Epsyvin porte l’écologie industrielle en Champagne

Sur 5 000 hectares de vignes en région champenoise, le territoire d’Epernay est le théâtre du projet Epsyvin, porté par le Comité Champagne depuis 2018. Cette démarche d’écologie industrielle et territoriale a pour objectif de susciter et d’organiser des synergies sur les ressources entre quelques 600 entreprises de la filière. Cette opération est inédite en France, favorisant des actions d’économie circulaire au sein d’une filière viti-vinicole.

Les professionnels du vignoble champenois n’ont pas attendu la médiatisation et la dimension politique de l’économie circulaire pour la pratiquer depuis de nombreuses années. La valorisation du marc de raisin et des sous-produits vinicoles en distillerie, la mutualisation du traitement des effluents ou encore la mise en commun des équipements de récolte et de transformation au sein des coopératives, font partie de leur quotidien. Sources d’économies non négligeables pour la filière, ces démarches sont poussées aujourd’hui plus loin avec Epsyvin (Epernay Synergie Vin). A l’origine du projet lancé en 2018, le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne entraîne dans son sillon plusieurs partenaires comme la CCI Grand Est, Epernay Agglo Champagne, la Ville d’Epernay et le Club des Entrepreneurs Champenois : « le bassin sparnacien représente une cinquantaine de communes pour 5 000 hectares de vigne. Le projet vise un potentiel de 600 entreprises et une vingtaine de zones d’activités. C’est dans ce contexte, qu’Epsyvin propose des actions de valorisation locales et d’échanges de ressources matérielles et immatérielles entre les entreprises viticoles et les entreprises connexes à cette filière, telles que les fabricants de bouchons, les verriers, les imprimeurs, les logisticiens etc. » indique Solène Boulenguer, recrutée en 2018 pour animer les réunions et accompagner les synergies. Le projet s’étire sur trois ans et est soutenu financièrement par l’Ademe et la Région.

Dorsaux et bouchons de liège

 

Au-delà des solutions de valorisation possibles pour les déchets générés au sein des activités locales, l’objectif est d’améliorer la compétitivité des entreprises grâce à une réduction de leurs coûts d’exploitation ; de développer de nouveaux modèles économiques afin d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles ; de contribuer à l’excellence du Champagne et de sa filière. Pour y parvenir, plusieurs axes de travail et ressources seront identifiés dans les secteurs de la logistique et des équipements, des matières et des compétences. « Pour l’instant, nous avons démarré deux groupes thématiques sur les glassines (dorsaux d’étiquettes adhésives) et les bouchons de liège afin de trouver des filières de valorisation sur le territoire.

Les dorsaux d’étiquettes sont récupérés dans le cadre d’Epsyvin

A ce jour, le liège est repris par les bouchonniers dans le cadre d’une logistique inversée et transféré vers l’Esat Les Ateliers de la Vallée à Mardeuil, près d’Epernay. Les bouchons y sont broyés et granulés pour pouvoir être ensuite réutilisés en matériaux d’isolation dans la construction, explique Solène Boulenguer. Tandis que les dorsaux inutilisés sont renvoyés chez les imprimeurs pour être massifiés avant d’être revalorisés dans des process papetiers par le fabricant d’étiquettes ». D’autres synergies sont en cours de développement pour les palettes et les bois de vigne ainsi que les achats. Au sein des entreprises connexes, des efforts sont par ailleurs réalisés pour minimiser la production et le poids carbone des emballages notamment via l’éco-conception.

Dupliquer à toute la Champagne

 

Depuis le lancement du projet, plusieurs réunions ont permis à une soixantaine d’entreprises de la filière viti-vinicoles et une vingtaine d’apporteurs de solutions de se rencontrer. Ces passerelles n’auraient jamais pu exister sans cette dimension de projet territorial, affirme la référente d’Epsyvin : « Notre démarche d’écologie industrielle est unique en France dans la mesure où elle associe une approche territoriale avec une approche filière. Toutefois pour identifier de nouvelles voies de valorisation, par exemple les glassines ou les bois de vigne, nous ne manquons pas de solliciter d’autres régions vinicoles comme le Bordelais, la Bourgogne ou la Savoie qui agissent aussi sur ces sujets ». A mi-parcours du projet, des synergies sont déjà en place grâce à des entrepreneurs désireux d’interagir. Localement ces structures ont l’habitude de travailler collectivement sur des thématiques communes à la filière, ou dans son intérêt.

Les bouchons en liège sont recyclés en isolants.

Les acteurs du territoire se sont rapidement familiarisés à la démarche car, depuis plusieurs années, l’Interprofession sensibilise ses ressortissants en les impliquant dans l’élaboration de son Plan Carbone. Cela réduit ainsi le temps d’acculturation des entreprises de la filière aux enjeux environnementaux, souligne Solène Boulenguer. En parallèle, celle-ci rencontre régulièrement les acteurs économiques pour compléter la connaissance des ressources à optimiser. Les ateliers de détection de synergies et ce système de collecte des flux permettent d’identifier d’autres symbioses potentielles et d’alimenter l’outil ActIF (cartographie interactive sur le web, développée en 2008 par la CCI Occitanie en partenariat avec l’Ademe) en y intégrant les flux « orphelins ». A terme, le Comité Champagne souhaite naturellement étendre ces nouvelles voies de valorisation locales à l’ensemble du territoire d’appellation Champagne.

  • L’économie du Champagne en chiffres :

Le territoire d’appellation Champagne recouvre 33 843 hectares (Marne, Aube, Haute-Marne, Aisne et Seine-Marne), soit 4 % du vignoble français. La filière regroupe 16 000 vignerons et 340 maisons de Champagne, et crée 30 000 emplois directs. En 2018, cette filière a vendu 362 millions de bouteilles pour un chiffre d’affaires de 4,9 milliards d’euros, dont 2,9 à l’export.

Crédit : Comité Champagne

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