Philips met ses équipements médicaux en mode circulaire

Un partenariat avec le CHU de Rennes

Le constructeur néerlandais Philips fait évoluer ses activités et sa relation client dans le secteur de la santé. Face aux crises sanitaires climatiques, géopolitiques et à l’inflation, le monde médical se retrouve sous pression, pris entre des budgets en diminution et une demande constante des besoins de soins. Les établissements publics sont en première ligne. Pour répondre à ces enjeux, Philips a pris le chemin du reconditionnement et peaufine la dimension circulaire de son activité. Exemple au CHU de Rennes, partenaire d’un projet jusqu’en 2026.

En 2023, les ventes d’équipements de la santé ont généré plus de 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour Philips. Les appareils d’imagerie médicale pour du diagnostic et du traitement ont représenté 50 % des ventes ; le reste étant composé d’appareils de monitoring, d’aide respiratoire et d’accessoires de soin individuel. C’est sur ce premier segment que le groupe néerlandais a choisi de bâtir une nouvelle stratégie de développement. Ces équipements faits de scanners et d’IRM notamment ne sont pas neutres sur le plan écologique. « Nous savons que le secteur de la santé n’est pas bon en termes d’impact environnemental. Il représente 4,4 % des émissions CO2, plus que l’aviation ou le commerce maritime (en France, ce chiffre atteint même le double). Les hôpitaux génèrent en moyenne 13 kg de déchets par lit et par jour, dont 25 % de déchets dangereux. Les composants électroniques, les aimants permanents, les terres rares ou certains gaz comme l’hélium utilisé pour les IRM impactent fortement l’empreinte carbone » estime Robert Metzke, directeur mondial développement durable. Philips a investi 9,6 % de ses revenus l’an dernier dans la R&D. Résultat, des appareils moins énergivores en imagerie par ultrasons et de véritables innovations pour trouver des alternatives comme des dispositifs IRM mobiles sans hélium.

Le secteur de la santé consomme 10% des matériaux mondiaux annuels, tandis que sa chaîne d’approvisionnement engendre 71% des émissions de CO2.

Pour être en phase avec sa stratégie environnementale, Philips s’est engagé dans une série de démarches comme celle d’atteindre quatre des 17 objectifs (3, 12, 13 et 17) du développement durable des Nations-Unies d’ici 2030. Le groupe a franchi plusieurs étapes : neutralité carbone depuis 2020, utilisation à 100 % d’énergie renouvelable pour sa production, zéro déchet en enfouissement, et 20 % des ventes en lien avec des solutions et produits circulaires en 2023. D’ici 2025, ses ambitions portent sur une démarche Ecodesign pour tous les nouveaux produits mis en marché et des ventes circulaires à hauteur de 25 %. En 2022, le groupe a déjà repris plus de 3400 systèmes et s’engage à reprendre tous les équipements pour boucler la boucle d’ici 2025.

25 % moins cher

 

Exposition des équipements dernier cri sur le campus d’Eindhoven

Concrètement, cela se traduit par des actions pour prolonger la durée de vie des produits sans nuire aux performances ni à la qualité des équipements ainsi qu’à une montée en compétences des salariés et des fournisseurs, à travers un programme spécifique. Opérationnel depuis plus de trente ans dans le reconditionnement, Philips reprend ses appareils hospitaliers (scanners, IRM ou imagerie par ultrasons) dont la moyenne d’âge est environ dix ans, sauf en France qui pour des raisons réglementaires, renouvelle ou reconditionne des équipements tous les sept ans. Le marché français, encore frileux dans ce domaine, représente par conséquent un gros potentiel pour Philips, à l’heure où les budgets hospitaliers se réduisent.

Plusieurs sites dans le monde réceptionnent les appareils pour du reconditionnement : aux Etats-Unis à Buffalo (300 équipements par an), en Espagne et en Allemagne, au Japon et aux Pays-Bas sur le campus de Philips à Eindhoven depuis 2014. La proximité avec l’usine d’assemblage permet des échanges techniques et de données entre ingénieurs, concepteurs et opérateurs. Une centaine d’employés travaillent dans l’atelier de reconditionnement, sur un effectif total de 3000 personnes sur le campus. Les appareils reconditionnés sont garantis comme du neuf et sont de 25 % à 50 % moins chers. Ils peuvent ainsi repartir chez le client et durer dix ou vingt ans de plus, selon les besoins. « Lorsqu’un scanner revient sur notre site, une première étape concerne la décontamination, puis le diagnostic. Si les pièces en contact avec le patient sont systématiquement remplacées, le reste est soumis à examen pour être réemployé ou recyclé » explique Lucas van Soest, responsable des opérations circulaires. Les composants en plastique ou les métaux sont dirigés vers des filières de valorisation matière classiques localement. L’appareil passe ensuite au nettoyage pour enlever la poussière. Des réparations et des opérations de peintures sont alors menées sur des pièces plastiques pour leur redonner un coup de jeune, tandis que des composants électriques et les tubes sont remplacés.

