Le marché du multimédia reconditionné monte en gamme, avec une offre croissante pour deux catégories de clients professionnels : les entreprises du secteur privé et les collectivités locales. La stratégie de développement d’entreprises comme Largo, Codeo, Smaaart, PRS et Ecodair en témoigne. Leur activité repose sur trois objectifs prioritaires : la vente de matériels labellisés, une production 100 % française et une dimension sociale associée.

Le numérique serait responsable de 2,5 % de l’empreinte carbone de la France. Selon l’Ademe, cet impact environnemental proviendrait à 79 % des terminaux (ordinateurs, smartphones, tablettes et autres écrans), très loin devant les centres de données (16%) et les réseaux télécoms (5%). Enfin, 80 % de l’impact environnemental d’un équipement informatique est généré lors de sa fabrication. Face aux conséquences désastreuses de cette industrie sur les émissions de GES et l’exploitation des ressources, une nouvelle activité économique se développe à vitesse grand V, depuis environ cinq ans en France : le reconditionnement. Le contexte est favorable : la loi AGEC de 2020 impose aux collectivités locales d’intégrer jusqu’à 20 % de matériel reconditionné dans leurs achats informatiques, tandis que la pénurie de composants électroniques et l’inflation, rend le reconditionnement attractif pour tous les publics. C’est ainsi qu’au niveau mondial, cette activité est estimée entre 50 et 60 milliards d’euros en 2022 (en croissance de 15 à 20 % par an). En France, cela représente un marché de près d’un milliard d’euros. Selon une étude de GFK Consumer Life, en France, 15,7 millions de smartphones neufs ont été vendus en 2021, contre 3,2 millions appareils reconditionnés. La croissance annuelle du marché du reconditionné est de +13,6 % entre 2018 et 2023, tandis que le marché du neuf s’effrite progressivement.
Du reconditionné coté en Bourse
Ce marché semble assuré sur le long terme pour quelques entreprises françaises en pointe dans le secteur. Motivées pour conquérir le territoire et tous les publics, elles ont en commun cette volonté de donner au réemploi de smartphones ou d’ordinateurs, ses lettres de noblesse. Leur objectif est d’apporter à une clientèle exigeante sur les critères environnementaux et le prix, des gages de qualité, d’efficacité et de production relocalisée. Parmi les reconditionneurs français en vogue, on peut citer Largo, PRS, Codeo ou Smaaart. La plupart ont démarré il y a moins de dix ans. Mais, depuis deux ou trois ans, les choses s’accélèrent. Implantée dès sa création en 2015 à Nantes, Largo vise 70 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 contre 17 millions d’euros actuellement. La France représente 60 % de son activité. Depuis 2017, l’entreprise réalise une croissance annuelle de 18 % et emploie une soixantaine de personnes. A moyen terme, elle comptera une centaine de salariés.

En 2021, Largo est devenu le premier reconditionneur coté en Bourse, ce qui lui a permis de lever des financements et s’agrandir sur son site nantais, moyennant un investissement de départ de 800 000 euros. De 700 m², l’entreprise est passée à 1100 m² de surface pour développer la réparation, automatiser certaines opérations de contrôle et commencer à diversifier ses produits. Hier, Largo se consacrait essentiellement aux smartphones ; aujourd’hui, grâce à l’extension de ses capacités de traitement, sa gamme d’appareils s’élargit à la tablette, aux airpods, aux montres connectées et aux ordinateurs portables. « Nos atouts reposent sur un process industriel internalisé en France, y compris notre SAV et une maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur, souligne Christophe Brunot co-fondateur de Largo. Après réception des appareils, gradage et effacement des données, nous avons choisi d’automatiser l’opération des 123 tests de conformité et des 37 points de contrôle, pour augmenter la qualité et notre productivité ». Largo a ajouté depuis peu une nouvelle corde à son arc, la réparation de cartes mères. Les smartphones à l’instar des autres reconditionneurs sont garantis jusqu’à 24 mois, avec un retour en SAV autour de 6 % contre 3 % sur du neuf. Une amélioration est encore possible.
