L’EFC progresse chez les TPE et les grands groupes

Deuxième panorama de l’Ademe pour la période 2019 et 2023

Depuis 2013, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) émerge lentement. Des initiatives parfois audacieuses permettent à des entreprises de changer de modèle économique pour devenir plus vertueuses ou tout simplement pour survivre à la concurrence. Fervente partisane de l’EFC, l’Ademe suit de près son évolution et l’encourage. Dans son deuxième panorama publié en juin 2024, l’agence décrit les avancées des projets soutenus et financés entre 2019 et 2023.

L’économie de la fonctionnalité et de la coopération s’applique potentiellement à tous types de structures : entreprises, collectivités, associations, de toutes tailles et de tous secteurs d’activité. Depuis plus de dix ans, l’Ademe soutient le développement de l’EFC ou économie servicielle en tant que pilier de l’économie circulaire et levier de la transition écologique et sociale. Plusieurs spécialistes de la question comme Claire Pinet travaillent en son sein, pour comprendre les mécanismes de ce modèle économique et tenter de lever les freins à sa mise en œuvre. Pour ce faire, l’agence s’appuie sur des partenariats, accompagne des candidats au changement, donne de la visibilité aux expérimentations et aux « success stories ».

Parmi les plus emblématiques, figurent Michelin, Rolls-Royce, Signify, Xerox, mais également beaucoup de PME et petites structures connues sur leur territoire pour avoir substitué un modèle serviciel à un modèle de vente d’équipement  : vendre des kilomètres plutôt que des pneus, des heures d’avion plutôt que des moteurs, de la lumière plutôt qu’un système d’éclairage ou des copies plutôt qu’une imprimante. De nombreux autres secteurs ont aussi basculé, ces dernières années, dans la vente de l’utilisation ou de la performance de l’équipement. Toutefois, la maturité des activités par rapport à cette évolution reste inégale. Par exemple, la batterie en tant que service, ainsi que les systèmes robotiques et les terminaux de paiement font partie des tendances récentes en phase d’expérimentation. En revanche, les équipements d’impression sont matures alors que les engins de manutention et le matériel de santé sont en cours de consolidation. En phase de développement, on retrouve les machines outils et machines industrielles en général.

Plus d’instances publiques impliquées

 

Dans un panorama de l’EFC publié en juin 2024, l’Ademe relate l’évolution des projets et les soutiens accordés entre 2019 et 2023. Ce rapport fait suite à un précédent couvrant la période 2013-2018. Dans son attachement à soutenir l’économie de la fonctionnalité, l’agence publique actualise régulièrement sa feuille de route qui se décompose en quatre volets : accompagner les entreprises et changer d’échelle ; déployer les dynamiques territoriales ; favoriser la coopération intra et inter réseau ; renforcer la communication et la formation. Le périmètre géographique du panorama d’observation couvre la France, y compris l’Outremer et intègre le développement de l’EFC à l’international. Le panorama présente les acteurs impliqués dans l’EFC et les initiatives sur le périmètre de soutien financier de l’Ademe. Parmi les nouveaux acteurs engagés dans la promotion de l’EFC, figurent la Direction Générale des Entreprises (DGE), la Direction Générale du Trésor (DG Trésor), la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) ainsi que le Commissariat Général au Développement Durable (CGDD). Sur les territoires, et à un niveau plus local, les régions, les CCI et les collectivités locales participent elles aussi au déploiement de ce nouveau modèle.

L’Ademe compte par ailleurs sur l’engagement historique de l’Institut Européen de l’EFC (IE-EFC) et de ses structures d’animation territoriales dans 11 régions pour changer les mentalités. Cet institut a contribué en grande partie, par la voix de son président Christian du Tertre et de chercheurs comme Sandro de Gasparo, à la rédaction du rapport sur l’EFC remis au gouvernement au cours de l’été 2021, comme demandé par la loi AGEC (à retrouver sur notre site). Depuis, certaines recommandations semblent avoir été entendues sur la réorientation des aides et des financements ainsi que sur la sensibilisation de tous à l’économie de la fonctionnalité.

