Le réseau Sequndo promeut le réemploi dans le bâtiment par l’insertion

La déconstruction sélective permet à des dizaines de structures d’insertion de développer peu à peu leur activité en France. Pourtant cette pratique reste encore isolée et limitée à quelques chantiers par an. Avec la création du réseau Sequndo en 2022, le réemploi dans le bâtiment via l’insertion va sans doute passer à l’échelle. L’objectif est de donner plus de visibilité au réemploi, mutualiser les savoir-faire sur le territoire et créer plus d’emplois en insertion.

Pour la rénovation de ses bureaux de postes, et de ses centres de tri et logistique, le groupe La Poste Immobilier a choisi en 2022, d’intégrer sur ses chantiers, une dimension sociale et d’économie circulaire, via de la dépose soignée. Par le biais de la FEI (Fédération des entreprises d’insertion) et de l’UNEA (Union nationale des entreprises adaptées), Utopreneurs, studio d’innovation engagé dans l’inclusion, a identifié des entreprises sociales inclusives et de l’ESS pour satisfaire cette demande. Cette démarche a donné naissance à la SAS Sequndo. L’objectif principal du réseau est de répondre simultanément à deux défis majeurs : celui de l’inclusion sociale en favorisant la création d’emplois et celui de l’environnement en contribuant à la réduction des déchets dans le secteur du bâtiment. A cet effet, Sequndo s’engage à fournir des services de déconstruction sélective et de dépose soignée sur les chantiers de second œuvre, à trier les produits et matériaux et à les acheminer vers des destinations de recyclage ou de réemploi.

Il réunit douze entreprises d’insertion* actionnaires qui cotisent au prorata de leur chiffre d’affaires. Elles couvrent ensemble 65 départements, et ont mené plus de 168 chantiers en 2023. Le réseau regroupe également sept plateformes multi-matériaux intégrées. A sa tête, deux personnes à temps plein, Eléonore Clerc directrice générale et Clara Bergia, responsable des opérations et architecte de formation. Leurs missions : conseiller les EI sur le plan technique, contractualiser avec les MOA, rechercher des financements, répondre aux appels d’offres. « Nous partons de plusieurs constats qui conduisent à repenser la gestion des matériaux dans le bâtiment. 90% des déchets du second œuvre (à l’exception du bois et des métaux) sont enfouis ou incinérés suite aux démolitions ou réhabilitations. Pourtant la demande de matériaux ne cesse d’augmenter et selon l’Ademe, au rythme actuel, elle sera multipliée par 3 d’ici 2050 » souligne Eléonore Clerc.

Décloisonner les pratiques

 

Depuis 2022, une dizaine de chantiers de réhabilitation pour La Poste ont été réalisés sur le lot curage sélectif et dépose préservante avec des résultats intéressants sur le réemploi. Par exemple, la réhabilitation du centre financier La Banque Postale de Rennes (35) par Retrilog-Emmaüs a porté sur deux plateaux de 1000 m² chacun. La prestation a duré 14 jours, impliquant deux chefs de chantier et six ouvriers en insertion. Résultat : 46 tonnes de matériaux déposés, dont 21 % de recyclage et 44 % de réemploi. A Caen, le centre postal a été rénové par Plateau Circulaire. Sur 500 m² de surface à curer, 11 tonnes de matériaux ont pu être réemployés pour seulement 430 kg de matières recyclées. A Chambéry, Trialp a pris en charge le curage de la Poste centrale, soit 540 m² de surface. Résultat : 200 m² de cloisons et 177 m² de sols et plafonds réemployés.

A la place d’un curage classique qui conduit l’ensemble des matériaux déposés à la benne, les EI de Sequndo proposent une dépose sélective de matériaux pour du réemploi in-situ, sur un autre chantier, ou bien en partenariat avec une structure de réemploi identifiée localement. « En se regroupant, elles recherchent plus de visibilité pour leur activité, veulent mutualiser leur savoir-faire, leurs ressources et leurs charges fixes, et surtout mailler le territoire en conservant une bonne connaissance de leur région respective ». Pour Eléonore Clerc, le réemploi dans le bâtiment répond à une demande timide mais croissante, en particulier de la commande publique : « notre ligne de conduite est de décloisonner progressivement les métiers et les pratiques dans le bâtiment et de créer des passerelles entre tous les professionnels du secteur ». Cerise sur le gâteau, l’activité de déconstruction sélective peut même devenir rentable au-delà de dix chantiers par an et par entreprise, selon Sequndo.

Une trentaine de structures dans le réseau d’ici 2027

Nouveau maillon dans la chaîne du réemploi solidaire, Sequndo souhaite tisser des liens avec tous ceux qui ont des valeurs sociales et d’insertion comme l’URS (Union du réemploi solidaire), avec des acteurs pionniers comme Cycle up, mais aussi le secteur privé, comme Cyneo, la filiale de Bouygues, engagée dans le réemploi de matériaux. L’intérêt du réseau est de réunir des membres expérimentés sur différentes typologies de chantier (tertiaire, industrie, logements sociaux) en site occupé ou non, assure Eléonore Clerc. De cette manière, Sequndo peut se positionner en acteurs de référence sur ce marché. Et les arguments ne manquent pas : les EI ont un ancrage territorial fort et une capacité à mobiliser et à coordonner des entreprises partenaires (écosystème du réemploi, ETTI) pour proposer une offre de services couvrant toutes les étapes de la chaîne de valeur. Elles sont présentes dans toute la France et fournissent une main d’œuvre en insertion qualifiée et recherchée.

Au-delà des chantiers que peut apporter Sequndo aux entreprises de l’insertion, l’idée à terme est de stimuler les collaborations entre les structures au sein de projets communs. Localement, des coopérations existent déjà, mais avec le réseau, l’objectif est de répondre à des marchés de manière collégiale, à l’image du réseau Recyfe, spécialisé dans le réemploi des fenêtres ou encore Ambition Inclusion, collectif d’entreprises de travail temporaire. Le réseau Sequndo espère rapidement grossir en réunissant une trentaine d’entreprises d’insertion d’ici 2027, en augmentant le taux de valorisation du second œuvre jusqu’à 200 %, et en créant six ETP insertion qualifiés en curage sélectif par entreprise, soit 180 ETP au total.

Les éco-organismes ne jouent pas le jeu

 

La direction de Sequndo espère que cette action va accélérer le mouvement au sein de la filière REP. Jusqu’à présent, elle constate surtout beaucoup de communication sur le réemploi mais peu d’engagement au final, notamment pour favoriser la demande de matériaux réemployés. Les soutiens de la filière PMCB sont principalement orientés sur de l’expérimentation et de la connaissance alors que les stocks de matériaux déposés grossissent sur notre territoire, regrette Eléonore Clerc. Et de déplorer que les éco-organismes ne jouent pas assez le jeu :  les difficultés d’assurabilité, de garantie de qualité et de fiscalité préférentielle restent des freins importants mais pas insurmontables. Au sein de Sequndo, un travail de coopération avec des fabricants de faux plafonds ou planchers techniques est mis en œuvre pour les aider à tester leurs produits. « Aujourd’hui, ils ont besoin d’avoir des retours sur le démontage, et la résistance afin de modifier la conception et la chaîne de fabrication » affirme Eléonore Clerc convaincue que développer l’offre de réemploi passera par une approche pragmatique pour rester rentable et compétitif. « Nous travaillons pour que la qualité des matériaux réemployables soit certifiée en labellisant nos méthodes de dépose et en qualifiant les produits par des organismes spécialisés et des assurances ». Sequndo doit devenir acteur de référence pour créer des partenariats durables avec des acteurs de la construction intéressés par l’achat de matériaux secondaires et pour représenter le réseau dans les instances nationales du réemploi.

* Demoltri, Emi-Creno, Groupe Altair, Groupe VALO, LVD environnement, Plateau Circulaire, Retrilog, Satri, Sobra, Trialp, Tricycle Tripap, Tri-vallées.

Crédit : Sequndo/Retrilog/Eccum/Presta’terre

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