Réduire le gaspillage des matériaux du bâtiment et les proposer à prix réduit pour les rendre accessibles à tous. Tel est l’objectif d’Articonnex, créée en 2020. Avec l’installation d’un entrepôt-magasin par an dans le grand Ouest, l’entreprise bretonne maille son territoire en promouvant le réemploi. Le partenariat signé en janvier 2024 avec l’assureur Allianz devrait booster ce marché encore frileux.
L’histoire du premier réseau de distribution de matériaux de la seconde chance trouve ses origines au sein de l’atelier de menuiserie de Jean-Clair Le Floc’h. Il y a une dizaine d’années, ce dernier constate dans son activité que beaucoup de matériaux en parfait état sont envoyés à la benne : erreurs de commande, surplus de chantier, produits déclassés ou fins de série. Ainsi, dans leurs process industriels, les fabricants génèrent 1 à 2 % de matériaux dit « déclassés » qui sont exclus des circuits de distribution traditionnels (négoces, magasins de bricolage). Pour éviter un tel gaspillage de matières premières et d’argent, Jean-Clair Le Floc’h s’associe à Emmanuel et Raphael Morel pour racheter ces matériaux auprès de fabricants, d’artisans ou d’opérateurs de collecte, et les revendre en l’état à prix réduit.
L’initiative donne naissance à l’entreprise Articonnex en 2020. Depuis quatre ans, cette alternative à la benne sauve principalement des matériaux en bois (OSB, contreplaqué, parquet, bardage, terrasse, tasseaux), mais aussi des équipements sanitaires et de la quincaillerie. Le concept mis en place par Articonnex s’adresse aussi bien aux professionnels qu’aux particuliers. Le principe est simple : vendre des matériaux déclassés ou destockés en provenance de grands fabricants locaux tels que Foussier, ou Cedeo (filiale de Saint-Gobain) ou bien d’usines de production d’OSB et de contreplaqué en France. Parmi ses partenaires, figurent également Giboire, Tri’n’collect, Charier et des démolisseurs qui cherchent un exutoire moins onéreux que l’enfouissement. Pour les acheteurs professionnels ou particuliers, cela représente une nouvelle source de matériaux de qualité professionnelle à des prix imbattables, de 30 à 70 % inférieurs aux produits neufs. L’équipe d’Articonnex accepte aussi de se déplacer jusqu’en Ile-de-France après un diagnostic préalable sur chantier, pour collecter des produits issus de dépose. Pour éviter une empreinte carbone et des frais de transport trop importants, les enlèvements sont réalisés par camions complets.
Sept magasins à fin 2024

Comme de nombreuses autres structures du secteur, Articonnex ne possédait au départ qu’une market place en ligne, mais a vite basculé vers le déploiement de plateformes physiques où les produits sont entreposés et vendus directement aux clients. Depuis trois ans, l’entreprise ouvre des magasins-entrepôts dans le Grand Ouest à un rythme soutenu. A ce jour, ce sont cinq plateformes désormais accessibles. Après un premier site à Orvault (Nantes-Ouest) en 2021, 350 tonnes de matériaux ont été vendues, dont 150 tonnes remises dans le circuit. Un an plus tard, un deuxième magasin a été installé à Sainte-Luce-sur-Loire (Nantes-Est). Cet espace de vente accueille notamment d’autres catégories de matériaux comme les bardages, sanitaires, terrasses, etc. Un troisième site a enchaîné à l’automne 2022 à Vannes (Morbihan). Résultat en 2022 : près de 1 500 tonnes de matériaux vendues, dont 450 tonnes détournées de la benne. Depuis, l’extension de l’activité se poursuit. Les clients viennent nombreux de Bretagne (Finistère, Côte d’Armor…). « La demande importante traduit un réel besoin des particuliers et des professionnels et Articonnex s’affirme comme une solution circulaire et durable », confirme Emmanuel Morel. En Bretagne, l’approvisionnement en matériaux et au meilleur prix est parfois rendue complexe. La présence de nombreuses actions autour du réemploi et de l’économie circulaire dans cette région témoigne d’un besoin grandissant aussi bien de la part des professionnels du bâtiment que des particuliers bricoleurs.
