploi ne sont pas encore sollicitées, même si le cradle-to-cradle est une notion plus ancrée qu’en France. Idem au Luxembourg où le secteur est plutôt moteur. C’est pourquoi, l’avancée de la France dans ce domaine, favorisée par une législation sur l’économie circulaire est suivie de près, assure la direction de KONE France, Belgique, Luxembourg : « à terme on pourrait tout à fait envisager d’alimenter les marchés de ces trois pays à partir des produits stockés sur le site de Trappes ».

Crédit : KONE

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