Le réemploi industriel plutôt que la benne, c’est l’ambition de la plateforme Bluemarket lancée en mars sur le bassin rennais. A l’origine de ce projet d’écologie industrielle et territoriale, deux ingénieurs ont créé fin 2021 une place de marché réservée au réemploi de co-produits industriels. Objectif : mettre en relation les entreprises par bassin d’emplois et rayonner à l’échelle nationale d’ici fin 2023.
Réduire la production de déchets, allonger la durée de vie des produits, faire face à l’augmentation des prix des matières premières ou à leur pénurie. Ce sont les enjeux auxquels les entreprises françaises seront confrontées, à court et moyen terme, incitées par la réglementation, la compétitivité et la pression économique. Malgré les coûts de gestion élevés, de nombreuses entreprises continuent de transformer en déchets, leurs stocks dormants (appareils électriques ou électroniques, visserie, pièces mécaniques), des pièces déréférencées et de prototypage ou encore des matériels amortis. Il suffit simplement de les déposer dans la benne. Une pratique facile, rapide mais qui s’avère de plus en plus chère, sur le plan financier et écologique. Pour Arnaud Moulin et Guillaume Vailland, les deux fondateurs de la toute nouvelle place de marché web Bluemarket, ce gâchis a été un élément déclencheur qui a fait naître leur projet. Basés en Bretagne, les deux ingénieurs formés à l’Insa de Rennes ont décidé de quitter leur travail respectif dans l’industrie 4.0 et l’informatique pour créer leur start-up. Avec comme principale ambition : détourner de la benne DIB, les co-produits générés par les industriels.
35 % de déchets industriels réemployables

Pour en savoir plus sur la pratique des entreprises de leur région, les deux ingénieurs ont mené une étude de marché avec l’Institut de Gestion de Rennes début 2021, montrant que sur le bassin rennais, chaque année, 35 % des déchets industriels jetés sont réemployables. Convaincus par leur démarche, ils ont intégré l’incubateur de start-ups Le Poool* à Rennes (une seconde antenne se trouve à Saint-Malo) pour suivre un accompagnement et une formation dans le cadre du programme StartMeUp. « Plusieurs raisons expliquent ce gaspillage et l’absence de réemploi, avance Arnaud Moulin. Les deux principales sont la méconnaissance de la valeur des co-produits et du coût global des déchets, et le manque de temps de la plupart des industriels, trop occupés à leur métier pour chercher des solutions simples et plus vertueuses ». Mais c’est en train de changer, assure-t-il après identification de 150 industriels sur le bassin rennais. Qu’elles soient PME de dix salariés ou grands groupes comme PSA ou la SCNF, les entreprises entrevoient deux intérêts essentiels au réemploi de leurs co-produits : la dimension économique et le volet RSE. Dans le premier cas, l’entreprise s’aperçoit que la valeur marchande des stocks dormants neufs ou des matériels à forte valeur d’usage devient inférieure à leur coût de gestion. Dans le second cas, les grandes entreprises poussées par la réglementation peaufinent leur image sur le plan social et environnemental. En privilégiant la revente pour réemploi ou le don à des écoles d’ingénieurs par exemple ou des fablab, les entreprises y gagnent en économie et en crédibilité environnementale. C’est à ce moment-là que Bluemarket intervient. « Nous voulons devenir un outil adapté à l’industrie en facilitant la mise en relation entre professionnels de manière efficace et rapide » souligne Arnaud Moulin. La société a été créée en février 2022.
Couverture nationale pour fin 2023
Après une inscription gratuite en quelques clics, l’entreprise détentrice de co-produits pose une annonce sur la plateforme avec descriptif, photo et prix indicatif. Elle pourra, moyennant abonnement, accéder à un tableau de bord complet de l’impact écologique issu de la vente de ses co-produits : coûts évités, CO2 non émis, km évités, volumes non stockés etc. Une première expérimentation a été lancée en janvier dernier sur l’agglomération rennaise avec le soutien d’une dizaine d’entreprises volontaires pour construire ensemble cette plateforme numérique. Des visites chez les utilisateurs sont également effectuées pour comprendre leurs besoins et réaliser le référencement des articles réemployables. En enrichissant les données au fur et au mesure, les procédures seront amenées à être plus rapides et les connexions entre acheteurs et produits recherchés plus pertinentes grâce à la mise en œuvre d’un algorithme d’analyse de données. Objectif : écourter au maximum le temps passé sur l’interface.
