La Lainière réhabilitée en quartier d’activités

L’économie circulaire au chevet d'une friche urbaine près de Lille

La région Hauts-de-France reconquiert ses friches urbaines, pour relocaliser l’emploi et intégrer plus d’environnement. La fin des années 2000 a été marquée par la fermeture des dernières usines textile, laissant la place à 160 friches de 400 hectares dans l’agglomération lilloise. Parmi elles, la Lainière de Roubaix fait l’objet d’une métamorphose, sous la houlette de la Métropole Européenne Lilloise et la SEM Ville Renouvelée. D’ici à huit ans, cette friche de 33 hectares deviendra un nouveau quartier d’activités fondé sur une démarche d’économie circulaire.

En plein coeur urbain, la friche de la Lainière est située à proximité des coeurs de ville de Roubaix et Wattrelos. Cette zone embauchait à l’époque florissante de l’industrie textile, 13 000 salariés. La dernière usine a fermé ses portes en 2002. Dix ans plus tard, le MEL réfléchit à une réhabilitation de ces friches en vue de créer un nouveau parc d’activités créateur d’emplois mais aussi de valeurs sociales et environnementales. Pour ce faire, Lille a missionné la SEM Ville Renouvelée comme maître d’ouvrage. Depuis quarante ans, la société d’économie mixte est fortement impliquée dans la réhabilitation urbaine de la métropole lilloise, et notamment son versant nord-est,territoire marqué par son passé industriel. Au fil du temps, Ville Renouvelée s’est attachée, à la demande des collectivités, à faire émerger de nouveaux modèles de développement pour l’essor économique, social ou culturel du territoire.

La Maison du Projet livrée en 2016

Le quartier de la Lainière doit accueillir à terme 112 000 m² de surface de plancher pour l’activité économique (70 %) et l’habitat (30 %). « Dès lors que nous avons souhaité intégrer l’économie circulaire dans la transformation de cette friche, il a fallu repenser toutes nos pratiques autour de critères cohérents liés à cette démarche » expliquent Karine Azalot, responsable d’opération du projet d’aménagement et Emilie Durigneux, coordinatrice de la maison du projet Lainière. Première illustration de ce changement, la construction de cette maison en 2016, premier bâtiment français référencé C2C (cradle-to-cradle ou du berceau au berceau). Edifié pour un coût total de 1,16 million d’euros, ce bâtiment a été financé à 50 % par le programme européen Interreg. Ses 500 m² accueillent riverains, associations, collectivités locales sur différents espaces d’animation ou de commercialisation. Par le biais de réunions, conférences, visites ou expositions, ce lieu vise à promouvoir la mémoire du site, mais également à attirer de nouvelles entreprises en vue d’un développement économique.

Un bâtiment à impact positif

 

Dans cet état d’esprit, le bâtiment se veut à la fois vitrine des aménagements futurs et symbole d’une économie circulaire appliquée à un projet urbain. Avec trois thématiques principales moteurs : l’impact positif sur l’environnement, l’emploi d’énergies renouvelables et l’aptitude à la diversité. Ainsi l’ensemble du mobilier et structures intérieures est modulaire et flexible pour être déplacé à volonté selon l’usage.

Fondation en métal du bâtiment

Sa fondation est en métal et non en béton, ce qui rend possible le déplacement du bâtiment et ne laisse aucune trace sur le site. Cela crée en outre un vide sanitaire qui par son effet de dépollution naturelle, a un impact positif sur l’environnement, tout comme le compostage de toilettes sèches, installées plein sud. Les matériaux utilisés sont non traités. L’exposition à l’ensoleillement optimal des bureaux réduit la consommation d’énergie. Deux types de chauffage cohabitent dans la première partie du bâtiment, le panneau solaire thermique et la combustion de pellets en complément, surtout utilisée en hiver. L’installation de panneaux photovoltaïques est également prévue pour le chauffage de la halle d’exposition. Les eaux pluviales stockées en fûts de chêne réemployés, ainsi que les pellets bois sont placés en hauteur pour éviter l’emploi de pompes électriques. Le surplus des eaux de pluie alimente un bassin de rétention végétalisé pour y accueillir la biodiversité.