Depuis son lancement, Largo a ainsi reconditionné 220 400 smartphones des marques Apple et Samsung. L’entreprise mise à 100 % sur le made in France, du sourcing à la remise en état des appareils. Ceux-ci proviennent de brokers, de programmes de reprise aux particuliers et aux professionnels. Après une remise en état esthétique et fonctionnelle, le smartphone repart pour une seconde vie à travers cinq canaux : la grande distribution à hauteur de 47 %, les places de marché (Amazon, Back market …), le e-commerce, le B2B, les assureurs et les opérateurs de téléphonie. « Nous disposons désormais de plus de 2000 points de vente dans la grande distribution et augmentons nos capacités de reconditionnement avec 25 000 appareils par mois en 2022 » assure le co-fondateur de Largo.
Smaaart s’attaque aux ordinateurs
Le reconditionneur de smartphones, Smaaart (intégré au groupe Econom depuis juin 2022) a installé au sein de son usine de 3300 m² située dans l’Hérault, deux nouvelles lignes de production consacrées à toutes marques et modèles d’ordinateurs PC et Mac. Son ambition : reconditionner 120 000 ordinateurs d’ici à fin 2023. Les ordinateurs proviennent de flottes d’entreprises françaises clientes d’Econom. Les techniciens sont formés en interne et cette diversification d’activité va entraîner l’embauche de 30 personnes supplémentaires d’ici la fin de l’année. Pour rassurer les consommateurs sur sa fiabilité, Smaaart dispose de la certification de service « Qualicert SGS Reconditionné ». « Afin de donner une seconde vie au plus grand nombre de dispositifs, nous avons choisi de proposer un ordinateur adapté à chaque usage : professionnel, familial, gaming etc. C’est un marché encore émergeant, comme les smartphones reconditionnés il y a quatre ans, mais nous estimons que ce secteur a du potentiel au vu des défis environnementaux et sociétaux actuels » estime Jean-Christophe Estoudre, président de Smaaart.
La commande publique, vecteur de croissance
En l’espace de deux ans, la demande professionnelle a pris de l’ampleur : « le BtoB représente actuellement 10 % de notre activité, mais est en train d’augmenter grâce à la commande publique sur laquelle nous misons beaucoup » assure Christophe Brunot. Les achats publics avec l’obligation d’intégrer 20 % d’équipements informatiques reconditionnés, selon la loi AGEC, donnent une véritable bouffée d’oxygène aux professionnels de la réparation et du réemploi. Largo est aujourd’hui référencé au sein de l’ANCT (Agence nationale de la cohésion des territoires) qui incite à l’achat de matériel informatique reconditionné. Une enveloppe de 6,5 millions d’euros a été débloquée dans cette optique. Plusieurs collectivités du grand Ouest dont Nantes métropole ont d’ores et déjà montré leur intérêt en sollicitant Largo pour s’équiper. Principal acteur du reconditionnement pour toute la façade ouest, Largo rayonne également sur l’ensemble du territoire avec comme principal atout, une offre englobant les trois briques (smartphones, PC portables et fixes) destinée aux marchés publics.

Pour les fondateurs de l’entreprise nantaise, il est essentiel de proposer une offre de reprise globale avec revente de matériel reconditionné derrière : « les entreprises peuvent ainsi homogénéiser leur parc avec des appareils reconditionnés de bonne qualité et entre 30 à 50 % moins cher que du neuf. Pour cela, il faut inciter les détenteurs de téléphones et de matériel informatique à s’en défaire afin d’assurer une bonne circulation des flux, car à moyen terme, nous risquons d’être en demande de produits ». A terme, un smartphone sur deux sera reconditionné. En attendant, en France, plus de 100 millions de smartphones dorment encore dans les tiroirs d’après un rapport du Sénat. Largo tente d’y remédier à son échelle, avec la mise au point d’une application logicielle. Objectif : permettre aux points de vente, y compris ceux qui ne vendent pas de smartphones, de proposer aux clients, une reprise de leurs appareils via un diagnostic rapide (5 minutes environ) sur place. En contrepartie, l’enseigne récompense ses clients sous forme de bons d’achats. Un premier test sera réalisé au premier trimestre 2023 dans plusieurs magasins de l’enseigne System U.
