Les places marchés pour revendre ou donner des invendus, stocks dormants ou retours clients se multiplient sur le marché français pour éviter leur destruction. Dans ce registre, un nouveau site a vu le jour en juin 2022. CircularPlace cible les invendus non alimentaires et s’adresse aux entreprises de toutes tailles. Sa particularité : prendre en charge la revente et le don, mais aussi le recyclage si besoin, tout en misant sur le local. L’objectif à terme est de devenir le guichet unique de la seconde main pour les entreprises.
S’il est assez facile aujourd’hui pour une entreprise de trouver un site professionnel pour vendre ses stocks dormants à des soldeurs, des brokers ou donner à des associations le cas échéant, la procédure peut devenir rapidement chronophage. Le fondateur de la toute nouvelle plateforme CircularPlace by Obydo, Vincent Rigal, souhaite désormais casser les pratiques en facilitant la vie des utilisateurs (vendeurs, acheteurs, associations et recycleurs). Toute entreprise, disposant de produits invendus issus du secteur bricolage ou de la grande distribution, peut s’inscrire sur la plateforme et scanner le code barre de ses produits. On lui demande ensuite de qualifier l’état et le nombre d’articles concernés par la vente. CircularPlace s’occupe du reste. Les produits textiles sont exclus des transactions, considérant qu’il existe déjà assez d’acteurs en ligne dans ce secteur. Cette démarche est relativement inédite, puisque le professionnel a au final peu d’opérations à effectuer. Une fois le lot de produits enregistré, ce dernier va suivre un parcours classique sans intervention de son détenteur. Pendant sept jours, les invendus non alimentaires sont mis en vente. Si aucune transaction n’est réalisée, les produits sont adressés alors aux associations, sous forme de dons défiscalisés. Il faut selon la réglementation, trois refus préalables validés par les associations avant de basculer le lot vers une étape de valorisation. « Notre place de marché permet de proposer à chaque entreprise une solution simple et facile d’utilisation pour gérer ses invendus et ses retours, et faire face aux nouvelles obligations de la loi AGEC. Notre ambition est de les accompagner dans le réemploi et la lutte contre le gaspillage, quelle que soit leur taille et leur secteur d’activité » indique Vincent Rigal.
Calculateur CO2
Dans ce cas de figure, CircularPlace s’engage à fournir automatiquement à son dépositaire, un certificat de conformité avec la loi AGEC. Le produit est alors dirigé vers des structures de reconditionnement, réemploi ou recyclage. « Pour toutes ces opérations, nous disposons d’un calculateur de CO2 pour mesurer leur empreinte carbone fortement marquée par le transport. C’est pourquoi nous donnons la priorité au local, aussi bien sur la revente que sur le don ou le réemploi » précise Vincent Rigal. Cet indicateur, s’appuyant sur l’outil Datagir de l’Ademe, est un plus pour les entreprises grandes ou petites qui souhaitent s’engager dans une démarche vertueuse. D’autant que depuis le 1er janvier 2022, la non destruction des invendus non alimentaires est imposée par la loi AGEC et assortie d’amendes si l’entreprise ne se met pas en conformité. Une période de transition est envisagée mais les habitudes sont à prendre dès maintenant, insiste le fondateur de CircularPlace : « c’est insensé aujourd’hui, deux après sa promulgation, que 60 % des dirigeants d’entreprises ne connaissent pas la loi anti-gaspillage pour l’économie circulaire, alors qu’ils sont directement concernés ». D’où l’ambition de la plateforme : devenir un guichet unique pour les professionnels en leur facilitant un peu la tâche. Plutôt que de frapper à toutes les portes des entreprises, l’équipe de CircularPlace cible d’ores et déjà les banques, les experts comptables ou encore les assurances pour communiquer sur ces mesures législatives et sur la plateforme auprès de leurs clients : « nous nous inspirons de Vinted pour développer notre outil et nous avons comme objectif d’intégrer quelques grands comptes pour attirer les entreprises sur notre site. Plus le réseau s’étoffera en offres et demandes, plus les pratiques vertueuses se déploieront ».
Levée de fonds en cours
Les premiers partenariats voient le jour. En marge de l’activité principale de CircularPlace, un rapprochement avec le groupe Sodexo, spécialiste de la restauration collective est en cours. L’idée : inciter les collaborateurs de l’entreprise, par « gamification » (rémunération en points), à échanger et à partager les ressources en interne (mobilier, équipements de cuisine, articles de ménage etc.). Cet outil d’externalité est en co-construction avec Sodexo. Il sera proposé par CircularPlace à d’autres entreprises, mais devrait rester marginal dans son développement.
Le modèle économique de CircularPlace repose sur deux formats de rémunération : l’abonnement mensuel, simple ou premium en fonction des services demandés (reporting RSE par exemple, conseil) et la commission pour chaque transaction. D’ici la fin de l’année, CircularPlace envisage la création d’une application, destinée aux particuliers, permettant de géolocaliser les demandes et rediriger vers les sites commerçants les plus proches. Pour accélérer sa visibilité, CircularPlace a remporté cette année le prix Skema Social Ventures Summit avec à la clé, une récompense de 10 000 euros, et le deuxième prix du Made in 92, concours de promotion des jeunes entreprises des Hauts-de-Seine, soutenu par la CCI Paris Ile-de-France. La start-up bénéficie également du soutien d’incubateurs-accélérateurs de Neoma Business School et de Skema Business School (Skema Ventures) ainsi que de la Station F à Paris. Dans la perspective de nouveaux développements, une levée de fonds est en cours. Avec toujours en ligne de mire, quatre défis à relever : informer, simplifier, réduire l’impact carbone et le gaspillage, jouer local.
A lire aussi :
Les invendus non alimentaires ont de la valeur
Invendus non-alimentaires : le don progresse mais des leviers s’imposent
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »