Agyre aide à construire plus circulaire

Un « référent national » pour coordonner les actions

Mettre un peu plus d’économie circulaire dans le bâtiment, neuf ou réhabilité. C’est l’ambition du regroupement d’experts Agyre. Pour son fondateur et directeur général Stéphane Le Guirriec, cette plateforme veut accélérer la mise en œuvre d’actions autres que la gestion habituelle des déchets et leur recyclage. A son actif d’ores et déjà, un immeuble de douze logements et un autre chantier en préparation en Centre-Val de Loire valorisent la place du territoire, de l’écologie industrielle et de l’éco-conception.

Face à une politique d’économie circulaire tronquée et abstraite, n’existant depuis quelques années que par le biais du traitement des déchets de chantier ou dans les beaux discours, Stéphane Le Guirriec, président de l’Institut MECD (Matériaux et Équipements pour la Construction Durable) labellisé Institut Carnot, a décidé de passer à l’acte : « les signaux sont au vert mais subsiste sur notre territoire, un grand décalage entre les intentions et la réalité. Depuis que l’économie circulaire fait partie de la stratégie politique française, cela se résume bien souvent à la gestion des déchets. Le bâtiment n’échappe pas à la règle, la filière se cantonnant souvent à cette question du recyclage des matériaux ». Or, cette gestion efficace des matières (réemploi, traitement des déchets…) semble occulter les autres. Une approche plus globale – holistique – est nécessaire, pour ne pas oublier les fondements mêmes de l’économie circulaire.

Stéphane Le Guirriec, directeur général d’Agyre

D’où la création en 2018, du hub d’accélération Agyre (mot valise qui combine agir et gyroscope). Objectif : accompagner l’ensemble des acteurs de la construction vers des solutions pour l’environnement en s’adaptant aux besoins de tous, industriels et distributeurs, maîtres d’œuvre et prescripteurs, maîtres d’ouvrage, start-up, gestionnaires, collecteurs, recycleurs. Cette plateforme de soutien à l’économie circulaire existe désormais sous la forme d’une SAS. Domiciliée à Dreux, l’entreprise s’apprête à recruter cinq employés et ingénieurs à temps plein. Son directeur général Stéphane Le Guirriec souhaite avant tout rassembler tous les experts présents sur la chaîne de valeur du bâtiment. « Nous voulons être en quelque sorte un outil de référence pour promouvoir notamment l’écologie industrielle et territoriale à l’échelle nationale. Plusieurs chantiers exemplaires existent aujourd’hui en France mais ces expérimentations innovantes ne sont pas suffisamment consolidées, connues, soutenues et in fine déployées ». L’idée est de mieux connaître les ressources et les acteurs sur un territoire donné afin de les aider à travailler ensemble sur des chantiers d’origine publique ou privée.

Agyre mise sur le BIM et la formation

 

La démarche suscite déjà l’intérêt et le soutien de l’État (Bpifrance et région Centre-Val de Loire), bénéficiant d’une aide à l’innovation de 1,6 million d’euros dont 1,2 million d’euros de subvention. On peut toutefois s’interroger sur l’absence de coordination entre fédérations et syndicats qui se disent concernés et l’insuffisance des thématiques de l’économie circulaire engagées jusqu’à présent. Pour changer d’échelle, Agyre espère ainsi développer rapidement des synergies entre la filière des systèmes constructifs et les filières génératrices de matériaux ; bénéficier d’un guichet unique et d’une forte proximité auprès des entreprises de la construction sur l’ensemble du cycle de vie d’un ouvrage ; accroître les retombées économiques, la visibilité des actions et partager les retours d’expériences.

Pour mener son activité, le hub s’appuie sur un réseau d’experts reconnus et représentatifs de leur activité, composé de 25 partenaires et associés aux trois membres fondateurs : Impulse Partners (réseau de start-ups en Ile-de-France), le Pôle Fibres-Énergivie (dans le grand Est) et le Cerib (Centre-Val de Loire). Ces professionnels forment un comité d’orientation où se retrouvent notamment, des représentants de la SMABTP pour les assureurs, de la Capeb pour les artisans du bâtiment, de l’école des Mines pour le milieu académique, ou encore de la CCCA-BTP pour la formation. Le ralliement des négociants en matériaux est en cours. Ce comité a pour mission de conseiller, orienter et d’améliorer l’offre de services d’Agyre à l’échelle de l’ouvrage, du quartier, de la ville et du territoire. « Par ailleurs, si les grands groupes du bâtiment commencent à prendre l’économie circulaire en main, c’est qu’ils n’ont pas le choix et c’est tant mieux, car ils tirent la profession vers le haut » se réjouit le directeur d’Agyre.

