Déchets amiantés : Valame démarre sa première usine de recyclage

Un pilote industriel dans les Hauts-de-France

Depuis 2019, l’entreprise Valame est prête à recycler les déchets amiantés grâce à un procédé breveté, unique au monde. L’idée au départ était de créer des stations de traitement mobiles sur les chantiers. Aujourd’hui, changement de programme avec le démarrage d’un pilote industriel dans les Hauts-de-France. Objectif : recycler sur site sécurisé les déchets amiantés de la région, avant de lancer de nouvelles unités sur d’autres territoires. 

Les déchets amiantés générés en France ne devraient bientôt plus finir en enfouissement, exutoire coûteux et pas du tout écologique. La première usine de recyclage a démarré en mars 2022. Aux manettes, l’entreprise Valame, fruit d’un partenariat en 2019 entre son dirigeant Pierre-Emmanuel Lepers et la PME nordiste Néo-Eco, spécialisée dans la valorisation des matériaux de construction. Après un an de conception, de montages, d’ajustements et d’essais, le pilote industriel a pu accueillir ses premiers déchets amiantés provenant de chantiers de déconstruction. Installée sur une plateforme ICPE dans les Hauts-de-France, l’unité repose sur l’exploitation d’un procédé chimique breveté, mis au point en 2019 et validé par le laboratoire de Génie chimique de Toulouse. L’objectif du process est de neutraliser l’amiante par une attaque à l’acide chlorhydrique. Après filtration et analyses, il ressort d’une part, du chlorure de magnésium et de calcium, et d’autre part, de la silice amorphe synthétique à raison de 400 kg pour une tonne d’amiante brute. Débarrassée de l’amiante, ces deux sous-produits sont alors valorisables dans l’industrie.

Après avoir envisagé au départ, la création d’unités mobiles à installer sur les chantiers de déconsruction, le dirigeant de Valame a rapidement changé d’orientation : « ce type d’installation mobile n’était en réalité pas adapté à notre marché. En l’état actuel, compte tenu des autorisations administratives exigées pour traiter des déchets dangereux, cette voie n’est pour l’instant pas possible ». C’est donc sur une plateforme industrielle déjà encadrée par toutes les autorisations d’exploitation, que la première unité de recyclage de déchets amiantés a été lancée en mars 2022. « Nous avons réalisé notre première usine de petite capacité et nous pouvons désormais charger des déchets amiantés transportés en caisse palettes de 500 litres qui font la navette entre les chantiers environnants et l’installation de traitement » explique Pierre-Emmanuel Lepers, dirigeant de Valame. Cette première unité de recyclage a nécessité un investissement consistant (ndlr. mais non dévoilé) en raison du procédé chimique impliqué mais aussi et surtout de la dangerosité des déchets à traiter.

Technique routière et cimenterie

 

Caisse-palette remplie de déchets amiantés prêts à intégrer les réacteurs de Valame

Le choix des Hauts de France ne relève pas du hasard. Originaire de la région, Pierre-Emmanuel Lepers connaît aussi le potentiel éco-industriel sur ce territoire. Enfin, Valame est un projet incubé par Neo-Eco, dont le réseau régional laisse entrevoir des synergies commerciales prometteuses. Si Pierre Emmanuel Lepers souhaite rester discret sur la localisation de son pilote industriel, il s’est d’ores et déjà fait connaître depuis 2020 auprès de plusieurs donneurs d’ordre de la région : « en l’espace de six mois, nous avons ainsi contracté avec quatre clients, dont des bailleurs sociaux. Notre usine a encore besoin d’être optimisée. Mais nous pouvons déjà assurer le traitement de quantités industrielles de déchets amiantés dans nos réacteurs en une heure environ. Après tri et broyage en amont, le procédé en lui-même est relativement rapide, efficace et sobre en consommation d’énergie, puisque la température nécessaire au traitement n’excède pas 100 °C » souligne Pierre-Emmanuel Lepers.

D’ici deux ou trois ans, Valame veut attirer un grand nombre de donneurs d’ordre à l’échelle de la région et faire en sorte que son procédé de recyclage devienne aussi compétitif que l’enfouissement actuel. « Aujourd’hui, la solution la moins chère reste le stockage, mais cet exutoire ne permet pas de valoriser le matériau, assure Pierre Emmanuel Lepers. Nous commençons seulement à entrer dans le vif du sujet. Les matières résiduelles ainsi débarrassées de l’amiante peuvent réintégrer des applications dans le BTP, comme entre autres la technique routière ». Ce débouché reste le plus probable à court terme, bien que peu économique. A moyen terme, un recyclage à plus forte valeur ajoutée en cimenterie sera sans doute privilégié. Valame devrait en outre s’appuyer sur l’expertise de Néo-Eco dans l’éco-conception de matériaux innovants.

Un projet en Outre-mer

 

Selon l’Ademe, le désamiantage devrait encore occuper l’industrie du bâtiment pendant une quarantaine d’années. Il n’est donc pas trop tard pour innover et proposer des solutions de traitement plus durables. Forte de cette première expérience, soutenue en 2020 par l’Ademe et Bpifrance (Lauréate du concours national « i-Nov » – en catégorie Economie Circulaire) et labellisée en 2019 par le Pôle Team2, Valame ne compte pas arrêter sa croissance aux frontières des Hauts-de-France. L’entreprise travaille au déploiement d’usines sur-mesure répondant aux exigences du marché en France et en Europe occidentale. Selon une étude du BRGM en 2017, plusieurs régions françaises sont particulièrement ciblées, comme l’Ile-de-France qui représente 60 % des chantiers de désamiantage, mais aussi une bonne partie des régions Sud (AuRA, PACA et Occitanie) où l’enfouissement devient très limité. « Nous voulons répondre aux besoins en favorisant la constructiond’une filière de valorisation vertueuse » souligne le dirigeant de Valame qui s’intéresse également aux déchets amiantés générés en Outre-mer. Ainsi, sur l’île de La Réunion, les déchets amiantés sont rapatriés sur la métropole en l’absence d’exutoire. Cette pratique non seulement coûte cher, mais produit un bilan carbone négatif lié au transport. Pour y remédier, Pierre-Emmanuel Lepers réfléchit au montage d’une future unité de recyclage sur l’île d’ici à trois ans : « nous devons nous préparer dès maintenant à ce projet, car il s’agit de construire localement une véritable filière écologique et économique autonome ».

Bon à savoir :

Depuis 2020, la loi AGEC (article 114) incite l’industrie à trouver des alternatives à l’enfouissement des déchets amiantés : « L’Etat établit, au plus tard le 1er janvier 2022, une feuille de route sur le traitement des déchets d’amiante, ayant pour objectifs : 1° L’identification des éventuelles alternatives à l’enfouissement qui sont viables et, le cas échéant, le calendrier de leur déploiement, de façon à réduire le recours à l’enfouissement ; 2° L’identification des besoins de recherche et développement en autres solutions alternatives à l’enfouissement ».

Par ailleurs, le nouveau dispositif Trackdéchets, plateforme numérique utilisée pour le suivi de gestion des déchets dangereux, va dans ce sens. Ainsi, concernant les déchets amiantés, la rubrique BSDA (Bordereau de suivi de déchets amiantés) est désormais enrichie d’une nouvelle case qui mentionne le traitement chimique, en plus de l’enfouissement et de la vitrification.

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