Donner une seconde vie aux gravats

 

La végétation a repris ses droits au fil du temps, dissimulant des amas de béton issus des démolitions et laissés sur place sans concassage. « Nous avons vite perçu les enjeux du chantier, au regard de notre démarche d’économie circulaire, explique Emilie Durigneux. Premier obstacle à surmonter, les 250 000 m³ de gravats non concassés, soit l’équivalent de 20 000 camions nécessaires au déblaiement ». L’idée est de réemployer 100 % de ces matériaux qui seront excavés dan les futurs lots et espaces publics. C’est pourquoi, une convention de recherche a été signée avec l’entreprise nordiste Néo-Eco, associée à Baudelet Environnement depuis 2015, pour valoriser ces gravats. Après une étape d’urban mining, achevée fin 2017, il s’agit désormais de quantifier précisément les volumes et d’élaborer les formulations des matériaux qui seront réutilisés. « Dans ce projet, chaque étape doit tenir compte de l’ensemble des acteurs et des chantiers successifs (architecte, urbaniste, paysagiste). Nous apprenons en faisant, souligne Emilie Durigneux. Nous avons fait de la Lainière un territoire expérimental où s’applique l’effet Papillon : un sujet de réflexion en entraîne souvent un autre ». D’ici à la fin de l’année, un phasage de traitement des voiries est programmé en vue si possible de réemployer ces gravats concassés autour du site.

Replanter les végétaux

 

Après la question sur le devenir des gravats, une autre est rapidement venue sur le sort des végétaux. « Cela aurait été un non sens de les détruire après avoir extrait les gravats, d’autant que plusieurs essences remarquables se sont installées, comme l’érable, l’aubépine, l’églantier ou encore une espèce d’orchidée » souligne la coordinatrice du projet. La réutilisation des végétaux de la friche dans les futurs espaces publics avait déjà été proposée en amont par le paysagiste. La création en 2018 d’une pépinière transitoire sur le site de l’Union à proximité de la Lainière, va permettre le transfert de ces végétaux, en vue de leur réimplantation.

La filature avant sa démolition en 2019

A ce jour deux tiers des bâtiments de la friche ont été maintenus en vue de leur réhabilitation tandis que le bâtiment de la Filature sera démoli en 2019 par l’établissement public foncier. Avec à la clef, un tri des matériaux en amont et la création d’une plateforme logistique de stockage, en vue d’un réemploi. Alors que le démarrage des travaux de valorisation des remblais et des espaces publics a été programmé cet automne, la SEM travaille d’ores et déjà sur les cahiers de préconisations pour les futures entreprises. Parmi les critères envisagés, pourraient figurer l’utilisation de matériaux durables, le traitement des eaux de pluie et l’ensoleillement.

Un lien avec l’Europe

 

Profondément ancrée sur son territoire ayant pour périmètre Lille et Roubaix, la Lainière revêt également une dimension européenne. Elle représente pour les Hauts-de-France un modèle en terme d’économie circulaire dans le cadre du projet européen CircE. Depuis janvier 2017, le cd2e (création-développement des éco-entreprises) et la région Hauts-de-France ainsi que sept autres partenaires – la Lombardie en Italie, le gouvernement de la Catalogne, le Bureau du Maréchal de Basse-Silésie en Pologne, la province de Gelderland aux Pays-Bas, le London Waste and Recycling Board, en Angleterre, la municipalité de Sofia en Bulgarie et l’association des 178 municipalités et villes de Slovénie – sont impliqués dans ce projet européen Interreg. L’objectif : renforcer l’économie circulaire à l’échelle de l’Europe. L’ensemble des parties prenantes ont pour mission jusqu’en 2021, de réaliser des études de benchmark, en identifiant les obstacles réglementaires et économiques sur un territoire, en trouvant des solutions pour les lever, tout en s’inspirant des bonnes pratiques des uns et des autres. Pour illustrer cette démarche, la région Hauts-de-France a invité mi-avril, les partenaires du projet CircE à trois jours de visites et d’échanges. L’occasion de présenter le projet du quartier de la Lainière et son bâtiment cradle-to-cradle.

Crédit : SEMVR

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article