Piles et batteries : Screlec diversifie ses activités

La e-mobilité au cœur des projets 2021

Créé en 1999, Screlec, éco-organisme français de gestion des piles et batteries usagées se réjouit des performances de collecte et de traitement depuis cinq ans. A l’approche de son ré-agrément 2022-2027, la filière se diversifie et s’adapte aux nouveaux marchés. En charge des cartouches d’impression professionnelle depuis deux ans, Screlec se lance cette année dans la collecte des batteries d’engins de micro-mobilité. Jusqu’à présent classées en catégorie industrielle, elles pourraient ainsi changer de case, avec l’évolution de la réglementation en 2021.

Les filières REP piles et batteries évoluent. En France, Screlec et Corepile, les deux éco-organismes en charge de la collecte et du traitement des piles et accumulateurs, devraient voir leur périmètre d’action s’élargir à moyen terme. Le développement de la petite mobilité électrique urbaine, incarnée par la trottinette, le vélo à assistance, mais aussi le gyropode et les skateboards conduit aujourd’hui à la gestion de leurs batteries en fin de vie. Si Corepile semble davantage tourné vers la gestion des batteries de vélos à assistance électrique (voir encadré), Screlec travaille depuis le début de l’année à l’organisation d’une filière volontaire pour collecter et traiter les batteries des autres engins roulants. Une convention tripartite a été créée un peu avant le confinement en février 2020 avec Ecologic et la FP2M (Fédération des professionnels de la micro-mobilité). Objectif : mettre en place un réseau de collecte et un guichet unique afin de proposer aux adhérents de déclarer leurs mises sur le marché sur une même interface ainsi qu’une collecte mutualisée de leurs équipements. À ce jour, Screlec compte déjà quatre entreprises adhérentes. D’ici à la fin de l’année, la filière pourrait recenser une dizaine d’adhérents et 30 tonnes de batteries collectées. En 2021, l’éco-organisme prévoit une trentaine d’adhérents au sein de la filière et la collecte de 50 tonnes de batteries.

Screlec prévoit 50 tonnes de batteries de la e-mobilité collectées en 2021

Dans cette perspective, et à deux ans de son ré-agrément pour 2022-2027, Screlec souhaite étoffer rapidement ce réseau de collecte. En 2021, plusieurs partenariats vont voir le jour. En début d’année prochaine, une campagne de sensibilisation et une opération en magasin seront menées avec Lidl. Au printemps, c’est avec Leroy Merlin et Bosch que Screlec organisera un événement en magasin (une batterie recyclée = un arbre planté). Enfin, les magasins Intersport devraient accueillir prochainement du mobilier de collecte dédié. Si ce type de batteries est aujourd’hui classé dans les « batteries industrielles » et ne rentre actuellement pas dans son périmètre d’agrément, Screlec anticipe l’évolution de la réglementation européenne en proposant son expertise aux metteurs sur le marché français. La nouvelle directive Piles & Batteries est attendue pour 2021 avec de nombreuses modifications attendues : la hausse de l’objectif européen du taux de collecte, la limitation ou l’interdiction des piles jetables, des dispositions légales sur la réparabilité et la réutilisation, l’extension du périmètre de la filière, incluant probablement la micro-mobilité et l’éco-conception. En France, la récente loi AGEC impose également aux entreprises qui commercialisent ces engins électriques motorisés de prendre en charge leur fin de vie.

Collecte mutualisée dans les Drom-Com

 

Au-delà de la prise en charge de ce nouveau gisement, Screlec espère ainsi créer des synergies avec la gestion des piles et batteries portables, son activité d’origine, et la collecte des cartouches d’impression professionnelle, pour lesquelles il est agréé depuis 2018. Dans ce domaine précisément, l’éco-organisme dépasse d’ores et déjà les objectifs fixés par les pouvoirs publics avec 107 % de cartouches collectées en 2019 et 88 % pour 2020. L’État français avait en effet prévu une montée en puissance progressive de la collecte de cartouches pour atteindre 65 % en 2021. Screlec va désormais se concentrer sur les territoires moins couverts par le dispositif, en particulier dans les Drom-Com. Cette année, un déploiement de la collecte en Colorbox, associant flux de piles/batteries et cartouches d’impression professionnelle a été organisé à Saint-Pierre-et-Miquelon. L’an prochain, ce sera au tour de la Guyane.

