Les startups de la RetailTech au service du réemploi

Réutec et Reyouzz misent sur une croissance circulaire

Depuis 2016, un incubateur de startups s’est installé à Roubaix sur l’ancien siège de La Redoute. Aux commandes, le pôle d’excellence lillois EuraTechnologies promeut le commerce digital et la RetailTech. Parmi les entreprises hébergées récemment, plusieurs ont choisi l’économie circulaire comme « marque de fabrique ». C’est le cas de Réutec engagée sur la réutilisation d’emballages textiles pour le e-commerce et de Reyouzz, promoteur du reconditionnement au sein de la grande distribution.

Sur 13 000 m², l’un des trois anciens bâtiments rénovés du site de Blanchemaille à Roubaix héberge 80 startups en incubation et 55 entreprises résidentes spécialisées dans le commerce digital et la RetailTech. Cela représente environ 400 salariés. Plusieurs de ces locataires intègrent des actions d’économie circulaire dans leurs projets ou activités. C’est le cas de Réutec, créé en 2021 par deux élèves ingénieurs Pierre Malbranque et Baptiste Peru pour répondre à une logistique durable grâce à emballages réutilisables. Pour lancer leur projet, ils font le lien entre les quatre millions de tonnes de textiles jetés en Europe chaque année et les quatre millions de colis envoyés chaque jour en France par e-commerce. Ce qui représente 300 000 tonnes de déchets d’emballages (carton et plastique principalement) générés annuellement. Alors que la loi AGEC impose 5 % d’emballages réemployés en 2025 et la suppression progressive d’emballages à usage unique, Réutec s’est lancé dans la conception de colis réutilisables à partir de textiles revalorisés localement par des partenaires de l’insertion professionnelle et de l’ESS comme AlterEOS à Tourcoing ou l’Atelier Résilience à Roubaix.  Il s’agit de textiles techniques résistants en polyester ou à base de coton. Ils proviennent essentiellement de chutes industrielles de producteurs régionaux. La partie intérieure des colis forme une plaque rigide contre les chocs. Elle est composée notamment de textiles recyclés et compressés à chaud, issus du matériau Métisse, transformé par Le Relais. Pour l’instant, l’approvisionnement est réalisé majoritairement sur des chutes de production pour fabriquer les housses des colis. Avec la croissance de son activité, Réutec pourrait également sourcer la matière première auprès de recycleurs.

Multiplier son CA par dix en 2025

 

Ces colis sont déclinés en plusieurs formats pliables, pochettes ou boîtes, et destinés à des envois BtoC et BtoB. Ils peuvent être utilisés pour de la logistique interne entre plusieurs services d’une entreprise, en livraison inter-boutique au sein d’une chaîne de vente, en click & collect, mais aussi comme une alternative aux emballages jetables du e-commerce pour l’envoi de colis grand public. Ils sont voués à remplacer les cartons, les polybags en plastique, les sacs krafts jetables et conçus pour durer une centaine de cycles et éviter 30 kg de déchets produits sur toute leur durée de vie. Réutec collabore avec des ateliers d’insertion pour récupérer les emballages en tissu, les laver et les remettre en état si besoin.

Les chutes de textiles proviennent de la région Hauts-de-France

Sur le marché BtoB, Réutec s’adapte aux besoins logistiques et passe par une phase de prototypage avant de la lancer la production en atelier d’insertion. Un QR Code unique est apposé sur chaque colis qui permet un suivi géographique, et le suivi de données de performance RSE (quantité de déchets évités, nombre de cycles…), et logistiques (temps de mise sous pli, taux de retour, délai de retour moyen). Le client professionnel peut moyennant un abonnement mensuel, louer ces colis réutilisables, ou bien les acheter. Pour l’envoi de colis en BtoC, l’entreprise commerciale verse un montant mensuel selon ses besoins. Un service complet lui permet de récupérer ses pochettes par voie postale sous pli pré-affranchi de la part de ses clients, qui sont récompensés pour leur geste. En 2025, l’entreprise vise une forte montée en puissance avec un chiffre d’affaires multiplié par dix. A ce jour, une vingtaine de clients ont déjà répondu présent à cette démarche de logistique durable. De quoi faire circuler d’ores et déjà 5000 emballages réutilisables, évitant ainsi la production de cinq tonnes de déchets d’emballages. Réutec est actuellement en test avec des grands comptes nationaux et internationaux jusqu’à fin 2024. Pour augmenter ses capacités de production et ses effectifs en 2025, l’entreprise souhaite capter l’équivalent d’un million d’euros et a choisi d’ouvrir son capital à des fonds à impact et des Business Angels à l’échelle régionale. Citeo est également de la partie en soutenant la start-up dans le cadre de la REP Emballages Industriels et Commerciaux.