Des initiatives privées en 2023

 

Yuniboat, reconditionneur de bateaux, intègre le programme Coop’Ter

L’an dernier a marqué une accélération de la dynamique et des engagements autour de l’économie de la fonctionnalité. Tout d’abord, au niveau international, une initiative baptisée « European Circular Tour » a été portée par deux étudiants de l’Icam (Institut Catholique d’Arts et Métiers) et soutenue par l’Ademe. Leur mission : réaliser un tour d’Europe à la rencontre d’entreprises engagées dans ce modèle économique. Pendant six mois, ils ont visité dix entreprises de toutes tailles et tous secteurs dans sept pays : Finlande, France, Hongrie, Italie, Portugal, République tchèque, Suède. Le terme EFC étant uniquement francophone, la traduction anglophone a porté sur « product service system » ou « product as a service » (économie servicielle). À l’issue de ce voyage, un site internet a été réalisé pour partager leurs expériences et décrire les activités des entreprises rencontrées.

En 2023, le CJD (centre des jeunes dirigeants d’entreprises) a engagé un parcours collectif de 18 mois auprès de ses adhérents : « Galilée ». Objectif : accélérer et soutenir la transition des modèles économiques des organisations, via la construction et l’expérimentation de ce parcours. Ce dernier vise à former les dirigeants, identifier, comprendre et dépasser les limites de leur modèle économique, en réorganisant le travail, facteur de santé et d’émancipation, en prenant soin des écosystèmes, et en arrêtant de piller les ressources. De son côté, la CCI a lancé en 2023, en partenariat avec l’Ademe, une formation EFC à destination de tous les conseillers au développement durable. D’une durée de trois jours, elle permet de donner les clés de compréhension aux conseillers CCI afin qu’à leur tour, ils puissent donner envie aux entreprises d’entamer une transition économique responsable à l’aide de l’EFC.

TPE et grandes entreprises concernées

 

Michelin s’est engagé dans la fonctionnalité pour répondre aux besoins des transporteurs PL

Depuis leur mise en place, les opérations d’accompagnement sont en progression. L’Ademe a référencé 23 offres de parcours sur tout le territoire en 2023, dont 15 sont soutenues directement par l’Agence. Ces offres s’adressent majoritairement aux TPE-PME. Résultat : 119 opérations financées cumulées entre 2019 et 2023 contre 40 entre 2013 et 2018. Sur ces 119, l’Ademe annonce que 50 dossiers sont déjà clôturés. Parmi les régions les plus dynamiques en termes de nombre d’opérations financées, se retrouvent la Provence-Alpes-Côte d’Azur avec 18 dossiers, l’Occitanie avec 17 dossiers, les Pays de la Loire avec 15 dossiers, l’Ile-de-France avec 14 dossiers. Les bénéficiaires des aides de l’Ademe s’élèvent à 369 en cumulés. Le nombre a plus que doublé depuis le dernier panorama de 2020. Les TPE-PME représentent près de 84% des organisations accompagnées. Parmi les bénéficiaires, on note toutefois une progression de l’accompagnement des ETI et des grands groupes. En 2022, six majors ont été accompagnées pendant 18 mois, avec des temps collectifs et individuels (Bouygues Construction, Bouygues Télécom, Carrefour, Suez, Engie et BASF). Par ailleurs, un club national « Grandes Entreprises » sera bientôt mis en place pour permettre à des ETI leaders et des grands groupes de s’acculturer à l’EFC.