PRS reconditionne 3 smartphones sur 10 en France
Depuis 2017, Phone Recycle Solutions reconditionne environ 5000 Iphones par jour dans un ancien entrepôt logistique de 2000 m², Porte d’Aubervilliers à Paris. Soit plus de 3 millions d’appareils reconditionnés à son actif. Premier acteur du reconditionnement de smartphones en volume en France et en Europe, PRS consacre vingt postes au diagnostic sur 53 points de contrôle. L’entreprise embauche 110 salariés pour un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros. Deux atouts pour promouvoir un reconditionnement attractif de qualité, selon l’un des quatre co-fondateurs, Itsik Teboul : le stockage des pièces détachées et la certification « Service France Garanti ». De la réception à la réparation en passant par la maintenance, toutes les opérations se déroulent dans ses locaux parisiens. Tournée jusqu’à présent vers le marché grand public à travers la grande distribution en France et en Espagne, PRS s’intéresse aussi de près au marché BtoB, avec à terme, la création d’une filiale Business et la possibilité de développer une offre en leasing. PRS est un acteur BtoBtoC qui propose plus de 3 000 références en marque propre à ses clients distributeurs (Carrefour, Leclerc, Auchan), e-commerce (Veepee, Showroomprivé, Cdiscount), opérateurs (SFR, Free), revendeurs. PRS est distribué dans une dizaine de pays européens et s’implante actuellement en Afrique (Côte d’Ivoire).
Inciter à la reprise
Chez Ecodair, entreprise de l’ESS depuis 17 ans, un approvisionnement régulier est indispensable à la pérennité de l’activité. Pour proposer du matériel reconditionné, il faut à la base accéder à du matériel à remettre en état, c’est aussi simple que cela, et pourtant dans la pratique, un changement de culture est nécessaire. Installée à Porte d’Aubervilliers, dans l’Essonne, à Marseille et à Rillieux-la-Pape près de Lyon, sur le hub circulaire du groupe Codeo (cf. encadré), l’entreprise agréée ESUS est constituée de cinq structures : un Esat, deux entreprises adaptées, une entreprise d’insertion et d’un ACI (atelier chantier d’insertion). Ecodair emploie 150 personnes (dont 120 salariés en situation de handicap) et reconditionne exclusivement des ordinateurs portables issus de parcs d’entreprises. Elle est également amenée à effectuer des travaux de sous-traitance pour des reconditionneurs comme Largo ou le groupe Codeo. « Dans nos locaux de la Porte d’Aubervilliers, nous collectons que 600 appareils par mois, contre 1500 sur le site de Codeo où des synergies existent avec Envie et LM Opérations » explique Etienne Hirschauer, directeur général d’Ecodair.
A Paris, Ecodair a récupéré 300 tonnes d’appareils en 2021 et reconditionné l’équivalent de 40 %. La revente porte sur environ 1000 ordinateurs par an en BtoB. Le plus important pour Ecodair est d’assurer le sourcing. En général, les produits récupérés sont facturés pour capter du matériel réutilisable et éviter ainsi de générer trop de déchets : « lorsque la région Ile-de-France nous commande 150 000 ordinateurs reconditionnés, il faut garantir cet approvisionnement de l’autre côté. Dans un contexte de croissance prévisible du secteur, chaque acteur doit jouer le jeu à deux niveaux : donner ou revendre son matériel et non pas le faire le recycler ; acheter du reconditionné pour réduire son empreinte environnementale ».
« Ici on répare les humains et les ordinateurs pour leur offrir une seconde chance »
Dans ses ateliers parisiens, chaque ordinateur est trié par modèle, pesé, tracé. Un diagnostic est réalisé suivi par un nettoyage, et une attestation certifiant à l’entreprise l’effacement des données. Le stockage des pièces détachées et des composants issus du démantèlement s’avère de plus en plus important. De cette manière, Ecodair peut assurer une maintenance informatique en plus du reconditionnement et de la vente de matériel informatique via son site en ligne et en répondant aux appels d’offre. Sur certaines opérations, les salariés en insertion effectuent des travaux de déverrouillage de logiciels, de soudure etc. « Grâce à ces compétences, nous pourrions presque fabriquer de toutes pièces de nouveauxordinateurs, ironise le directeur général, mais il est clair qu’en sortant quatre ordinateurs par jour, pour dix personnes en atelier, notre activité n’est pas lucrative et ce n’est pas l’objectif ». L’atelier sous statut d’Entreprise Adaptée fonctionne à un rythme de travail plus soutenu. Les personnes sont formées pour arriver sur le marché de l’emploi classique : « nous devons répondre ici à des commandes programmées. Une maîtrise des compétences est exigée avec une partie business, même si nous conservons une dimension sociale. Nous devons répondre à des clients comme Back Market, Largo Business, Emmaüs Connect, Codeo ou bien des entreprises privées qui nous font confiance, issues de la plasturgie ou de l’aéronautique. Les entreprises peuvent également nous acheter des ordinateurs via notre site internet » insiste Etienne Hirschauer qui insiste sur la qualité de ses équipements de seconde main et l’expertise de ses salariés.
Codeo crée un hub circulaire à Lyon
Le groupe Codeo, reconditionneur européen d’équipements informatiques professionnels depuis 2005 (200 collaborateurs dans six pays d’Europe, 33M€ de CA en 2021), a inauguré en septembre dernier à Rillieux-la-Pape, près de Lyon, un pôle d’activité de 7 200m² consacré au réemploi des équipements informatiques professionnels en partenariat avec Envie, Ecodair et LM Eco-Production. Moyennant un investissement de huit millions d’euros, ce hub de l’économie circulaire unique en Europe pourra traiter plus de 500 000 équipements par an, avec un taux de réemploi attendu jusqu’à 90% selon les gammes de produits. Une centaine de collaborateurs travailleront sur site dont 50 experts de la réparation et du reconditionnement et 25 personnes en réinsertion professionnelle. Pour les grandes entreprises, le site permet de centraliser sous un même toit toute la chaîne de réemploi de leurs équipements informatiques, de faciliter et d’industrialiser la reprise/valorisation de leurs équipements inutilisés, la maintenance de leur parc, le reconditionnement, l’effacement des données et le recyclage de leurs ordinateurs, smartphones, lecteurs code-barres, caisses, terminaux de paiement. Pour la région lyonnaise, le hub devrait être également un vecteur d’attractivité et d’emplois.
Crédit : Largo, Codeo, PRS, Smaaart, Ecodair
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Le reconditionneur de smartphones,
Depuis 2017, Phone Recycle Solutions reconditionne environ 5000 Iphones par jour dans un ancien entrepôt logistique de 2000 m², Porte d’Aubervilliers à Paris. Soit plus de 3 millions d’appareils reconditionnés à son actif. Premier acteur du reconditionnement de smartphones en volume en France et en Europe, PRS consacre vingt postes au diagnostic sur 53 points de contrôle. L’entreprise embauche 110 salariés pour un chiffre d’affaires de 110 millions d’euros. Deux atouts pour promouvoir un reconditionnement attractif de qualité, selon l’un des quatre co-fondateurs, Itsik Teboul : le stockage des pièces détachées et la certification « Service France Garanti ». De la réception à la réparation en passant par la maintenance, toutes les opérations se déroulent dans ses locaux parisiens. Tournée jusqu’à présent vers le marché grand public à travers la grande distribution en France et en Espagne, PRS s’intéresse aussi de près au marché BtoB, avec à terme, la création d’une filiale Business et la possibilité de développer une offre en leasing. PRS est un acteur BtoBtoC qui propose plus de 3 000 références en marque propre à ses clients distributeurs (Carrefour, Leclerc, Auchan), e-commerce (Veepee, Showroomprivé, Cdiscount), opérateurs (SFR, Free), revendeurs. PRS est distribué dans une dizaine de pays européens et s’implante actuellement en Afrique (Côte d’Ivoire).
Le groupe Codeo, reconditionneur européen d’équipements informatiques professionnels depuis 2005 (200 collaborateurs dans six pays d’Europe, 33M€ de CA en 2021), a inauguré en septembre dernier à Rillieux-la-Pape, près de Lyon, un pôle d’activité de 7 200m² consacré au réemploi des équipements informatiques professionnels en partenariat avec Envie, Ecodair et LM Eco-Production. Moyennant un investissement de huit millions d’euros, ce hub de l’économie circulaire unique en Europe pourra traiter plus de 500 000 équipements par an, avec un taux de réemploi attendu jusqu’à 90% selon les gammes de produits. Une centaine de collaborateurs travailleront sur site dont 50 experts de la réparation et du reconditionnement et 25 personnes en réinsertion professionnelle. Pour les grandes entreprises, le site permet de centraliser sous un même toit toute la chaîne de réemploi de leurs équipements informatiques, de faciliter et d’industrialiser la reprise/valorisation de leurs équipements inutilisés, la maintenance de leur parc, le reconditionnement, l’effacement des données et le recyclage de leurs ordinateurs, smartphones, lecteurs code-barres, caisses, terminaux de paiement. Pour la région lyonnaise, le hub devrait être également un vecteur d’attractivité et d’emplois.