La filière bâtiment file dans le train du réemploi. Après un démarrage laborieux, lié aux habitudes des uns et aux réticences des autres, plusieurs initiatives voient le jour en régions, mêlant tous les acteurs du secteur. Parmi les figures emblématiques de ce changement, Cycle Up vient d’ouvrir son second atelier de reconditionnement en partenariat avec Eiffage. Tandis que Federec, fédération des entreprises du recyclage, s’ouvre aux métiers du réemploi avec le groupe immobilier Action Logement.
En octobre 2023, Cycle Up lançait la première édition de sa Grande Boucle du Réemploi, une tournée régionale avec un camion aménagé de matériaux de réemploi, à la rencontre des acteurs du bâtiment et de l’économie circulaire. L’événement s’est déroulé en Bretagne. « sur ce territoire engagé dans l’économie circulaire, nous avons pu toucher des artisans et entreprises peu digitalisées pour les sensibiliser au réemploi. C’est un bilan positif sur le plan qualitatif et quantitatif, car cette expérimentation a permis de rencontre de nombreux acteurs locaux » pointe Linda Chanussot, directrice marketing et communication chez Cycle Up. Pour sa deuxième tournée 2024, l’entreprise mettra le cap sur la région Auvergne Rhône-Alpes du 1ᵉʳ au 5 juillet 2024, avec des escales à Lyon, Villeurbanne, Saint-Priest et Saint Etienne. Là aussi, le choix de cette région n’est pas un hasard. Cycle Up est déjà implantée à Rennes et à Lyon depuis 2021 avec des antennes de conseil et d’information. Cycle Up se donne pour mission de visiter et sensibiliser plusieurs chantiers, dont des bailleurs sociaux et deux Capeb. « Notre camion vitrine aménagé mettra en avant notre savoir-faire et nous ne manquerons de promouvoir dans ce contexte, notre nouvel atelier de reconditionnement de Rilleux-la-Pape (69) ».
Lancé en mars 2024, cet atelier de 360 m² accueille des matériaux de second oeuvre issus de chantiers de déconstruction (WC sur pieds, cuvettes suspendues, lavabos, urinoirs, receveurs de douche, ainsi que des chemins de câble). L’activité a démarré avec des équipements sanitaires en céramique ainsi que du chemin de câble. Premier objectif pour 2024 : remettre en état plus de 1 000 sanitaires (toutes références confondues) et plus de 1 600 mètres linéaires de chemin de câble. La création du site va permettre de récupérer des matériaux issus de la déconstruction en région Auvergne-Rhône Alpes, de les reconditionner puis de les vendre pour qu’ils soient remis en oeuvre sur des chantiers de la région. Cycle Up n’en est pas à son premier coup d’essai. Il y a presque un an, son premier atelier de reconditionnement d’équipements sanitaires a vu le jour à Noisy-le-Sec en partenariat avec Acorus.
Eiffage dans la boucle
Sur cette opération, Cycle Up embarque des partenaires professionnels du bâtiment comme Eiffage Construction, et Demcy, filiale d’Eiffage Génie Civil spécialisée dans les travaux de démolition et de désamiantage. Les deux entreprises ont mis en place des travaux de recherche pour réduire et optimiser l’usage de matières premières vierges (granulats, pétrole, métaux, etc.). Demcy apporte ses compétences, dont la déconstruction sélective. Il sera l’un des principaux pourvoyeur de gisements dans la région AuRA. Eiffage Construction apporte des connaissances en gestion de bâtiment, des prescriptions en matière de dépose sélective et l’intégration d’éléments de réemploi dans les projets de réhabilitation ou de neuf. En qualité de grand compte, il sera aussi client de Cycle Up sur ces produits. Les ventes d’équipements reconditionnés passent par différents canaux : la market place de Cycle Up, la voie directe pour les grands comptes après devis, et la distribution. C’est ainsi que Cycle Up vient de signer un partenariat avec le distributeur Discount-Négoce, basé à Uzer en Ardèche qui pourra proposer les produits reconditionnés de l’atelier lyonnais. Depuis fin janvier 2024, Cycle Up propose également des WC sur pied sous la marque « Cycle Up Reconditionné » dans plusieurs agences d’Ile-de-France de Cedeo. Tous ces produits sont garantis deux ans.
Filiales d’Eiffage engagées
En matière d’économie circulaire, les équipes d’Eiffage cherchent à optimiser l’utilisation de produits dès la phase d’études des projets. Cela passe par des partenariats avec des structures locales, des procédés de valorisation matière et du réemploi. Demcy formalisera sa politique de valorisation d’ici fin 2024. Dans des opérations de déconstruction-reconstruction comme celle d’une ZAC par exemple, Demcy propose des solutions pour massifier le réemploi des matériaux. À Nice, sur le chantier de déconstruction de l’Acropolis, démarré en avril 2023, Demcy a pu afficher des objectifs de valorisation des déchets supérieurs à 90 %, voire 100 % pour les aciers et le béton, après un diagnostic PEMD du site pour identifier les équipements et mobiliers à réemployer. Au total, fin 2023, la filiale est parvenue à faire du réemploi in situ dans un tiers de ses chantiers. Lors de certaines opérations de déconstruction, Eiffage Aménagement organise des plateformes et des boutiques éphémères avec des spécialistes du réemploi tels que Réavie, qui récupère produits et matériaux pour les revendre. Eiffage Aménagement l’a expérimenté en 2023 sur plusieurs chantiers à Châtenay-Malabry, Igny et Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), ainsi qu’à Montigny-lès-Metz (Moselle). Le reconditionnement est également pratiqué chez Eiffage Génie Civil. En 2023, trois tunneliers de la ligne 16 du Grand Paris Express ont été remis en état pour creuser le tunnel de la ligne C du métro de Toulouse (Haute-Garonne), d’une longueur de 8 416 kilomètres. Dans l’atelier de Thieux (Seine-et-Marne), l’équipe Matériels d’Eiffage Génie Civil démonte et révise intégralement les boucliers des tunneliers, et réutilise la plupart de leurs composants. Un travail d’évaluation du gain carbone est en cours.
Le reconditionnement à Rilleux, qui consiste à remettre à neuf les matériaux, prolonger leur durée de vie et leur faire bénéficier d’une garantie technique validée, a été confié à l’atelier chantier d’insertion ITEM du groupe ICARE. Celui-ci propose des missions de bâtiment second oeuvre sur divers chantiers de la métropole Lyonnaise : « notre rôle sera de mettre à profit notre expertise en matière de chantier d’insertion pour transformer des matériaux déconstruits en produits réutilisables de haute qualité. En plus de prolonger la durée de vie de ces matériaux, ITEM crée des emplois pour des personnes éloignées du marché du travail » assure Vincent Doyet, Directeur d’ITEM et du Groupe Coopératif INNOV. L’atelier travaillera au départ avec trois personnes en insertion, mais l’idée est bien de faire grimper les effectifs grâce à la promotion du reconditionnement et à la demande de donneurs d’ordre. Pour Cycle Up, ce n’est que le début d’une évolution lente mais inexorable. A moyen terme, l’entreprise envisage de développer d’autres filières sur les BAES (éclairage de sécurité), les produits électriques, le faux plancher, les équipements de chauffage avec de nouveaux partenaires experts dans ces domaines.
Les recycleurs prêts au réemploi
La fédération des entreprises du recyclage, Federec, veut élargir à son tour la palette de ses activités en intégrant des missions de réemploi dans la filière bâtiment. Cette évolution se concrétise sous la forme d’une convention signée avec le groupe Action Logement. A la tête d’un parc de 1,2 million de logements en France, cet acteur du logement social et intermédiaire construit plus de 30 000 logements par an. Le groupe est aussi amené à déconstruire et à réhabiliter son parc. C’est dans cette optique, qu’un bilan carbone réalisé en interne a permis d’identifier trois leviers d’action pour décarboner les activités immobilières du groupe : les émissions liées à l’exploitation des bâtiments dues aux consommations d’énergie, les émissions liées à la construction provenant majoritairement des matériaux utilisés pour la superstructure, les façades et la menuiserie et les émissions liées à la réhabilitation provenant des matériaux de rénovation. Cette démarche conduit aujourd’hui à une collaboration étroite avec Federec qui va s’articuler sur six axes : le recours aux réseaux de chaleur ; l’étude des modalités de soutien d’une filière française de pompes à chaleur intégrant des matériaux recyclés ; le renforcement du réemploi, à travers l’étude de la dépose préservante, de la construction intégrant des matériaux recyclés, ou d’autres expérimentations comme la mise en oeuvre de voirie à faible niveau sonore par intégration de granulats de pneus ; la valorisation de l’amiante issu des chantiers menés par les filiales immobilières d’Action Logement ; l’innovation, à travers l’identification de start-ups qui expérimenteront leurs solutions dans les filiales du groupe ; la mesure des emplois créés par le recours aux fournisseurs locaux et les montants en équivalents de tonnes carbone évitées pour tous les marchés. Ce partenariat sera tout d’abord expérimenté en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine et en Bourgogne-Franche-Comté.
Dans le cadre de ses projets de rénovation et de construction, Action Logement analysera les diagnostics PEMD, en s’appuyant sur le référentiel porté par Federec en vue du réemploi des matériaux. Les équipes de maîtrise d’ouvrage des filiales utilisant ces diagnostics seront accompagnées par Federec via sa formation. Il sera possible d’obtenir une certification à l’issue de cette formation enregistrée auprès du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). De son côté, Manuel Burnan, directeur général de Federec, envisage un état des lieu des chantiers d’Action Logement et espère faire émerger plusieurs indicateurs au cours des expérimentations : « historiquement, nous pratiquons déjà le réemploi dans l’automobile, le textile et la palette en bois. Le bâtiment représente un enjeu de taille pour notre branche. Nous devrons avant tout cerner ce qui est réaliste de faire sur le plan économique et trouver les personnes qui ont les compétences. Ces opérations de réemploi dans le bâtiment sont surtout le fruit d’un apprentissage collectif que nous allons mener progressivement ».
Un référentiel pour les structures en acier de réemploi
Le Centre Technique Industriel de la Construction Métallique (CTICM) a élaboré un référentiel pour favoriser le réemploi de matériaux en acier. Ces recommandations professionnelles permettent désormais de définir une procédure de requalification d’éléments structuraux en acier de réemploi assurant que les matériaux réemployés ont les mêmes propriétés essentielles qu’un matériau neuf. Ce référentiel est disponible gratuitement sur le site Internet du CTICM. Selon la NF EN 1090-2, il est possible d’utiliser des produits de structure en acier qui ne sont pas couverts par des normes européennes à condition que toutes les propriétés essentielles de ces produits soient définies et garanties. Ainsi, l’utilisation des produits de réemploi pour des applications structurales est possible dans le cadre normatif européen et français. Le référentiel définit les exigences techniques pour la traçabilité, le diagnostic, la déconstruction, la requalification, l’évaluation de la conformité et le contenu de l’attestation des performances pour les éléments structuraux de réemploi en acier. Il concerne deux cas de figure : un bâtiment démonté et remonté sur un nouveau site ou sur le même site pour un usage identique ou différent ; un bâtiment démonté où les éléments structuraux sont individuellement réemployés dans des structures différentes. Quelques composants en sont exclus : les éléments de structure en acier fabriqués avant 1970 ; les éléments de structure en aluminium, en acier inoxydable, en acier auto-patinable (ou Corten), en acier formés à froid ; les éléments de métallerie (escaliers, garde-corps, etc.) ; ou bien les éléments ayant été exposés à des rayonnements radioactifs.
Crédit : Cycle Up
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