L’année 2023 s’est achevée avec la création d’un quatrième magasin de 2000 m² près de Rennes alors que 2024 a démarré sur les chapeaux de roues en inaugurant son cinquième entrepôt à côté d’Angers. Emmanuel Morel envisage deux autres implantations d’ici à la fin d’année dans le Grand Ouest, dont un site probablement autour de Bordeaux. Le foncier reste le nerf de la guerre pour leur modèle économique. Articonnex recherche toutes les opportunités autour des grandes agglomérations pour s’installer. Cela représente en moyenne pour l’entreprise un loyer annuel de 100 000 euros. « Nous devons avoir la trésorerie qui va avec, mais ce choix n’est pas anodin : la plateforme physique est la seule solution pour capter et massifier les gisements, et attirer les clients, bien souvent des professionnels du bâtiment qui ne veulent pas perdre de temps dans leur déplacement ou leurs achats de matériaux » souligne le co-fondateur. Depuis le lancement de son premier entrepôt, Articonnex a remis en marché 6 000 tonnes de matériaux dont 1000 tonnes issus de chantiers de déconstruction.
Réemploi assuré

L’an dernier, un nouveau projet d’Articonnex a vu le jour avec Réemprod, à Grandchamps-les-Fontaines sur un site de 6000 m². C’est là, dans un bâtiment-atelier de 1200 m² que sont requalifiés et remis en état, des matériaux du bâtiment issus des chantiers de déconstruction : parquets, poutres, chevrons, tasseaux, lamellé-collé. Ce centre de logistique dédié au réemploi est équipé de machines à bois pour raboter, poncer ou scier des matériaux un peu abîmés. Le principe : éviter le gaspillage et donner une seconde vie à des matériaux qui auraient fini broyés en CSR ou enfouis. Réemprod s’inscrit dans un programme plus large d’étude d’impact. A travers son contrat à impact « économie circulaire » financé par l’Ademe à hauteur de 2,3 millions d’euros jusqu’en 2027, l’entreprise bretonne se fixe comme objectif de donner une seconde chance à 6000 tonnes de matériaux issus du réemploi et de créer une trentaine d’emplois. « Cela sera accompagné d’ici trois ans, d’une étude chiffrée sur les gains en carbone de notre activité » précise Emmanuel Morel.
Renforcé par le succès de ses cinq magasins et le développement du réemploi, Articonnex contribue aujourd’hui à lever les derniers freins assurantiels. L’entreprise a signé en début d’année, un partenariat avec l’assureur Allianz qui propose une garantie sur la responsabilité civile et la bonne tenue des produits. Le périmètre concerne désormais tous les produits proposés à la vente, y compris ceux issus de la déconstruction. Les matériaux déclassés, déstockés ou issus du réemploi bénéficient dorénavant d’une garantie d’un an, voire plus pour les produits de seconde vie. « En tant que distributeur indépendant, cela représente un formidable pas en avant et nous conforte sur la qualité de notre sourcing ainsi que la valeur ajoutée que nous apportons à travers Réemprod. Pour le secteur du bâtiment, c’est une avancée importante qui doit se poursuivre et favoriser la remise dans le circuit de matériaux non utilisés » insiste Emmanuel Morel. Pour rappel, chaque artisan se débarrasse en moyenne chaque année, de produits non utilisés d’une valeur de 4000 euros, et souvent mis au rebut. Ramené aux quelque 400 000 artisans du bâtiment en France, cela représente près de 2 milliards d’euros ainsi gaspillés, sans compter la perte de matières premières.
Crédit : Articonnex
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