La France possède sept grands ports maritimes, qui en 2013 ont fait l’objet d’une politique volontariste, les plaçant comme acteurs majeurs de la transition écologique. Dans la réalité, chaque zone portuaire avance de façon inégale, selon son contexte géographique et économique. Signataire d’une charte de développement durable, Port Atlantique La Rochelle fait partie des précurseurs avec son projet MER sur l’écologie industrielle et territoriale lancé en 2015. A ce jour, le port accueille une dizaine d’actions et de synergies réalisées ou en cours.
« Dès lors que Port Atlantique La Rochelle et l’Union maritime de La Rochelle ont obtenu le feu vert et le financement pour le projet Matières Energies Rochelaises (MER), nous ne voulions pas perdre de temps pour convaincre les entreprises à s’engager dans cette démarche » se souvient Rémi Justinien, recruté comme animateur écologie industrielle et territoriale, en partenariat avec le bureau d’études Girus. Pour Olivier Perrin, responsable activités portuaires, maritimes et fluviales chez Girus, le terrain était déjà favorable pour lancer rapidement les diagnostics individuels environnementaux. Ceux-ci ont permis d’évaluer dans chaque entreprise, les flux entrants et sortants, pour les matières consommées et les déchets produits, les eaux utilisées et rejetées, les énergies consommées et les émissions, ainsi que pour les équipements et services rendus et attendus : « à part quelques exceptions sur les grands ports maritimes d’Anvers ou de Rotterdam qui jouent la carte de l’économie circulaire, le secteur portuaire en Europe a encore beaucoup de retard à rattraper, ne serait-ce que sur le tri des déchets sur les ports de plaisance et de pêche. A La Rochelle, l’engagement des autorités portuaires nous a conduit à faire vite pour ne pas décevoir » souligne Olivier Perrin.

Concilier efficacité et rapidité a permis à Girus d’identifier à partir de mai 2016, une quarantaine d’entreprises sur la zone portuaire mais aussi en périphérie, susceptibles de créer des synergies entre elles. Port La Rochelle réalise le principal de son activité dans le commerce de céréales, des produits pétroliers et papetiers. Figurent sur la zone, des logisticiens, des transporteurs, des céréaliers, des chaudronniers, des entreprises de réparation navale, de maintenance ou encore des scieries, des cimenteries et des recycleurs de déchets. « Le travail de terrain a été indispensable et fructueux, car il fallait d’emblée montrer qu’on existait et mobiliser les acteurs autour de cette démarche » ajoute Rémi Justinien. En quelques mois, des rencontres s’organisent et débouchent en janvier 2017 sur le lancement des premiers groupes de travail autour d’une quinzaine de synergies. Avec quatre critères de choix : rapidité de mise en œuvre, toucher le plus grand nombre d’entreprises, gains économique et environnemental à la clef.
Mutualisation, eau et mobilité
Deux ans après son lancement, la démarche MER soutenue par l’Ademe et la région Nouvelle Aquitaine porte ses fruits. Les premières actions ont été mises en place. Parmi elles, la mutualisation de palettes bois entre plusieurs entreprises. Non seulement cela évite aux palettes non utilisées de finir broyées ou à la benne mais en plus, des entreprises peuvent bénéficier de certaines pièces (tasseaux pour le calage), provenant de palettes démontées et stockées sur place. Cela représente 12 000 palettes ainsi réutilisées chaque année sur la zone portuaire. Pour Rémi Justinien, cet exemple démontre que bien souvent, les entreprises disposent de nombreuses solutions, sans pourtant les voir. Dans cet état d’esprit, avec l’appui technique du bureau d’études Girus, l’animateur a aussi travaillé sur la réduction de consommation d’eau potable. Certaines entreprises ont été encouragées à installer des dispositifs de récupération d’eaux pluviales sur leur toiture pour leur propre usage mais aussi pour d’autres établissements. Cette eau peut servir au lavage de camions ou de process industriels ainsi qu’au remplissage des cuves incendie. Les toitures sont devenues également des supports solaires. L’objectif est d’y installer chaque année 4,4 GWh.