Etape de test d’un IRM après reconditionnement

« Doing more with less » (faire plus avec moins) et « As good as new » (aussi bon que du neuf), sont les deux caps tenus par Philips qui mise sur le reconditionnement de ses appareils pour répondre à la fois aux exigences environnementales par le réemploi et aux contraintes budgétaires plus que jamais d’actualité dans le milieu médical. Le prolongement de la durée d’usage et la possibilité de stocker des pièces détachées réemployables réduisent en outre la dépendance de Philips vis-à-vis des matières premières stratégiques et de leur prix. Philips réutilise près de 80 % du matériel récupéré (en masse), ce qui réduit fortement les besoins en matières premières vierges. Sur le site de Eindhoven, 250 équipements sont reconditionnés chaque année en moyenne, toutes catégories de dispositifs confondues. Le reconditionnement représente 5 % du marché de Philips à ce jour. L’objectif visé est de 10 % à terme.

Une approche client plus globale

 

Fabriquer, reconditionner et conseiller ses clients pour optimiser l’usage des équipements et maîtriser leurs dépenses et leur empreinte carbone, c’est le rôle que Philips souhaite endosser aujourd’hui, à l’heure des enjeux sanitaires, climatiques et économiques dans le secteur de la santé. A ce titre, le constructeur souhaite créer plus de partenariats avec ses clients et ses fournisseurs dans le cadre d’ une approche globale de service et d’accompagnement. Ainsi en 2021, un partenariat clinique de cinq ans a été signé entre Philips et le CHU de Rennes, axé sur la technologie et l’innovation. Ce projet vise à quantifier et diminuer l’impact environnemental du laboratoire de cathétérisme traitant des AVC et anévrismes. Une évaluation environnementale détaillée a permis d’identifier trois axes stratégiques : économies d’énergie, améliorations circulaires et rénovation.

Opération de nettoyage du système d’air comprimé de l’Azurion

Il y a plus de 15 ans, le CHU de Rennes a entamé une démarche vers des pratiques plus durables. Fort de ces connaissances, l’hôpital a élaboré un plan d’actions visant à dépasser les coûts financiers pour inclure les coûts environnementaux de l’achat d’équipements médicaux. Cela a mis en évidence la nécessité d’une stratégie d’achats durables et d’une collaboration avec les parties prenantes pour relever ces défis. Dans ce cadre, la première étape a consisté à quantifier l’impact environnemental d’une suite de neurologie interventionnelle récemment renouvelée afin d’identifier les points critiques et les améliorations possibles. L’accent a été mis principalement sur l’élément central de la salle, l’Azurion, un système de thérapie guidée par imagerie biplane utilisé pour le traitement des AVC. Il s’agit d’un produit éco-conçu par Philips qui consomme 10 à 19 % moins d’énergie comparé à son prédécesseur, et jusqu’à 90 % de son poids en matériaux est réutilisé lors de la remise à neuf par Philips. Les impacts environnementaux du système ont été évalués par une une analyse de cycle de vie, qui prend en compte toutes les phases de la vie du produit. Cette analyse a été menée pendant deux ans, selon la méthode PEF (Product Environmental Footprint), développée par la Commission européenne. Une première dans le domaine de la santé. Les 16 catégories d’impact évaluées comprenaient entre autres l’impact carbone, mais aussi l’utilisation des ressources, la pollution et l’impact sur la santé humaine. L’équipement est constitué de 2000 pièces et composants ; le circuit imprimé ayant le plus fort impact. Les résultats ont été audités par un tiers indépendant selon les normes ISO 14040/44.

L’hôpital de Montpellier joue la carte du réemploi

Le CHU de Montpellier a construit son Projet d’Etablissement 2023-2027 autour de la Transition Ecologique avec comme principal défi « Se transformer vers l’hôpital bas carbone ». Cela passe notamment par une politique stratégique « achats responsables », modélisée dans un Schéma de Promotion des Achats Publics Socialement et Ecologiquement Responsables (SPASER). En tant que premier employeur de Montpellier Méditerranée Métropole et acheteur public avec un budget achat annuel supérieur à 450 millions d’euros, le CHU a intégré de nouvelles pratiques, en promouvant par exemple, l’économie circulaire et la sobriété par l’analyse du « juste besoin ». Cela s’est traduit par la création en interne d’une plateforme de réemploi, Broc’Santé. Grâce à ce système, plus de 7 tonnes de déchets ont été évitées en quelques mois selon Anne Ferrer, sa directrice générale.

