Les qualités de résistance et de durabilité du plastique sont devenues aujourd’hui ses principales faiblesses, lorsqu’il arrive en fin de vie. Présents dans tous les milieux naturels à l’état de débris ou de fines particules, les plastiques devraient connaître pourtant une très forte croissance d’ici à 2100, selon le Bureau International du Recyclage (BIR). Dans son dernier rapport, cette instance apporte un éclairage sur l’avenir du commerce des déchets plastiques et avance plusieurs pistes pour renforcer leur recyclage, qui à ce jour n’atteint que 10 % des flux produits dans le monde.
Depuis le début de sa production en masse, au milieu du 20e siècle, le plastique une fois considéré comme déchet a la plupart du temps fini dans des trous, ou en incinération. C’est encore le cas aujourd’hui puisqu’à l’échelle mondiale, les déchets plastiques ne sont recyclés qu’à hauteur de 10 %. Dans les pays développés qui ont mis en place une gestion environnementale des déchets, le recyclage des plastiques n’affiche pas plus de 30 % en moyenne, comme en Europe ou même en Chine depuis peu. Or le recyclage économise jusqu’à 76 % d’énergie par rapport aux autres modes de traitement. Fervent défenseur du libre-échange mondial des déchets à recycler, le Bureau International du Recyclage (BIR) retrace dans un rapport sur le recyclage des plastiques, l’évolution du commerce des déchets plastiques, pour permettre de mieux comprendre la situation actuelle et anticiper l’avenir du marché.
Mea culpa à demi-mot
Dès la fin des années 1990, le marché international des déchets a vu l’émergence rapide de la Chine, en tant que fabricant de produits finis bon marché et consommateur de déchets pour les recycler dans leur industrie, largement exportatrice vers l’Occident. Grâce à ce partenaire commercial privilégié, la société a consommé des plastiques sans se soucier de leur fin de vie et de leurs impacts sur l’environnement. Tant que la Chine se montrait gourmande et achetait au meilleur prix les déchets plastiques, peu de pays se sont penché sur des traitements vertueux et de proximité. Pendant vingt ans, cette poule aux œufs d’or a garanti l’écoulement des déchets plastiques et la richesse des traders internationaux. A cette époque, le BIR qui rassemble aujourd’hui 760 membres (entreprises du secteur privé) provenant de 70 pays, a soutenu ce mouvement et a contribué à ce commerce florissant au début des années 2000. En 2017, près de 9,5 millions de tonnes de déchets plastiques ont été exportées, pour environ 5 milliards de dollars. Parmi les principaux exportateurs, figurent les Etats-Unis, le Japon, Hong Kong et l’Allemagne. Sur ce gisement, 47 % ont été envoyés vers la Chine. On connaît la suite. Tout s’est arrêté du jour au lendemain ; les frontières chinoises se sont fermé début 2018. Les traders mondiaux de déchets plastiques ancrés depuis près de vingt ans dans une routine commerciale vers la Chine, se sont retrouvés avec des milliers de tonnes de matières plastiques sur les bras.

Les médias ont largement relayé les faits, mettant sous les projecteurs des habitudes qui ont négligé les conséquences environnementales. Le BIR rapporte ainsi qu’entre 2017 et 2018, les exportations de déchets plastiques ont chuté de 35,6 % suite à la fermeture de frontières chinoises, avec des revenus passant de 5,4 à 3,5 milliards de dollars. Mais rapidement, les flux de plastiques occidentaux ont repris la route en choisissant de nouvelles destinations asiatiques. Selon le BIR, sur 1700 licences d’importations en Chine, un tiers d’entre eux ont rapidement délocalisé en Asie du Sud-Est (Malaisie, Vietnam, Indonésie, Thaïlande). Mais à leur tour, ces pays ont décidé de stopper les importations de ces déchets plastiques indésirables. Résultat, les flux ont changé de trajet pour se retrouver au Laos, Cambodge et Myanmar (ex Birmanie). Là encore, le BIR le réaffirme : la dépendance des pays développés exportateurs vers la Chine en tant que destination unique, était un risque connu. Pourtant, les systèmes de gestion et de recyclage développés en Europe, en Amérique et au Japon, n’ont pas empêché les exportations vers des pays où les standards environnementaux n’étaient pas aussi élevés. Peut-être que la décision chinoise de fermer ses frontières aux déchets plastiques non recyclables et en même temps de traiter ses propres matières plastiques, poussera l’industrie de la plasturgie à travailler davantage sur le recyclage et sur l’intégration de matières recyclées, mentionne le rapport du BIR. Et de rappeler que l’ancien commissaire européen à l’environnement, Karmenu Vella avait estimé indispensable, la construction de 250 centres de tri et de 300 unités de recyclage d’ici 2025 au sein de l’UE.