Automatisation de la seconde main

 

Fondée en 2021, la start-up Reyouzz accompagne la grande distribution vers une démarche d’économie circulaire. Comment ? En installant dans les magasins des bornes de collecte connectées pour promouvoir la seconde main. Ces lockers, fabriqués près de Lille, associent un design sobre et en bois naturel à un usage fonctionnel et peu énergivore. Connectée et disposant d’un écran tactile, la borne permet à l’usager de déposer dans l’un des casiers, ses petits appareils électriques et électroniques usagés, après avoir renseigné la nature, l’état de fonctionnement et l’aspect physique. En échange, la borne évalue la valeur du produit, rachète ce qui peut être reconditionné et récompense par bon d’achat éventuellement les articles destinés au recyclage. « La borne n’est que la partie émergée de l’iceberg, souligne Aurélie Gervais, responsable marketing. Notre ambition est de créer un véritable écosystème de la seconde main, à l’échelle régionale pour mettre en relation distributeurs, reconditionneurs et recycleurs ». En déposant son appareil dans l’une de nos bornes, le consommateur va aider au réemploi ou au recyclage en favorisant l’économie locale.

Les bornes sont modulables pour accueillir des produits de différente taille

La location de ce locker revient à environ 1500 euros par mois pour le commerçant. Ce dernier en contrepartie bénéficie d’équipements remis en état et garantis deux ans, en vue de les revendre dans le rayon seconde main de son magasin. Deux supermarchés Leclerc à Grandville et Cora à Nancy expérimentent aujourd’hui ce dispositif. Un test préalable est indispensable avant de généraliser cet outil. « Notre objectif est d’implanter notre système dans une dizaine de magasins volontaires pour vérifier la pertinence de notre démarche. L’idée étant de développer un sourcing local pour un réemploi local. Nous sommes en quelque sorte un facilitateur de la seconde main, grâce à l’automatisation de la collecte ». Dans la métropole lilloise, plusieurs projets d’aménagements sont en cours. Une installation prochaine est prévue chez Leroy Merlin dans le Nord, pour répondre aux besoins de seconde main sur les articles de bricolage et jardinage. Pour mettre au point cette borne connectée, Reyouzz a déposé deux brevets. Elle a été soutenue financièrement par plusieurs acteurs de son territoire comme EuraTechnologies, la MEL, et la Région.

« La borne est une brique technologique »

Actuellement, plusieurs bornes ont été fabriquées pour constituer un stock. La technologie mise en œuvre est capable d’évaluer plus de cinq millions de produits de seconde main grâce à une IA qui les oriente vers du reconditionnement ou du recyclage. Le prestataire dispose alors d’un accès sécurisé à la borne pour récupérer l’appareil. Autre atout de ce mobilier, les casiers de réception sont modulables et personnalisables selon la taille des objets à récupérer. Selon Reyouzz, une borne remplie équivaut à 6 tonnes de matières vierges économisées.

Ce système est déclinable à différents secteurs et produits (maroquinerie, joaillerie, littérature, cinéma, bricolage, video-game). Le dispositif peut être aménagé dans les entreprises, les collectivités et des établissements publics pour réduire l’achat du neuf. Pour déployer ces outils, Reyouzz doit réfléchir à d’autres modèles de fonctionnement en associant des porteurs de stocks. Aujourd’hui, l’entreprise fonctionne avec 17 salariés. Après une première levée de fonds en 2023 de 443 000 euros, Reyouzz souhaite capter 1,5 million d’euros en 2024 pour monter en puissance sur la communication et la création d’un service complet multi-produits reconditionnés localement.

Crédits : Réutec, Reyouzz

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