Quand le GrandLyon soutient l’économie circulaire sur son territoire depuis deux ans et s’organise pour mieux valoriser les déchets de ses habitants, cela donne lieu à deux AMI « économie circulaire, zéro gaspillage » et à la création d’une plateforme dédiée au tri, au réemploi et la réparation. La Métropole de Lyon a décidé cette année de devenir sociétaire de la Société de coopération d’intérêt collectif (SCIC) Iloé pour promouvoir une meilleure gestion des encombrants.
Tout a commencé avec le programme métropolitain d’insertion pour l’emploi (PMI’e) 2016-2021 que la Métropole de Lyon a souhaité mettre en œuvre pour soutenir le développement économique solidaire sur son territoire. Le nouveau schéma régional de développement économique et d’internationalisation s’inscrit également dans cette démarche. Dans cette perspective, la ville de Lyon a engagé une démarche collective avec les entrepreneurs sociaux, les acteurs publics et les entreprises de l’ESS. Avec comme résultat, l’émergence du collectif Lyon French Impact qui a reçu en mars 2019, le label French Impact, décerné par le Haut Commissaire à l’ESS et à l’innovation sociale. Pour Emeline Baume, conseillère déléguée en charge de la prévention des déchets et de l’économie circulaire, il allait de soi que la thématique sociale devait un moment ou un autre rejoindre le domaine des déchets. Les élus locaux ont ainsi fixé comme objectif de diminuer de 12 % les DMA (déchets ménagers et assimilés) d’ici à 2024.
Des projets tournés vers le réemploi
Il y a un an et demi, dans le cadre d’un AMI sur les solutions territoriales pour réduire l’empreinte environnementale, cinq secteurs ont émergé : l’alimentaire, le bâtiment, le textile, la mécanique et métallurgie, l’énergie. Fort du succès de cette opération qui a permis d’identifier et d’accompagner 47 projets, une seconde édition a été lancée en 2018 avec à la clef une trentaine de projets supplémentaires déposés. De nouvelles thématiques ont été intégrées comme l’ameublement, les industries créatives et la mobilité. Au final, neuf projets ont été retenus parmi les plus prometteurs*. Parmi eux, Rhône emplois et développement (Reed) consiste à collecter des meubles récupérés auprès des professionnels, à les démanteler en vue de fabriquer une nouvelle gamme de produits (meubles ou objets) up-cyclés. Ceux-ci sont revendus ensuite au sein de la recyclerie et auprès des professionnels sur le territoire. Ce projet vise à détourner 100 tonnes de meubles de la benne, à créer six emplois et à proposer un mobilier aux entreprises à un tarif compétitif. Le projet est porté par l’association Reed avec le soutien de l’éco-organisme Valdelia et Insa-IMP, spécialisé sur la valorisation des plastiques.

Sur le même thème, Atelier Emmaüs propose de former les plus exclus au savoir-faire artisanal dans le domaine du meuble. A partir de récupération de matériaux (rebuts industriels, chutes de menuiseries, meubles en fin de vie), l’association Atelier Emmaüs fabrique trois types d’éléments d’ameublement : agencements et meubles sur mesure, meubles et objets de décoration en série, et objets collaboratifs du quotidien tels que du mobilier urbain. Dans un registre similaire, lié à la conception, Atelier du nouveau design souhaite créer un lieu pour le réemploi et le faire soi-même, composé d’une matériauthèque, d’un espace de démonstration et d’une boutique. Le public pourra ainsi venir apprendre à fabriquer des objets fonctionnels et esthétiques avec des matériaux destinés à être jetés. Enfin, le projet Re-source veut créer une place de marché digitale pour les matériaux de construction d’occasion. Délaissés en fonds d’entrepôts ou finissant à la benne (surplus de chantier, erreurs de commandes, fins de stocks, etc.), de nombreux matériaux du bâtiment pourraient ainsi servir un public d’auto-constructeurs ou de professionnels. Le projet vise à détourner de la benne, une partie des déchets de construction réemployables. Le gisement est estimé à 850 000 tonnes à l’échelle du bassin économique de l’agglomération lyonnaise. Cela doit permettre également de créer trois emplois et de réaliser une économie entre 30 et 70 % du prix d’achat des matériaux.
