Roubaix : l’écologie industrielle et territoriale à la ville

Partenaire du projet Interreg Upcycle Your Waste

Ville de 100 000 habitants, à quelques stations de tram de Lille, Roubaix s’est fait connaître depuis 2014 pour son expérimentation Zéro déchet auprès de 600 familles volontaires. Commune sinistrée par un taux de chômage affichant 30 %, Roubaix rebondit depuis quelques années en innovant dans l’économie circulaire. Derniers chantiers en cours, la mise en œuvre d’une démarche d’écologie industrielle et territoriale avec la création d’un poste de mineur urbain et la participation au projet européen Interreg Upcycle Your Waste.

L’expérience de terrain commence à être rodée. Après l’opération Zéro déchet initiée auprès de 600 familles volontaires il y a six ans, les actions d’économie circulaire menées à Roubaix s’enchaînent, touchant presque tous les secteurs : activité artistique, réemploi et réparation en faveur de l’insertion professionnelle, réduction des déchets, réhabilitation de friches, déconstruction sélective, réemploi de matériaux, création d’un tiers lieu. Aujourd’hui, cette ville du Nord élargit son périmètre d’actions en s’adressant aux acteurs économiques du territoire. Depuis 2017, à l’occasion de la réhabilitation du Couvent des Clarisses, un lieu totem a vu le jour pour rassembler habitants et entreprises autour de projets d’économie circulaire.

Gestion de déchets ou de ressources ?

 

Au Couvent des Clarisses, une salle d’exposition met en valeur des démarches et des objets issus de l’économie circulaire

« De fil en aiguille, les réunions organisées tous les deux mois ont attiré de plus en plus de monde, stimulant les énergies et les synergies explique Yves-Antoine Bauche, responsable de mission Economie Circulaire à la Direction générale du développement du territoire de Roubaix. Cela marque l’origine de cette aventure, où quelques grandes thématiques sont sorties du lot ». Parmi elles, celle de gérer et valoriser les flux de matières produites sur le périmètre de la commune : « en l’espace de seulement deux ans et demi, nous avons vu émerger pas loin de 500 mises en lien de proximité entre TPE, artisans, entrepreneurs et PME locales. Ces professionnels nous ont amené leurs besoins et de là est née, notre envie de créer une première démarche d’écologie industrielle et territoriale ». Ce type d’engagement à l’échelle d’une ville est une première. Depuis la mise en route d’actions sur la prévention et la réduction des déchets, Roubaix poursuit son accompagnement auprès des entreprises, et les aide à réduire leur poubelle en connexion intelligente avec leur environnement proche.

Les partenariats se sont déployés pas à pas avec plusieurs expérimentations qui ont fait mouche. On peut citer par exemple des opérations lancées entre Etnisi et Triselec, pour créer des objets de décoration issus de recyclage de déchets (bougies et bougeoirs). Récemment la valorisation de pain rassis grâce à leur collecte dans des boîtes à mie installées dans cinq mairies de quartier, a permis de le transformer en alimentation animale. Une filière de valorisation en pellets de chauffage est à l’étude. « A force de voir se développer des synergies locales entre professionnels générateurs de déchets et professionnels en quête de ressources, nous voulions aider à identifier davantage les gisements sur notre territoire et favoriser leur valorisation sur place, souligne Yves-Antoine Bauche. L’idée de créer un poste de mineur urbain au sein du service public de la ville est née lors d’un atelier de co-construction en 2017. Un jeune designer industriel vient d’être recruté pour une durée de trois ans. Sa mission, co-financée par la région Hauts-de-France et par l’Ademe sera d’identifier les flux présents sur le territoire roubaisien et de réduire la consommation de matières premières. Il devra pour cela dresser la liste des transformateurs de matières et de ceux qui en manquent ; aller visiter les entreprises pour diagnostiquer leurs déchets et les convaincre de rejoindre la démarche ; animer des sessions inter-entreprises pour mieux connaître les gisements, les équipements et les synergies.

Upcycle Your Waste

 

Affichant un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne nationale chez les jeunes, Roubaix œuvre pour l’inclusion et l’économie circulaire en valorisant ses flux de matières.

Ayant eu connaissance de l’initiative, des représentants de La Haye aux Pays-Bas ont contacté la ville de Roubaix, pour lui proposer d’intégrer le projet européen Interreg Upcycle Your Waste ; partant du constat que les collectivités territoriales peuvent aider les TPE et PME à réaliser leur transition écologique, par une veille sur les flux et les pratiques de valorisation de leurs déchets. L’idée de participer à ce projet européen tombait à pic pour l’agglomération roubaisienne, qui souhaitait partager sa démarche et essaimer le plus possible. Résultat, un poste de chargé de mission Interreg Ecologie Industrielle et territoriale a été créé il y a quelques mois pour représenter la ville, participer, et contribuer activement aux rencontres périodiques européennes. L’ingénieur recruté devra assurer également le lien entre le territoire et le projet Interreg. Lancé fin 2019 et d’un montant total de 3,6 millions d’euros, Upcycle your Waste implique quatre pays (Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique et France) et sept partenaires universitaires, académiques et territoriaux*. En intégrant le projet, Roubaix bénéficie d’une enveloppe de 390 000 euros sur trois ans, co-financée à 60 % par l’Europe. « Chaque partenaire a ses spécificités : La Haye, Ostende, Norwich et le Kent sont des territoires très différents. Avancer ensemble favorise une expérience riche. La complexité réside pour nous dans le travail sur des micro-flux » souligne Yves-Antoine Bauche. Le projet engage la ville sur plusieurs axes de travail : création de boucles circulaires, appels à projet, acquisition d’un logiciel dédié, levée des barrières technologiques, réglementaires et organisationnelles. Mineur urbain et chargé de mission Interreg seront amenés à travailler ensemble avec le soutien de Rev3, de la région Hauts-de-France et de l’Ademe. Un point d’étape sera programmé pour la fin de l’année 2020.

Dans cette perspective, la ville de Roubaix et ses élus ne compte pas s’en arrêter là. « Nous continuons à repenser la place de la collectivité dans une logique de coopération. Aussi, pour 2021, nous souhaitons proposer à des entrepreneurs du territoire, un groupe de pratiques en économie de la fonctionnalité et de la coopération avec le club Noé et le CERDD, œuvrant dans la région Hauts-de-France. Nous travaillons également sur la nécessité de renforcer notre politique d’achats responsables à travers la commande publique. Enfin, cette stratégie d’économie circulaire invite notre territoire à changer d’échelle entre 2020 et 2022, impliquant davantage associations, écoles, familles, commerces, etc. » insiste Yves-Antoine Bauche. A travers ses expériences, ses engagements et ses partenariats intelligents, la ville de Roubaix gagne lentement mais sûrement son pari : celui de réussir avec tous les acteurs de son territoire, sa mutation économique, sociale et environnementale.

  • Upcycle Your Waste :  ville de Roubaix ; Norwich Business Improvement District (UK) ; Comté du Kent (UK) ; Maison économique d’Ostende (Belgique) ; Université catholique de Vives (Belgique) ; université technologique de Delft (Pays-Bas) ; OD Ijmond (agence de l’environnement aux Pays-Bas).

Crédit : CM

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