Après le Onze, le projet Olympi offre une large place à l’économie circulaire

Présente à tous les niveaux, la plateforme contribuera au développement des process de production, de construction et de déconstruction par une approche multi-échelles. Elle évaluera sur la base de veilles et d’analyses, des prototypes, des démonstrateurs, des modélisations, pour concevoir en amont des systèmes réversibles, démontables, réutilisables, dès la conception d’un ouvrage. Pour ce faire, elle innovera avec une antenne dédiée à la construction numérique, en partenariat avec le Pôle Fibres-Energivie, et valorisera les résultats des expérimentations et des recherches à titre collectif (normalisation, formation, communication technique) et à titre privé (recherche partenariale, labels, aide à l’innovation). Stéphane Le Guirriec n’oublie pas la formation des futurs professionnels du bâtiment. Le thème de l’employabilité et du déploiement de compétences en lien avec l’économie circulaire est un enjeu fort et une priorité pour Agyre. D’où la mise en œuvre d’espaces d’échanges et de formation, l’organisation de séminaires, des partenariats avec des incubateurs de start-up, des CFA et des écoles d’ingénieurs.

Le Onze et Olympi comme chantiers phares

 

Deux ans après son lancement, avant même le dépôt de ses statuts juridiques, Agyre a connu une première expérience, qui forme désormais son socle. En effet, le projet d’immeuble démonstrateur Le Onze a vu le jour en Centre-Val de Loire, à Chartres. La construction d’un collectif de 12 logements s’est articulée autour de deux grandes priorités : l’écologie industrielle et l’intégration de granulats recyclés, par l’entreprise locale Granudem. Porté par le promoteur Procivis28, ce collectif de logements a été livré il y a quelques semaines. A partir de cet exemple, Agyre souhaite cartographier les territoires, les ressources et les compétences afin de créer des fiches sur les retours d’expérience et les dupliquer. Le démarrage a eu lieu dans une zone identifiée, la région Centre-Val de Loire, pour ensuite élargir et essaimer vers d’autres régions françaises. L’ancrage local, à Chartres, est cohérent avec la notion de circuits courts et de travail à l’échelle des territoires, souligne le directeur d’Agyre.

Granudem, entreprise de recyclage de granulats près de Chartres.

Fort de cette première labellisation, le promoteur a été rapidement demandeur pour reconduire cette démarche sur un plus grand périmètre avec un projet de 36 logements. La résidence Olympi à Chartres de Pierres & Territoires, est une opération pilote fondée sur les principes de l’économie circulaire et de la construction numérique. Elle bénéficie notamment du concours de l’Union Sociale pour l’Habitat. Livré fin 2022, cet immeuble intégrera en plus la réversibilité de l’ouvrage ou le process BIM. « En croisant les informations sur les ressources et les compétences locales relatives par exemple aux circuits courts sur les matériaux, ou aux usages des biens (évolution du bâti dans le temps), on peut dupliquer les expériences. C’est ce qui est prévu avec Olympi : anticiper la surélévation du bâtiment, favoriser une séparation des éléments pendant la durée de vie du bâtiment, et en fin de vie contribuer au réemploi et au recyclage des matériaux », explique Stéphane Le Guirriec. Outre l’intégration d’outils numériques en amont de la construction, Agyre aidera à promouvoir le chantier zéro déchet et le chantier propre en milieu urbain : « nous devons garder à l’esprit de travailler dans le rayon géographique le plus efficient possible, avec la prise en compte des ressources accessibles et générées localement, ajoute Stéphane Le Guirriec. Nous allons répondre aux appels d’offres des collectivités territoriales comme celui de Dunkerque pour la déconstruction de logements sociaux et la réutilisation/valorisation des déchets dans les nouveaux ouvrages, et étendre notre champ d’actions à la végétalisation, au biomimétisme, à l’usage des biens, ou à l’évolutivité des bâtiments. Cerise sur le gâteau et source de motivation, ces opérations démontrent de surcroît qu’il est possible de faire de l’économie circulaire à coûts équivalents ».

Crédits : Agyre

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