En 2019, Screlec a collecté 5682 tonnes de piles contre 9800 tonnes pour Corepile

Cette diversification n’empêche pas Screlec de tenir le cap sur la gestion des piles et batteries « classiques ». Depuis 2015, date de renouvellement de son agrément, l’éco-organisme a enregistré une progression de 48 %, avec 5682 tonnes collectées en 2019 sur près de 12 000 tonnes mises en marché, soit un taux de collecte de 49 %. Les objectifs européens de 45 % sont ici largement dépassés et Screlec table d’ores et déjà sur 50 % pour 2021, histoire sans doute d’anticiper l’évolution de la réglementation. Screlec recense 31 centres de regroupement et une douzaine de centre de tri et de traitement, pour un taux de recyclage de 95 %. Soutenue par 825 adhérents, metteurs en marché de la distribution, de l’électronique, de l’électroménager et de l’outillage, les résultats de la filière s’expliquent non seulement par l’augmentation des mises en marché en général, mais aussi par la sensibilisation des consommateurs vis-à-vis de ces déchets à forte valeur pour l’industrie, une fois recyclés. Pour autant, un dernier cap reste à franchir, celui de sortir plus de piles des tiroirs. Pour compléter le dispositif des 32 000 points de collecte de la filière existant sur le territoire, Screlec ne lésine pas sur les moyens de communication ni sur les opérations événementielles et solidaires comme le Téléthon ou encore Piles Solidaires dans les écoles, reconduites l’an prochain.

Allongement de la durée de vie

 

Mais les dirigeants restent confiants, car selon eux, la collecte serait sous-estimée par rapport à la réalité. Les Français stockent beaucoup ; il faut juste les emmener jusqu’au bout de leur geste de tri. Par ailleurs, depuis cinq ans, le marché évolue de plus en plus vers des appareils sans fil. Cela se traduit par la présence moyenne de 106 piles par foyer, soit 22 piles consommées par Français chaque année. Néanmoins, sur 100 piles achetées, 37 ne seraient pas collectables, intégrées dans l’appareil ou bien rechargeables.

Si la crise sanitaire Covid-19 et le confinement ont freiné la collecte pendant plusieurs semaines, l’activité est repartie très vite afin de désengorger les collectivités, les déchèteries et les opérateurs de collecte. Les performances ne devraient donc pas être trop bouleversées pour la fin de l’année, selon la direction. L’évolution du périmètre de gestion des flux pousse aujourd’hui Screlec à réfléchir à de nouvelles thématiques affectant aussi bien les piles que les batteries de la micro-mobilité. C’est notamment le cas avec l’allongement de la durée de vie. Ce sujet est relayé à l’échelle européenne avec l’organisation Eucobat. Des études sont menées notamment sur la seconde vie des batteries et le reconditionnement via le remanufacturing. Autre thème de travail, identifier et tracer l’origine des métaux (lithium et cobalt par exemple) dans les batteries, afin de garantir une exploitation responsable de la mine.

Corepile, deux ans d’avance sur l’e-mobilité

La filière française a collecté un total de 15 500 tonnes de piles et batteries en 2019. Corepile représente la majorité des flux avec plus de 9800 tonnes collectées, soit un taux de 48,8 %. A l’instar de Screlec, il se consacre au déploiement d’une filière volontaire pour le recyclage des batteries d’engins électriques, en signant fin 2017 avec l’Union Sport et Cycle. En 2019, Corepile a ainsi collecté 62,3 tonnes de batteries dans ce secteur, soit près de 25 000 unités. Son réseau de points de collecte disponibles pour déposer ces batteries usagées s’étend et compte désormais 839 magasins.

Crédit : Corepile, Annume, Charles Liebert

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