Les essais vont durer jusqu’à l’été 2022, le temps d’intégrer de nouvelles entreprises et de référencer un maximum de co-produits. Pour chaque transaction, une commission sera prélevée sur la vente par Bluemarket, à la charge de l’acheteur. D’autres services d’analyse de données, ou réservés aux groupes multi-sites devraient par la suite être proposés sur abonnement. « Nous réfléchissons également à ouvrir la plateforme à certains artisans et aux particuliers, en quête de produits de qualité industrielle, en bon état et moins chers que sur le marché du neuf » ajoute Arnaud Moulin. Pour se déployer, l’équipe de Bluemarket envisage de recruter deux alternants au service marketing. Si le calendrier est respecté, Bluemarket pourrait passer ensuite sur d’autres bassins industriels, à Nantes et en Vendée et couvrir le Grand Ouest d’ici à la fin de l’année. « En privilégiant des synergies industrielles de proximité, nous nous projetons d’ores et déjà sur 2023 pour intervenir sur de nouveaux territoires à fort potentiel comme le Grand Est, Toulouse et Lyon », espère Arnaud Moulin. Ce déploiement progressif devrait aboutir à une offre de services à l’échelle nationale fin 2023.
Au Marché Circulaire au service de l’EIT
Au service des entreprises technologiques innovantes d’Ille-et-Vilaine, le Poool met en lumière d’autres futurs acteurs de l’écologie industrielle et territoriale. La promotion StartMeUp a également accompagné en 2021, un projet de plateforme de référencement et d’animation intitulé Au Marché Circulaire. Porté par Alexandre Carron, ancien architecte solution cloud chez Orange Business Services, il s’inscrit dans une démarche de synergie locale entre entreprises et collectivités. A la différence de Bluemarket, cet outil s’attaque également aux chutes et rebuts de production susceptibles d’intéresser d’autres entreprises. Au Marché Circulaire vise à recenser et référencer un maximum de produits et flux sur des territoires, animés par des collectivités locales. Aujourd’hui, l’interface accompagne la Communauté de Communes de l’Oust à Brocéliande dans le Morbihan.

« Notre outil va servir à répertorier les matières et ressources générées par les industries locales et permettre à d’autres entreprises (PME ou structures de l’ESS) de reprendre ces flux gratuitement ou de les racheter », souligne Alexandre Carron qui veut faire de la start-up, une société à mission, en intégrant dans la boucle l’économie sociale et solidaire. L’accès à la plateforme Au Marché Circulaire sera possible sur abonnement pour les collectivités. Une commission sera également prélevée lors des transactions entre entreprises. Par ailleurs, les utilisateurs de cet outil pourront consulter des tableaux de bord complets, pour valoriser l’impact écologique et le CO2 économisé. La plateforme, en cours de développement, sera opérationnelle d’ici mai prochain. Des contacts ont été pris avec des industriels pour enregistrer les premiers gisements de matières disponibles. Le fondateur de Au Marché Circulaire se fixe pour l’instant de bien mailler la région Bretagne, avant d’élargir son périmètre.
* Le Poool est membre RETIS et fondateur du réseau 7TB (sept technopoles de l’innovation en Bretagne). Il compte plus de 350 adhérents, accompagne 150 entreprises et organise plus de 100 événements chaque année. L’association bénéficie des soutiens financiers de l’UE, de la région Bretagne, de Rennes Métropole et de Saint-Malo Agglomération.
Crédits : Bluemarket, Au Marché Circulaire
A lire aussi :
iNex Circular utilise l’open data pour servir l’écologie industrielle
PIICTO, vitrine d’écologie industrielle pour l’Europe du Sud
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »