La métropole européenne de Lille soutient depuis 2021 des projets d’étudiants entrepreneurs, les Pépites. L’occasion de mettre en lumière et de booster des actions à impact social et environnemental dans la région des Hauts-de-France. En 2024, sur la liste des sept candidats retenus, le projet WeCaps travaille sur le réemploi pour un même usage, des capsules métalliques posées sur les bouteilles en verre lors de la fermentation des boissons effervescentes.
A première vue, rien de plus anodin qu’une petite capsule métallique de bouteille. Pour n’importe quel béotien, le projet WeCaps se concentre sur un segment de niche, et une pièce qui n’a rien de technique. Et pourtant, la capsule utilisée sur les bouteilles en verre destinée aux boissons effervescentes (bières, vins mousseux, sodas etc.) est cruciale dans le process de fabrication. Elle n’apparaît pas forcément dans les rayons de vente, car elle fait partie des étapes de production destinées à la fermentation des boissons pétillantes. Ainsi pour l’élaboration traditionnelle des vins mousseux, c’est lors de la deuxième fermentation que la boisson est mise en bouteille. La capsule posée sur la bouteille y reste au minimum un an. Elle sera éjectée avec l’expulsion des levures, et remplacée par le bouchon définitif.
En France, le marché des vins effervescents (hors Champagne) consomme environ 400 millions de capsules par an. De manière générale, ce sont quelque cinq milliards de capsules métalliques utilisées dans l’hexagone pour toutes les boissons pétillantes (vins pétillants, sodas, cidres ou bières). Sur ce volume, une grande partie peut être facilement récupérée et réemployée selon Adrien Bauw, cofondateur du projet WeCaps. Avec ses trois autres équipiers, élèves ingénieurs à l’Icam, et soutenus par l’incubateur EuraMaterials de Lille, il souhaite développer une filière de réemploi pour ces capsules, et travailler en direct avec les producteurs et les brasseurs. Au départ, le projet visait notamment les capsules de Champagne, mais l’appellation d’origine contrôlée n’autorise aujourd’hui aucune réutilisation de ce genre. Ce qui n’est pas le cas pour les autres vins effervescents. « Comme ces capsules ne sont pas commercialisées avec les bouteilles, elles pourraient facilement être collectées sur les sites de production en vue d’une remise en forme », explique l’élève ingénieur.
Au moins trois réutilisations
Pourquoi se lancer dans cette aventure alors que ces capsules en métal sont en majorité recyclées ? Tout d’abord, 100 % des capsules utilisées en France proviennent d’autres pays (Etats-Unis, Italie, Espagne), dont le prix du marché actuel tourne autour de 5 centimes d’euros. Le projet WeCaps permettrait grâce au réemploi à l’échelle locale de préserver des matières premières et des émissions de CO2, liées au transport et au recyclage de ces produits. Adrien Bauw rappelle que recycler cinq milliards de capsules correspond à 82 500 tonnes d’émissions de CO2 : « en proposant une solution low tech qui supprime l’étape de recyclage et crée une forme de circuit court avec création d’emplois, notre capsule remise en forme coûterait 20 % moins cher pour l’exploitant. Par ailleurs, nous pouvons assurer à cette capsule au moins trois réutilisations ».
La sélection de WeCaps dans les Pépites 2024 de la MEL* est la bienvenue pour faire connaître le projet. Dans ce cadre, la métropole lilloise lancera une opération de communication à partir du 20 mai 2024 pour rendre visible les projets retenus. « En parallèle, nous allons organiser une campagne de financement participatif où nous espérons récolter au moins 3000 euros pour finaliser notre solution technique et valider le prototype et nos essais avec un partenaire » décrit Adrien Bauw. Pour l’instant, un prototype en impression 3D a été élaboré ; le but étant de passer rapidement à des opérations grandeur nature, sur des capsules en métal. Les fondateurs de WeCaps espèrent démarrer l’activité en 2026 dans les Hauts-de-France, en développant une installation fixe ou mobile capable de traiter les capsules directement chez les producteurs. Des partenariats avec des ESAT pour collecter et traiter ces capsules sont également envisagés. La logistique sera facilitée du fait que ces capsules sont centralisées sur les sites de production, assure Adrien Bauw. WeCaps pourrait dans un premier temps travailler avec des producteurs de crémant de Bourgogne. A ce titre, l’équipe prévoit une levée de fonds en 2025 pour investir dans l’outil de production et les premières collectes de capsules usagées.
* Pépites 2024 : Wecaps, La compostière, Savior, coco’s, La suite, Solly, My T-shirt FC
Crédit : WeCaps
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