Quand un institut scientifique, spécialisé dans l’amélioration des conditions de vie dans la ville et les territoires, se rapproche d’une grande métropole française, cela donne une chaire de recherche en économie circulaire et métabolisme urbain. L’Ifsttar a signé en septembre avec la Métropole du Grand Paris pour trois ans, avec l’objectif d’étudier les flux entrants et sortants du territoire et de proposer des solutions pérennes sur le plan économique, social et environnemental.
L’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar) a répondu à un besoin, celui d’une future grande métropole, comme Paris, afin d’approfondir sa connaissance des matériaux sur son périmètre. L’Ifsttar propose des solutions pour rendre les villes plus accessibles mais aussi plus efficientes en énergie et ressources, et plus résilientes face au changement climatique. C’est donc dans cette perspective que s’inscrit la création d’une nouvelle chaire de recherche, initiée par un accord déjà signé en mai 2019. « Face à cet immense éco-système urbain, tel un être vivant, nous sommes là pour observer et analyser les flux, matières entrantes et déchets sortants de ce territoire. Nous allons étudier les synergies ou les actions possibles à mettre en œuvre pour limiter ou optimiser la logistique, réduire la production et la consommation de matières, et permettre une valorisation vertueuse des déchets » a expliqué Emmanuelle Moesch, ingénieure à l’Ifsttar, lors de la 3e édition du Grand Paris Circulaire organisée le 3 octobre.

Pendant trois ans, les experts de l’institut associés à plusieurs universités dont celle de Montréal et Bruxelles vont travailler sur plusieurs thématiques favorisant une meilleure circularité au sein de la métropole parisienne. Dans le cadre de cette chaire de recherche, plusieurs établissements français * vont se regrouper pour lancer début 2020, l’université Gustave Eiffel. Ce nouvel établissement national d’enseignement supérieur et de recherche aura un rôle d’appui aux politiques publiques en France, et à l’international. Sa création fait partie du projet I-Site Future « Inventer les villes de demain » porté par Université Paris-Est et labellisé par l’État en 2017 dans le cadre du Programme des Investissements d’Avenir.
Logistique, gouvernance et formation
Pour Xavier Lemoine, vice-président délégué à l’économie circulaire du Grand Paris, l’objectif est de comprendre la composition et le fonctionnement de ce métabolisme urbain afin d’identifier les grands travaux à déployer et d’initier des démarches stratégiques et opérationnelles. Cet accompagnement de l’Ifsttar se traduira notamment par l’apport d’outils d’aide à la décision (développement d’indicateurs, tableaux de bord) utiles pour le suivi et l’évaluation des impacts des actions du Grand Paris. Cela passera également par la création de connaissances liées à l’économie circulaire, autour de cas d’études métropolitains ou de retours d’expériences étrangers. Pour cela, la chaire s’appuiera sur un réseau international de recherche avec l’Université de Montréal et l’Université Libre de Bruxelles, pour organiser des échanges entre la communauté académique et les acteurs de la Métropole du Grand Paris. Cela pourra faire l’objet de publications académiques et de notes de synthèse destinées aux agents de la ville.

Parmi les autres thématiques abordées, la chaire travaillera sur la question de la logistique. Sans logistique, les flux de matières ne peuvent pas entrer ni sortir. « Il est donc nécessaire de se pencher sur les types de transport qui favorisent les approvisionnements, la mobilité des personnes et des biens, mais aussi la relocalisation sur des circuits courts. Cela signifie repenser globalement les impacts du transport, en termes d’émissions de CO2 ou de parcs de véhicules en circulation » insiste Emmanuelle Moesch. Il s’agira par ailleurs de construire une gouvernance qui tient compte des liens entre le secteur public et le secteur privé, avec des exemples concrets dans l’aménagement et le BTP. Ce sera notamment le cas avec la réhabilitation de la ZAC Plaine Saulnier à Saint-Denis, en vue d’y installer le Centre aquatique des Jeux Olympiques et paralympiques de 2024. Enfin, la formation sera au coeur du dispositif pour rassembler un maximum d’acteurs à tous les niveaux de la métropole, souligne Emmanuelle Moesch. Une initiative inédite a déjà vu le jour en juin dernier, avec l’école d’été internationale « Ville, Territoire, Economie circulaire », organisée avec l’Université Libre de Bruxelles et le Labex Futurs urbains (Université Paris-Est). Ouverte aux étudiants des cycles supérieurs et aux professionnels d’Europe et du Québec, elle a proposé plusieurs sessions basées sur l’observation de trois métropoles francophones – Montréal, Paris et Bruxelles – et la rencontre avec des acteurs locaux. Les enseignements ont porté sur l’économie circulaire, l’urbanisme, l’architecture, l’aménagement du territoire et le développement durable.
Crédit : Ifsttar, CM
* Université Paris Est Marne la Vallée, Ecole des ingénieurs de la ville de Paris, École d’architecture de la ville & des territoires Paris-Est (EAV&T), l’École Nationale des Sciences Géographiques Géomatique (ENSG) et ESIEE Paris
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