Une étude sur la faisabilité d’écologie industrielle sur Seine Aval avait été réalisée il y a dix ans. En l’absence d’action politique et industrielle, la démarche est rapidement tombée à l’eau. En 2017, le projet de requalification de la ZI Limay-Porcheville refait surface grâce à l’engagement de la CCID Versailles-Yvelines. Soutenue par le fonds européen Feder, le Conseil régional d’Ile-de-France, l’Ademe, la Driee, des grands groupes industriels et l’intercommunalité Grand Paris Seine et Oise, la démarche semble sur la bonne voie. D’ici à 2019, quatre projets déjà identifiés, pourraient émerger de cette volonté collective.
Coincée entre la Seine, l’autoroute et la voie ferrée, la zone industrielle de Limay-Porcheville s’étend sur un territoire de 400 hectares, abritant pas moins de 80 entreprises. Cette zone accueille des établissements de toutes tailles et emblématiques comme l’aciériste Alpa ou encore le groupe chimique PCAS, GrDF, mais aussi une dizaine d’acteurs de l’industrie du recyclage dont Sarp Industrie, opérateureuropéen du traitement de déchets dangereux, France Plastiques Recyclage, GDE, Suez et Veolia R&D. Trois zones d’activités composent ce territoire : la zone industrielle Limay-Porcheville, la zone portuaire de Limay et la zone des Hauts Reposoirs/la Garenne.
« L’an dernier, plusieurs concertations et réunions ont eu lieu avec une trentaine d’entreprises adhérentes du Club des entreprises de Limay-Porcheville, explique Marine Roman, chef de projet économie circulaire à la CCID Versailles-Yvelines. Cela nous a permis de cartographier les flux et cerner les demandes de chacun, en partenariat avec l’intercommunalité ». Au final ce sont quatre projets identifiés dont deux accompagnés désormais par la CCI jusqu’en 2019, moment où prendra fin le soutien du fonds Feder. « Nous sommes en présence de deux projets que la CCI ne peut pas accompagner aujourd’hui, car ils relèvent d’une démarche privée à mener par les industriels eux-mêmes », souligne Marine Roman. Le premier est un projet de restauration inter-entreprises à dimension environnementale. Bien au-delà de la simple cantine d’entreprises, la démarche intègre une dimension d’économie circulaire avec à la clef, l’approvisionnement de produits alimentaires en circuit court, un emplacement au cœur de la zone industrielle, réduisant ainsi l’impact du transport et enfin une possible valorisation des déchets organiques. A ce jour, ce projet est en stand-by, en l’absence d’actions concrètes mises en œuvre par les entreprises intéressées. Il sera sans doute remis sur la table dans le cadre d’un projet d’extension du site d’ici 2020 sur la zone des Hauts Reposoirs.

Autre chantier qui n’entre pas dans le périmètre de la CCI mais relève à la fois d’une décision industrielle et politique : la valorisation de la vapeur de Sarp Industries. Générant l’équivalent d’une consommation d’énergie annuelle de 2200 logements, Sarpi vendait jusque-là cette vapeur à la centrale EDF avoisinante pour chauffer ses cuves de fuel. Celle-ci ayant cessé son activité en mai 2017 et actuellement en phase de post-exploitation, aucun autre exutoire à ce jour n’est disponible. Seule une décision politique pourrait débloquer la situation en donnant le feu vert à un projet de raccordement au réseau de chaleur de Mantes-la-Jolie. Un projet d’extension de la zone portuaire d’ici à 2022 pourrait par ailleurs ouvrir les portes à de nouvelles pistes de valorisation. En attendant, l’entreprise a investi en juillet 2017 dans un moteur à vapeur pour valoriser en interne une partie de cette chaleur fatale.
Plan de mobilité et collecte de déchets
C’est dans l’ère du temps ou plus exactement, cela découle d’une orientation législative. La loi de transition énergétique impose depuis le 1er janvier 2018, que des entreprises de plus de 100 salariés mettent en place un plan de mobilité. Dans cette optique, il paraissait indispensable de prendre cette mesure à bras le corps sur la zone de Limay-Porcheville, selon la chargée économie circulaire de la CCI de Versailles. Pas de transport en commun allant jusqu’aux sites, pas de trottoir ou de piste cyclable permettant d’accéder aux zones d’activités. Voies rapides à proximité sans glissière de protection pour les piétons et les cyclistes, sans compter l’éclairage public défectueux, voire inexistant aux abords des sites industriels. Cette absence d’actions de la part des industriels de la zone et surtout de la part de l’intercommunalité depuis des années ne pouvait plus durer.

« Aujourd’hui, des entreprises installées sur cette zone, déplorent qu’en période de croissance d’activité et recrutement, ils font face à plusieurs déconvenues de la part de candidats à l’emploi, faute d’un dispositif de transport urbain suffisant » insiste Marine Roman. Cette prise de conscience a également réveillé les collectivités territoriales qui ont décidé d’accompagner la création d’un plan de mobilité porté par six entreprises de la zone industrielle. L’objectif est de mutualiser un système de transport qui permet aux groupes comme aux PME de bénéficier de navettes pour leurs salariés. Une mutualisation des coûts allant de pair avec une stratégie environnementale : ces navettes pourront fonctionner au GNV grâce à la contribution de GrDF, présent également sur la zone industrielle. Le projet est bien avancé et devrait voir le jour d’ici à fin 2019.

De la même façon que la loi pousse souvent à l’action, le décret cinq flux en vigueur depuis le 1er juillet 2016 s’invite progressivement dans la vie des entreprises. Pour se conformer à la réglementation et répondre à l’absence d’une collecte sélective sur la zone, une poignée d’entreprises réfléchissent à une collecte mutualisée de leurs déchets de bureau. Un appel à manifestation d’intérêt va être élaboré afin que les parties prenantes dans la gestion de ces déchets tels que Suez, présent sur la zone, puissent être force de proposition sur la faisabilité d’une mutualisation de collecte de ces déchets. L’enjeu est de pouvoir proposer aux entreprises une prestation à la carte.
Lever les préjugés
« Au-delà de mon rôle d’animation et de mise en relation des entreprises du secteur, j’ai également le devoir de lever les préjugés. En étant sur le terrain au quotidien, je constate bien souvent que les grands groupes sont moteurs au sein d’actions collectives, contrairement aux idées reçues. J’ai aussi la mission d’étudier la faisabilité et la viabilité des projets proposés. Ainsi, je ne retiendrai pas le projet d’une ou de plusieurs entreprises qui derrière n’ont pas élaboré de modèle économique ». Si l’accompagnement de la CCI de Versailles s’achève en principe l’an prochain, la démarche d’écologie industrielle sur la zone de Limay Porcheville doit se poursuivre à travers les projets mis en œuvre. Néanmoins, la CCI reste une passerelle avec les acteurs économiques du territoire. Plusieurs opérations à vocation environnementale vont continuer de ponctuer la vie de ce territoire francilien. Comme en témoigne l’organisation d’une journée de collecte des DEEE professionnels le 13 décembre prochain. A la tête de cette opération, la CCI et le Club des entreprises de Limay-Porcheville, en partenariat avec l’éco-organisme Ecologic, invitent les entreprises de cette zone et du territoire de la Communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise à déposer leurs appareils informatiques et autres imprimantes sur deux points d’apport volontaire. L’objectif fixé par les organisateurs : collecter au moins 500 kg de DEEE.
Pour en savoir plus sur la démarche de la CCID Versailles-Yvelines : mroman@cci-paris-idf.fr
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Crédit : CM, EI TEM, Sarp Industries
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