L’écologie, critère de survie économique
Les déchets plastiques sont devenus en l’espace d’une décennie, un fléau environnemental et économique. Dans les pays d’Asie et du Pacifique, le rejet de déchets plastiques dans les océans coûte 1,3 milliard de dollars par an aux industries du tourisme et de la pêche. En Europe, le coût de nettoyage du littoral et des plages est estimé à 630 millions d’euros par an. Pour ne pas voir leur activité commerciale et de recyclage disparaître, les entreprises adhérentes du BIR s’engagent dans quelques projets environnementaux comme le projet Kaisei*, pour lutter contre les déchets plastiques en mer. Mais c’est surtout auprès des Etats, que le BIR fait désormais pression pour renforcer les politiques de recyclage et plus largement pour promouvoir de nouveaux modèles d’économie circulaire (éco-conception, réemploi des emballages, incorporation de matières recyclées, sortie du statut de déchets). Dans son rapport, le BIR prédit une augmentation de la demande de plastiques d’ici à 2050 en soulignant que les qualités de ce matériau sont indéniables, tandis que les alternatives proposées ne sont pas forcément viables.

La question est de savoir quelles pratiques adopter pour réduire l’impact des produits plastiques en fin de vie, alors que la demande va continuer d’augmenter jusqu’à la fin du siècle. On le voit avec le besoin de garantir l’hygiène et de lutter contre le gaspillage alimentaire dans toutes les régions du monde. De ce fait, la production devrait croître de 4 % par an, tandis que l’industrie du recyclage prévoit une progression de seulement 1 %. Il y a également un besoin de développer des opérations de recyclage plus complexes appelant toutes sortes de technologies. C’est selon le BIR, vital d’investir aujourd’hui dans ces pratiques sur le long terme. Plusieurs mesures favorables sont également mentionnées : mise en œuvre de filières REP, interdiction d’utiliser des produits chimiques prohibés, instauration de quotas de plastiques recyclés dans les nouveaux produits, définitions plus précises des critères de sortie de statut de déchets pour les plastiques recyclés.
L’épidémie de Covid-19 a illustré largement, l’importance de recourir aux matières plastiques pour sécuriser, transporter, emballer les aliments. Début 2020, des politiques de réduction des plastiques dans plusieurs pays et au sein de grandes entreprises ont été dessinées, mais semblent actuellement mises en sommeil. Pour ces raisons, le BIR prêche plus que jamais pour sa paroisse. Nommé en 2019 président du Comité des plastiques du BIR, Henk Alssema est directeur de Vita Plastics, entreprise hollandaise de recyclage et producteur de compounds. Celui-ci encourage le recyclage des plastiques comme l’un des piliers incontournables de l’économie circulaire. Le rapport du BIR insiste de surcroît sur la nécessité d’améliorer la qualité de pré-traitement des déchets plastiques collectés. Un message, on ne peut plus clair, à l’attention des adhérents du BIR. Pendant plus de vingt ans, les recycleurs et négociants en déchets ont reproché à la Chine de faire la pluie et le beau temps. Concernant le plastique, ce pays a sans doute rendu un grand service à toute une profession qui a longtemps fait passer sa vision mercantile avant des préoccupations plus sociales et environnementales.
Crédit : BIR
Savoir :
Rapport sur le recyclage des plastiques (BIR 2020)
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