Autre synergie prometteuse, la valorisation des résidus de cargaison : « il faut savoir que les chargements et déchargements de produits sur la zone génèrent quelque 5000 t/an de résidus à quai, dont une majorité de poussières de céréales. Si à ce jour, une partie est récupérée pour de la valorisation en alimentation animale, le reste pourrait approvisionner par exemple une unité de méthanisation » se réjouit l’animateur. Dans le cadre de l’appel à projet national « Territoires d’Innovation de Grande Ambition » (TIGA), le consortium rochelais (Communauté d’Agglomération, Ville de La Rochelle, Université, Altantech, Port Atlantique La Rochelle) a été sélectionné avec l’objectif de devenir le premier territoire littoral zérocarbone.Pour y parvenir, un projet de méthanisation se profile à moyen terme sur la zone portuaire. L’enjeu est aussi important pour le port que pour l’agglomération de La Rochelle, puisque le méthaniseur serait approvisionné à la fois par la biomasse issue de l’activité portuaire mais également par la collecte des biodéchets municipaux, estimée à plus de 25 000 t/an. Cette action permettrait de passer à 85 % de résidus valorisés contre 24 % en 2016 : « c’est un atout environnemental important, mais pour les entreprises, c’est surtout une opportunité économique, puisque les poussières de céréales destinées à la méthanisation seraient rachetées à 45 euros la tonne ». La finalité est de créer une filière alternative de biocarburants capable d’alimenter les camions des transporteurs sur la zone ainsi que les flottes de véhicules de l’agglomération rochelaise. La mission de Rémi Justinien ne s’arrête pas là : « la mobilité fait partie des enjeux d’écologie industrielle, puisque nous étudions la possibilité de développer le covoiturage pour les salariés et la création d’un parc de véhicules électriques partagés sur la zone portuaire ».
MER, de projet en association
A tous les stades de l’économie circulaire, les synergies portuaires s’organisent. Dans le cadre des déconstructions de bâtiments sur le site, un cahier des charges demande par exemple aux entreprises d’intégrer sur place des granulés concassés et traités à hauteur de 30 ou 40 % en sous-couches de forme de parking et de terre-plein sur le domaine portuaire. A la clef, un réemploi des matériaux sur site et une économie autour de 20 000 euros par rapport au prix des matières naturelles. A ce jour, un peu plus de 150 entreprises sont déjà impliquées dans cette transition écologique et énergétique. La mise en place d’une nouvelle plateforme collaborative devrait étendre ce genre de dispositifs aux autres zones d’activités de l’agglomération, et mettre en commun usages et données. Progressivement sensibilisées à ce sujet, les entreprises feront également l’objet d’un plan d’accompagnement sur 2020-2025.

Depuis le début de l’année, le projet MER a évolué. La démarche s’est transformée en association avec à son actif, 25 entreprises adhérentes dont Port Atlantique La Rochelle, et l’objectif de toucher rapidement les 40 adhésions sur les 70 entreprises potentiellement concernées : « notre neutralité par rapport aux parties prenantes nous donne plus de marge de manœuvre et permet de mieux convaincre les entreprises du territoire, insiste Rémi Justinien, désormais salarié de l’association. Notre objectif est de favoriser les bonnes pratiques et de créer des liens durables au-delà des synergies mises en œuvre ». La vocation de l’association, complète Rémi Justinien, c’est d’aider au pilotage d’investissements ou d’innovation dans tous les secteurs de l’économie circulaire. MER souhaite également servir de porte d’entrée vers la Communauté d’Agglomération de La Rochelle, l’Ademe, la région Nouvelle-Aquitaine ou l’Agence de l’Eau pour le montage de dossiers de demandes d’aides.
Crédits : Elcimai
En plus :
Avec 9,64 millions de tonnes traitées en 2018 (+ 12,5 % par rapport à 2017), Port Atlantique La Rochelle maintient le cap. Avec 3,9 millions de tonnes, la filière « céréales et oléagineux » augmente de 23 %). Cette filière représente près de 41 % du trafic portuaire total. Les « produits pétroliers », deuxième filière du port en volume, s’élèvent à 2,8 millions de tonnes. Ils affichent une hausse de 11 %. La filière « produits forestiers et papetiers », dont le trafic est de 867 415 tonnes, connaît une croissance de 14 %, résultant d’une forte hausse des importations de pâte à papier (+ 15 %) et de la bonne tenue des sciages (+ 12 %) et des placages (+ 13 %). La hausse des « produits du BTP », avec plus d’un million de tonnes (+14%) reflète une reprise du bâtiment et le développement des produits industriels sur le port.
A savoir :
Les Rencontres régionale et nationale de l’écologie industrielle et territoriale auront lieu les 20 et 21 mai à La Rochelle. L’événement est organisé par l’Ademe, la région Nouvelle-Aquitaine et le réseau Synapse (acteurs de l’écologie industrielle et territoriale).
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