Consommables, plus gros polluants

 

Campus usine et centre d’innovation de Philips à Eindhoven

Ce partenariat a permis une révision complète de la chaîne de valeur : Philips a collecté des données détaillées sur les achats et la production du système, tandis que le CHU de Rennes a pu mesurer la phase d’utilisation pour évaluer l’impact direct de leurs pratiques de soins sur l’utilisation des ressources et de l’énergie. Concrètement, cela a entraîné des changements de pratiques, comme le fait d’éteindre l’appareil, en l’absence de besoin. « En cours d’analyse, nous avons par ailleurs découvert une opportunité encore plus vaste en intégrant d’autres paramètres au sein du laboratoire de cathétérisme, comme les consommables, l’énergie, le stockage des données et les déchets » a déclaré Mélissa Vincent, responsable Innovation chez Philips, qui travaille sur ce projet en collaboration avec l’hôpital. Bilan CO2 du chantier : plus de 35 tonnes émises par 15 consommables médicaux en un an ; 5,2 tonnes par l’équipement Azurion (hors consommation d’énergie) ; 3,5 tonnes par la consommation d’énergie (la France bénéficie d’un mix énergétique plutôt favorable) ; 2,5 tonnes de CO2 en lien avec la gestion des déchets (cartons et déchets infectieux surtout) ; 0,7 tonnes de CO2 pour le stockage numérique de l’imagerie. Contre toute attente, les consommables sont les plus gros émetteurs de carbone, en particulier les dispositifs neurologiques contenant des métaux rares tels que l’or et le platine. Le biplan lui-même arrive en seconde position pour les émissions, suivi par la consommation énergétique de la salle, surtout due au système de ventilation. Les déchets arrivent derrière, totalisant 10 tonnes par an.

En 2025, le CHU de Rennes prévoit d’étendre ces enseignements à d’autres salles d’opérations et d’imagerie interventionnelle. Les résultats de l’étude aideront à mieux estimer la contribution des systèmes de radiologie lourde à l’empreinte carbone de l’hôpital. D’ores et déjà, la possibilité de prolonger la durée de vie de l’Azurion grâce à des mises à jour logicielles (programme de mise à niveau technologique et plan de maintenance régulier) et au reconditionnement contribue à réduire l’impact environnemental du service hospitalier. Par ailleurs, le CHU a investi dans une suite de radiologie reconditionnée pour le nouveau Centre Chirurgical et Interventionnel, opérationnel en 2025. De son côté, l’hôpital souhaite inciter ses fournisseurs à produire des consommables plus verts, à réduire les emballages superflus et à instaurer des méthodes de recyclage plus systématiques. Depuis le lancement de ce chantier inédit par Philips, des demandes émergent de la part d’autres CHU en France et des centres médicaux privés pour 2025.

Des réflexions sont aussi en cours auprès des centrales d’achats sur l’économie circulaire. Tandis que des organisations professionnelles de la santé comme le Snitem (Syndicat national de l’industrie des technologies médicales) et le C2DS (Comité pour le développement durable en santé) s’ouvrent à de nouveaux axes de travail sur l’économie circulaire telle que la création en 2023 d’un écoscore pour des dispositifs médicaux plus responsables. « Ces efforts doivent être menés conjointement à l’échelle de toute l’industrie si nous voulons impulser un changement », affirme Mélissa Vincent. « En tant qu’acteur clé de l’industrie, nous voulons déployer de nouveaux modèles économiques en proposant des audits, des diagnostics et du conseil, pour repenser les parcours de soin. Pour cela, nous devons être soutenus par un cadre d’achats écologiques clair. Mener des évaluations approfondies comme celle réalisée avec Rennes nous donne le socle de connaissances nécessaires pour atteindre cet objectif ».

Le C2DS s’active pour verdir la santé

Au sein de son réseau constitué à ce jour d’un millier d’adhérents, le C2DS attire l’attention depuis plus de dix ans sur la hiérarchie des modes de traitement. Dès 2012, il a publié un fascicule sur la réduction des déchets pour informer et donner des pistes d’action. Cela va du réemploi, à la réduction de l’usage unique, en passant par le gaspillage alimentaire et le compostage. Cependant, pour le C2DS, réduire les déchets dès l’achat reste un message central. « Voir les acteurs économiques du secteur s’emparer de la thématique est essentiel souligne Wiebke Winkler, cheffe de projet RSE, référente réglementation RSE. Il revient maintenant aux établissements de renforcer ce volet dans leur politique d’achat et de challenger les acteurs économiques pour aller encore plus loin. La décarbonation de l’hôpital a besoin de fait de la décarbonation des dispositifs médicaux ».

Crédits : Philips

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« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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