Le bilan des accompagnements de projets montre des signes encourageants selon l’Ademe, puisque 27 % des dossiers présentent de réelles transformations du modèle économique. Lors du panorama précédent, ce chiffre avait été estimé à 10 %. Toutefois, 16 % ne sont plus dans les radars de l’Ademe, ni des structures d’animation territoriales et 7% ont abandonné pour diverses raisons (résultats escomptés pas au rendez-vous, cessation d’activité). Le montant total des financements orientés sur des projets d’EFC entre 2019 et 2023 s’élève à 15 millions d’euros, contre 9,3 millions d’euros sur la période précédente. L’Ademe représente 44 % des financements, tandis que 32 % viennent des bénéficiaires eux-mêmes.

Opérations Coop’Ter et TETE

 

Au-delà de l’accompagnement d’entreprises, l’agence soutient depuis 2020 des projets territoriaux multi-acteurs. C’est le cas du programme « Territoires de Services et de Coopérations » – Coop’Ter, mené avec le laboratoire d’intervention-recherche ATEMIS. Ce programme soutient à la fois des projets territoriaux et des projets scientifiques, alliant l’action et la recherche. En mars 2024, l’Ademe a publié les carnets Coop’Ter, réunissant 23 nouveaux projets en France, en lien avec l’économie de la fonctionnalité. Le nouveau programme « Territoire Engagé Transition Écologique » est davantage destiné aux collectivités territoriales. Il incite les institutions publiques à soutenir les entreprises dans leur changement de modèle économique et à faire appel à des offres d’EFC via la commande publique. Le programme encourage également les collectivités à participer à des projets territoriaux multi-acteurs, voire à les animer.

Pour renforcer le réseau d’acteurs actuels, l’Ademe prévoit de recourir à de nouveaux relais pour la promotion de l’EFC : agences de développement économique, incubateurs / accélérateurs, pôles de compétitivité, réseaux d’entreprises, etc. Dans la perspective de l’augmentation des accompagnements à l’EFC, de nouveaux animateurs sont en cours de recrutement et de formation pour 2024. La communication joue un rôle central pour sensibiliser les entreprises à l’EFC. Sur son site epargnonsnosressources.fr , l’Ademe a inséré une page dédiée à la transformation du modèle économique à l’aide de l’EFC.

Des freins surmontables

 

Dans ce paysage où plusieurs signaux sont au vert, il ne faut pas négliger les freins pour les clients usagers, les pouvoirs publics et les offreurs. Par exemple, le manque de confiance, la transmission de données confidentielles, l’attachement à l’acte d’achat, les règles de commande publique basées sur le moins disant, ou encore le besoin d’investissements importants sont autant d’obstacles identifiés qui prennent du temps à surmonter. L’Ademe propose plusieurs leviers à mettre en place, dans son panorama. Après des observations encourageantes sur la progression de l’EFC dans notre société économique, un changement d’échelle est maintenant nécessaire car selon l’agence et ses experts, la transition écologique et sociale ne pourra pas s’opérer sans transition vers plus de sobriété. Avec comme principale condition, mobiliser tous les acteurs de l’offre et de la demande (entreprises, collectivités, associations de citoyens, institutions publiques) pour engager une véritable transformation des modes de vie.

Bon à savoir :

  • L’Ademe a lancé le 21 novembre 2023 un marché nommé « Accéder à l’usage de biens de consommation sans les acheter – Panorama et analyse des différents modèles et offres alternatifs » (par Solinnen et Technopolis group). Ses conclusions permettront d’alimenter la réflexion sur la mise en oeuvre de l’EFC.
  • L’IE-EFC et le Club Nékoé organise la 10e édition des Universités de l’EFC, les 10 et 11 octobre 2024 à Orléans. Thème de l’événement : « Transition écologique & transition économique – Un autre regard pour prendre soin du vivant ».

Crédit : Kataba, Yuniboat

A lire aussi :

Yuniboat reconditionne les bateaux de plaisance

L’économie d’usage enfin prise au sérieux ?

Kataba, eco-designer de mobilier, se tourne vers la fonctionnalité

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article