Les produits de second œuvre neufs, invendus ou inutilisés représenteraient cinq milliards d’euros de produits gaspillés chaque année en France. Depuis 2018, la plateforme StockPro promeut ces matériaux de première vie pour éviter leur mise en benne. L’entreprise vient de franchir une nouvelle étape avec la création d’indicateurs sur les déchets et les émissions CO2 évités, pointant les impacts positifs de leur réemploi.
Co-fondée en 2018 par Romain de Garsignies et Stéphane Renou, StockPro est la première plateforme de réemploi de matériaux neufs de construction en France, qui propose des services digitaux aux acteurs de la filière, quelle que soit leur taille. L’entreprise, composée d’une trentaine de salariés, est présente dans trois pays européens (France, Pays-Bas et Belgique) et labellisée par la Fondation Solar Impulse et le Ministère de la Transition Écologique (Greentech Innovation). Depuis sa création, StockPro a pour objectif de supprimer le gaspillage de matériaux neufs dans le secteur du BTP. « En tant que revendeur de matériaux neufs de réemploi, nous souhaitons élargir la base pour inciter à de nouvelles pratiques ; notre secteur représente cinq milliards d’euros de matières gaspillées et ces matériaux neufs une fois dans la benne finissent en déchets », souligne Romain de Garsignies, convaincu que le matériau neuf de réemploi peut devenir un cheval de Troyes : « il ne doit pas être plus compliqué d’utiliser ce type de produit plutôt que du neuf de dernière génération ».
Les produits en vente sur la place de marché StockPro n’ont jamais été utilisés. Classés dans la catégorie second œuvre, hors matériaux courants de type parpaing, câble électrique ou peinture blanche, les produits neufs issus du réemploi concernent en général des fins de gamme, des matériaux dépréciés, des stocks dormants ou fins de chantier. Vendus à prix ultra-concurrentiels auprès de partenaires fabricants, distributeurs et installateurs du BTP, ces produits peuvent être utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils ont été conçus. La plateforme commerciale permet aux fabricants et distributeurs spécialisés de revendre leurs stocks neufs ou fins de chantier à d’autres professionnels en quête de bonnes affaires. Et bientôt en quête de produits à faible impact environnemental. « Aujourd’hui, les clients vendeurs et acheteurs réclament des preuves à intégrer dans des clauses d’achat sur le réemploi ou des bilans carbone ». C’est dans ce sens que les fondateurs de StockPro veulent aujourd’hui accélérer le mouvement. Pour revendre ces matériaux, il faut faire évoluer les habitudes des professionnels du bâtiment. Mais l’air de rien, c’est encore très compliqué, assure Romain de Garsignies : « on le voit au sein de la filière REP PMCB. Les éco-organismes peinent à atteindre les objectifs de réemploi pour 2024 ».
Ce que dit le cahier des charges de la REP PMCB
Rappel des objectifs fixés par le cahier des charges des éco-organismes de la filière REP PMCB : « Afin de viser le réemploi et la réutilisation d’au moins 5 % de la quantité totale de PMCB en 2028, l’éco-organisme met en œuvre les actions nécessaires pour atteindre au moins les objectifs annuels définis dans le tableau suivant aux échéances fixées. Ces objectifs sont définis comme étant la quantité (en masse) de PMCB usagés qui ont fait l’objet d’une opération de réemploi ou d’une opération de préparation en vue de la réutilisation durant l’année considérée rapportée au gisement de référence … ». Deux objectifs sont précisément établis : 2 % en 2024 et 4 % en 2027. A ce jour, aucun éco-organisme n’est en mesure de certifier l’atteinte du premier objectif à la fin de cette année.
