Corepile fixe la collecte à 50 % d’ici trois ans

La filière REP piles et accu ne veut pas de la consigne

Les données 2017 ne sortiront qu’en mai prochain. Pas de grande surprise en prévision. La collecte devrait progresser autour de 45,5 %, franchissant l’objectif de l’agrément de la REP piles et accumulateurs en France et celui de la directive européenne. Pour Corepile, le prochain cap porte sur 50 % de piles collectées en 2021. La révision de la réglementation européenne devrait suivre le même chemin. Deux axes de travail pour y parvenir : sensibiliser le consommateur au geste de tri et impliquer davantage la distribution. Pas question en revanche de recourir à la consigne.

Tout est question de temps et de moyens. Les quelque 30 000 tonnes de piles et accumulateurs (PA) portables mis sur le marché par an ne représentent que 10 % du gisement total des piles et batteries portables, issues essentiellement de l’automobile et de l’industrie. Sur ce gisement, Corepile et Screlec, les deux éco-organismes de la filière REP, se partagent le marché à raison de 2/3 et 1/3 respectivement. La collecte de ces piles progresse d’année en année pour atteindre aujourd’hui plus de 45 %, soit près de 10 000 tonnes collectées par Corepile. Ce dernier s’appuie aujourd’hui sur un maillage de 30 000 points d’enlèvement principalement en magasins et en déchèteries mais aussi dans les lieux publics et dans les entreprises de plus de 200 salariés. Depuis sa création en 2003, Corepile poursuit son action avec en ligne de mire, 50 % de PA collectées en 2021, date de fin de son agrément actuel.

La consigne, inutile et contre-productive

 

« Notre stratégie depuis l’origine a été de monter en puissance progressivement et grâce à la mise en œuvre de campagnes de sensibilisation et le déploiement d’outils de collecte visibles et ludiques » explique Frédéric Hédouin, directeur général de Corepile.

Le cube de collecte et sa mascotte la fourmi

A l’image de son cube en carton distribué par milliers aux usagers et de sa mascotte, la fourmi, Corepile a initié un travail de fonds auprès des collectivités, de la grande distribution et du jeune public depuis maintenant 15 ans. Résultat : un objectif de collecte atteint au regard des lois française et européenne. Pour 2017, la croissance ne devrait pas être aussi importante qu’entre 2015 et 2016, où la collecte était passée de 40 à 45 %. Les enjeux pour la filière sont importants, à l’heure où l’État français se réveille pour collecter et recycler plus de déchets. La pré-feuille de route sur l’économie circulaire a déjà donné quelques pistes, notamment en ce qui concerne le retour d’un dispositif de consigne. Selon les premiers signaux du ministère de la transition écologique, les piles seraient mentionnées dans le cadre de ce dispositif.

Hors de question de se soumettre à cette pratique, rétorque Corepile. « Ce serait contre-productif et risquerait de mettre à terre tout le travail de pédagogie et de sensibilisation des consommateurs au geste de tri gratuit. Qu’elle soit à caractère financier ou sous forme de gratification, la consigne pour les piles n’est pas adaptée, car elle viendrait se substituer au dispositif existant, sans contribuer à une réelle amélioration de la collecte » ajoute le DG de l’éco-organisme. En outre, elle coûterait selon lui 20 fois plus cher que le système existant. Celui-ci représentait plus de 9 millions d’euros en 2016 (coût de traitement et matériel de collecte), soit près de la totalité des charges de fonctionnement et des contributions des 661 adhérents. Autre crainte, celle de voir des flux de piles de pays limitrophes arriver en France, alors qu’en Europe, aucune consigne n’existe sur la pile.

Capter les flux dans les OMR

Corepile estime que 4000 tonnes de PA se retrouvent dans le flux des OMR chaque année et que 35 piles sur 100 seraient encore stockées dans les appareils non utilisés. Cela signifie en réalité que faisant abstraction de ce gisement non disponible, la collecte porterait alors sur 70 %. « Ce n’est certainement pas la consigne qui en contrepartie de quelques centimes, changerait cette pratique. Il s’agit pour ces flux-là, d’agir par des opérations de sensibilisation et de communication régulières tout au long de l’année » ajoute Frédéric Hédouin. Déstockages de printemps, événementiels autour de dons à des associations ou encore collectes mutualisées avec d’autres filières comme les DEEE, font déjà partie des actions menées par l’éco-organisme. Des bornes communes avec Eco-systèmes sont installées dans les grandes surfaces. Des partenariats ont été signés avec Monoprix et Auchan.

Autre enjeu, celui de la performance par région. Une étude de 2016 montre que la région Auvergne- Rhône-Alpes arrive en tête des bons élèves du tri, avec plus de 150 g par habitant, contre une moyenne nationale de 136 g. Les régions de l’Est et de l’Ouest affichent des collectes supérieures à la moyenne, contrairement au Nord et au Sud ainsi qu’en Ile-de-France. Parmi les explications, la densité urbaine peut freiner la collecte et la présence de centres de démantèlement de DEEE peut contribuer à la relever. L’attitude des Français face au tri des piles est scruté au peigne fin. Après une étude réalisée en 2014 pour mieux évaluer les gisements et comprendre les usages, Corepile cible désormais deux catégories de consommateurs : les citoyens pragmatiques qui rapportent leurs piles mais font des erreurs et les citoyens distants qui mettent de côté leurs piles mais sont peu au courant des dispositifs existants. La réactualisation de cette enquête est en cours et sera publiée avant la fin de l’année.

Produits et procédés de demain

 

Dans la filière de gestion des déchets de PA portables, la part des produits au plomb n’était pas comptabilisée dans la collecte jusqu’en 2016. Une étude menée par le cabinet Terra, pour le compte des éco-organismes, a permis d’évaluer cette quantité de batteries au plomb portables collectées en France, hors flux collectés par les éco-organismes. Après accord des pouvoirs publics, les éco-organismes ont intégré dans leurs déclarations de collecte 2016 , ces tonnages de batteries au plomb portable à hauteur de 100 % de leurs mises sur le marché, soit 683 tonnes supplémentaires pour la France en 2016. En caractérisant cette filière plomb, explique Frédéric Hédouin, on s’aperçoit que 1 % du plomb prélevé dans notre filière, pourrait ainsi repartir dans la fabrication de PA portables.

Ligne de tri. chez Paprec

D’autres gisements arrivent sur le marché, et la filière s’engage à répondre à la demande. Par exemple, la part des accumulateurs liée au traitement de DEEE et du plomb portable est passé de 14 à 19 % entre 2015 et 2016. Aujourd’hui, l’enjeu porte également sur le flux des batteries électriques rechargeables lithium-ion, provenant de vélos à assistance électrique (VAE) ou des micro-mobilités électriques (engins de déplacement personnel électrique comme les trottinettes, les trottinettes 3 roues, les Hoverboard, ou les skateboard). Plutôt que de laisser chaque entreprise s’en charger individuellement, l’Union sport & cycle, syndicat des professionnels du cycle, s’est rapprochée de Corepile qui en a désormais la gestion. Corepile prévoit une collecte de 50 tonnes/an pour 2017.

Les procédés de traitement permettent d’atteindre plus de 80 % de recyclage

Corepile dispose d’une douzaine de centres de traitement, pouvant traiter tous types de piles et accumulateurs. Par ailleurs deux innovations sont au rendez-vous depuis deux ans pour mieux valoriser les piles alcalines salines – 80 % du gisement collecté. Tout d’abord, l’usine d’Erasteel Valdi à Commentry dans l’Allier, est capable depuis 2017, d’extraire le manganèse en plus du ferro-nickel, provenant des piles alcalines-salines. Le site a une capacité annuelle de traitement de 20 000 tonnes de piles et batteries, 10 000 tonnes de catalyseurs pétroliers usés et 8 000 tonnes d’oxydes métalliques, devenant ainsi le premier site de recyclage européen de son domaine. Cette usine a bénéficié d’un investissement de 25 millions d’euros. En Haute-Saône, le fabricant de tambours de freins pour camions, Fiday Gestion a mis au point avec la société Eco Ring, le procédé Bat’Ring breveté en 2013 pour recycler des piles alcalines et salines usagées dans sa production de fonte. Depuis 2016, la fonderie utilise ces piles à hauteur de 1000 t/an en les intégrant, brutes, dans le procédé pour remplacer le manganèse, l’une de ses matières premières. Les piles sont ainsi recyclées à 85 %.

Crédit : Corepile

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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