Au regard des 75 projets identifiés en faveur de l’économie circulaire et de l’ESS, la Métropole de Lyon espère que ces actions fassent boule de neige auprès des entreprises du territoire. Afin de vérifier la pertinence des projets accompagnés, la ville réalisera un bilan régulier pour connaître la quantité de déchets évitée, le nombre d’emplois créés et les économies réalisées. Si les résultats s’avèrent pertinents, la métropole proposera un dispositif de développement et de massification des projets.
Iloé gère les encombrants en toute transparence
C’est dans cet état d’esprit, conciliant ressources et insertion professionnelle, que plusieurs élus dont Emeline Baume ont contribué à la mise en œuvre d’un travail collectif entre les bailleurs sociaux, et les structures de l’ESS comme Envie, dans certains quartiers de l’agglomération lyonnaise. Avec l’objectif de pouvoir résoudre le problème récurrent des encombrants, jusque-là géré de façon isolée et non structurée. De là est née l’idée de créer la SCIC Iloé, un nouvel outil de gestion des déchets hétéroclites au sein de la ville de Lyon, par un système de coopération entre acteurs publics, privés et relevant de l’ESS. L’entreprise d’insertion Envie Rhône-Alpes préside la SCIC qui compte par ailleurs comme sociétaires Serdex Serfim Recyclage, les deux régies de quartiers Eurequa et 124 services, le groupe d’insertion Estime, Buers Services, le Foyer Notre-Dame des sans-abri, Veolia et le groupe Vita.

Pour la Métropole de Lyon, Iloé est le reflet et la mise en oeuvre aussi bien d’une stratégie de soutien aux acteurs de l’économie circulaire que d’une logique d’accélération des innovations sociales. Ce n’est donc pas un hasard si le GrandLyon a décidé de prendre des parts et devenir sociétaire à hauteur de 100 000 euros. De cette manière, les techniciens de la ville présents au conseil coopératif et dans les commissions techniques pourront suivre les dimensions d’insertion, de gestion des déchets et l’innovation sociale au plus près. La plateforme Iloé est désormais implantée sur le site de Serdex à Saint-Priest et son activité a démarré le 20 mai 2019. Avec pour activité la collecte et le traitement des encombrants sur le territoire lyonnais, Iloé veut favoriser la création d’une vingtaine d’emplois verts dans le secteur de la logistique et de la valorisation des déchets et améliorer les performances environnementales de la gestion des encombrants. Pour y parvenir, sont privilégiés les opérations de sur-tri, de réemploi et de recyclage. Ces déchets, provenant essentiellement des bailleurs sociaux s’élèvent sur le territoire, à près de 14 000 tonnes par an.
Représentant la Métropole lyonnaise au sein de l’assemblée générale de la société Iloé, Emeline Baume suit avec satisfaction les évolutions locales : « C’est la première fois qu’une collectivité participe à une SCIC. Une première étape va consister à collecter les encombrants de toutes les communes autour de Lyon. Des opérations de tri, de réparation et de réutilisation seront mises en œuvre à partir de ces flux récupérés. L’idée avec cette plateforme est de mutualiser le traitement des encombrants tout en jouant la carte de la transparence des données, sur le tonnage collecté, la composition des déchets etc. ». Cette démarche doit désormais casser les habitudes passées au sein des communes et chez les bailleurs sociaux qui gèrent ces déchets dans leur coin. « Aujourd’hui la plateforme permet de massifier, d’optimiser et d’harmoniser les opérations de valorisation. Un premier bilan est attendu en décembre prochain ». L’élue locale espère, maintenant que la roue est enclenchée, que d’autres acteurs du monde de l’événementiel par exemple, pourront s’associer à la démarche avec l’envie d’utiliser des matériaux de récupération comme de nouvelles ressources prêtes à l’emploi ou à transformer.
* Après validation du projet de délibération du GrandLyon, en juin 2019, une subvention globale de près de 250 000 euros a été attribuée à neufs projets issus du dernier AMI : Alynea, Reed, Rebooteille, Cagibig, FNDSA, P’tite Rustine, Atelier Emmaüs, Atelier du nouveau design, Re-source.
Crédits : CM, Minéka
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