80 % des produits revendus sous indicateur

A travers ses retours d’expérience, l’entreprise a travaillé depuis deux ans sur la manière dont le réemploi pourrait se déployer dans le BTP. C’est ainsi que d’ici deux mois, les premiers indicateurs sur l’impact réemploi accompagneront les produits mis en vente sur le site. Les indicateurs sont en place dans le back office et d’ores et déjà visibles pour les vendeurs ; ils seront bientôt visibles pour les acheteurs professionnels. A terme, ils vont couvrir 80 % des produits revendus via la plateforme de StockPro qui rassemble à ce jour pas moins de 32 000 références soit trois millions de produits au total. Il s’agit essentiellement de matériaux et équipements de second œuvre. Cette innovation a été conçue en interne pour offrir aux clients des données concrètes sur les bénéfices environnementaux de l’utilisation des produits réemployés. Ces indicateurs sont centrés sur deux axes clés : le calcul des déchets évités et les nouvelles émissions de CO2 évitées grâce à l’utilisation de produits réemployés. « Nous souhaitons apporter aux professionnels du bâtiment des données fiables et compréhensibles. Elles apparaîtront à terme sur chacune des fiches produits, ainsi que dans le panier ». L’indicateur des déchets évités permet de quantifier le poids des déchets évités. Les données présentes sur les fiches produits sont facilement accessibles et compilables. L’indicateur carbone est quant à lui calculé selon une formule validée par le label Solar Impulse : émissions de CO2e évitées = émissions économisées par la non-refabrication du produit + émissions économisées liées à la non-destruction du produit. Il estime ainsi les émissions de CO2 évitées par l’achat d’un produit en réemploi, en comparaison avec l’achat du même produit dans un circuit classique d’économie linéaire.
Les données nécessaires au calcul sont issues d’une source gouvernementale conventionnelle comme l’Ademe, base nationale des données environnementales et sanitaires de référence des produits et équipements de construction. Seule une infime partie des références de la base de données de la plateforme est couverte. Dans ce contexte, StockPro a dû élaborer un calcul à l’aide d’un algorithme qui s’appuie sur l’intelligence artificielle, pour estimer le CO2 évité pour les références auxquelles aucune fiche gouvernementale n’est associée.
Les éco-organismes à la peine
A ce jour, seul Valdelia déclare avoir atteint le premier objectif. Sur 5012 tonnes de PMCB collectés en 2023, 100 ont pu être réemployées. Pour Valobat, il faudra attendre la fin de l’année 2024 et l’ensemble des déclarations des tonnages à soutenir, pour connaître son taux de réemploi effectif. L’éco-organisme mène depuis plusieurs mois des actions pour soutenir 11 plateformes logistiques avec un objectif de plus 26 000 tonnes réemployées ; contractualiser avec vingt acteurs du réemploi ; expérimenter le réemploi sur le terrain avec une centaine de chantiers accompagnés (830 000 m²) à hauteur de plus d’un million d’euros, etc. Chez Ecomaison, on comptabilise près de 5 000 tonnes de matériaux réemployés mais il faudra encore patienter plusieurs mois pour atteindre les objectifs fixés. La traçabilité demeure un enjeu élevé, car sans donnée précise et viable, la mesure du réemploi ne sera pas possible. Ecomaison va financer une trentaine de projets pour un montant de 5 000 à 15 000 euros par chantier. Cela va permettre de créer des fiches sur les bonnes pratiques de réemploi, et d’identifier les meilleures façons de tracer les volumes réemployés.
Trouver une méthodologie collective
Ce travail n’est que le début d’un projet à mener sur le long terme, insiste Romain de Garsignies : « nous avons conscience des limites méthodologiques actuelles et nous nous engageons à les améliorer pour que les indicateurs couvrent un nombre croissant de produits et de catégories ». Si le prix du matériau neuf n’est pas plus cher, la plateforme veillera à ce qu’il n’y ait pas d’abus sous prétexte que le réemploi apporte une valeur ajoutée grâce à un bilan carbone positif.

Dans sa volonté de contribuer à l’harmonisation des méthodes de calcul de l’empreinte carbone au niveau européen, StockPro s’inscrit dans une démarche collective et respectueuse de la législation européenne. « Sur le marché du réemploi de matériaux, tout le monde se connaît ; et il y a de la place pour tous. Le développement de labels et certifications est une bonne chose pour inciter davantage au réemploi. Après il va falloir harmoniser ces données et les rendre cohérentes avec le message qu’on veut faire passer, pour ne pas perdre de clients en route. C’est là que collectivement, nous devons trouver une méthodologie pour évaluer les impacts » souligne le co-fondateur de StockPro. Le bilan carbone reste complexe à établir et à unifier, car il peut transmettre des messages opposés pour un même produit. Tout dépend de l’information que l’on souhaite mettre en lumière : une robinetterie par exemple peut avoir un fort impact carbone lié à ses matières premières, tout en obtenant une bonne note grâce ses caractéristiques techniques favorisant une consommation d’eau réduite. Ce travail est d’autant plus crucial pour StockPro, dont les ambitions de développement à l’échelle européenne exigent une conformité stricte aux réglementations en vigueur. En matière d’impact environnemental, il ne faut pas rater le coche en diffusant des informations contradictoires, insiste le dirigeant de StockPro.
Crédit : StockPro
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