Les polymères sont présents partout, sous différentes formes et multiples usages. A la fois plébiscités et dénigrés, les plastiques polluent parce qu’ils sont jetés là où ils ne devraient pas. A tel point que la réglementation européenne a choisi d’en limiter l’utilisation, car insuffisamment recyclés. Né il y a un an de la fusion de plusieurs organisations françaises de la plasturgie, Polyvia vient de publier son Livre blanc. Objectif : casser les préjugés et engager la filière dans une démarche de décarbonation et d’économie circulaire.
A quelques semaines de l’élection présidentielle française, les plasturgistes s’activent. Pas question de laisser passer l’occasion de promouvoir leur activité et leurs matières. Après plusieurs mois d’hostilité à l’égard des plastiques, les transformateurs souhaitent dépassionner le débat en apportant des éléments objectifs sur les usages des polymères et leur impact sur l’environnement. Fruit d’un travail collectif qui a rassemblé spécialistes de la plasturgie mais aussi, experts institutionnels et scientifiques, un Livre blanc vient d’être publié dans cette optique. « Nous voulions faire un état de l’art et réaliser une synthèse des études scientifiques menées sur les plastiques, indique Emmanuelle Perdrix, présidente de Polyvia. Nous nous adossons à des chiffres clés et à des travaux irréfutables sur les qualités fonctionnelles des plastiques et leur impact carbone ». Sans vouloir défendre le plastique à tout prix, l’organisation professionnelle souhaite plus que jamais dans ce contexte, assumer les limites de certaines applications, tout en remettant au cœur des enjeux, la création de valeur liée à l’utilisation des polymères : protection, sécurité sanitaire, lutte contre le gaspillage alimentaire. Les plasturgistes n’en sont pas encore à faire leur mea culpa, mais admettent toutefois aujourd’hui, que l’emploi du plastique rencontre ses limites dans certains produits à usage unique. Même si là aussi, une définition plus précise mériterait d’être fournie, indique la présidente de Polyvia.
Outil pédagogique et mise au point

Le Livre blanc aura pour vocation d’être un outil d’information à destination des entreprises de la transformation et de leurs salariés, mais aussi des pouvoirs publics (ministère de l’Ecologie), des députés, des ONG, des acteurs économiques (Medef, France Industrie) et bien sûr des candidats à l’élection présidentielle. Avec comme principale ambition de combattre plusieurs idées reçues : « oui, le plastique peut être source de pollution, parce que pas ou mal collecté, mais son impact environnemental sur l’ensemble de son cycle de vie présente quelques longueurs d’avance par rapport à d’autres matériaux. Le fait de vouloir coûte que coûte le remplacer par des matériaux alternatifs, ne résout pas le problème, voire même l’aggrave » souligne le rapport. Et de prendre comme exemple, chiffres et ACV à l’appui, les emballages en papier, en verre, ou les objets en bambou. « Aujourd’hui, la réglementation est beaucoup plus stricte et contraignante sur les plastiques que sur des matériaux soi-disant écologiques, alors que la réalité montre une empreinte carbone plus importante sur ces derniers » déplore la présidente de Polyvia. Résultat : les substituts en bambou, et autres matières biosourcées sont automatiquement incinérés, car non recyclables. « Un polymère biosourcé n’a pas nécessairement un meilleur impact environnemental qu’un polymère pétrosourcé. D’où l’intérêt de procéder en amont à des études d’impact d’ACV et d’adopter une démarche d’éco-conception », avance Eric Pollet, l’un des contributeurs au Livre blanc, et maître de conférence à l’université de Strasbourg.
Huit engagements pour décarboner
En tout état de cause, la profession ne peut que déplorer le taux de recyclage des plastiques encore très faible en France, qui affiche 28 %, alors que 25 % sont toujours mis en décharge. Tandis qu’à l’échelle mondiale, l’OCDE vient de publier un rapport accablant sur la pollution des plastiques liée au fait que seuls 9% des déchets plastiques sont recyclés (données 2019). C’est pourquoi, Polyvia a décidé de s’engager sur huit thématiques en lien avec la décarbonation de cette industrie et en faveur de l’économie circulaire. Parmi les actions phares préconisées, figure le doublement de matière recyclée dans les nouveaux produits, pour atteindre un million de tonnes en 2025. A l’échelle européenne, l’objectif vise dix millions de tonnes. Aujourd’hui, seulement 600 000 tonnes de matières plastiques recyclées sont incorporées dans de nouvelles applications industrielles en France. Les enjeux sont considérables, souligne Emmanuelle Perdrix, en particulier pour le recyclage dans des produits à contact alimentaire. La profession compte sur la généralisation des dispositifs Orplast et du label MORE pour inciter à intégrer plus de plastique recyclé. Dans ce contexte, il faut que tout le monde joue le jeu et que le prix d’achat ne devienne plus le seul critère de choix. Si aujourd’hui, la pénurie de l’offre et l’augmentation des cours des résines vierges sont favorables aux plastiques recyclés, une plus forte demande pourrait entraîner une hausse des prix de ces matières. « Nous devons convaincre les consommateurs industriels de plastique recyclé, que leur choix va surtout permettre d’éviter des émissions de CO2, du transport et de l’extraction de matière » ajoute Emmanuelle Perdrix.
Un incubateur de start-ups
Inciter les industriels de la plasturgie et des composites à proposer systématiquement à leurs donneurs d’ordre, des produits éco-conçus va dans ce sens. Pour y parvenir, Polyvia s’engage à la mise en place d’un label Green Concept, qui sera délivré par IPC (centre technique et industriel des plastiques et des composites). Celui-ci validera la conception d’un produit incluant des MPR et émettant moins de CO2. Par ailleurs, un Prix de l’upcycling sera créé en 2023 pour récompenser des procédés de recyclage qui garantissent des spécifications et des usages de la matière recyclée identiques à ceux de la matière vierge. En parallèle, l’organisation professionnelle veut outiller les transformateurs de polymères pour mesurer l’impact de leurs produits, grâce à un dispositif de calcul comparatif des émissions de CO2. Parmi les autres actions proposées, Polyvia entend soutenir toute initiative en faveur du geste de tri et promouvoir en particulier le principe de la consigne. Il est en outre envisagé de créer un incubateur piloté par IPC pour accompagner les start-ups les plus innovantes dans les secteurs du recyclage et de l’éco-conception. La montée en compétences et la formation des jeunes font également partie des enjeux pour ce marché. La mauvaise image des plastiques n’attire pas les jeunes dans notre secteur, déplorent de nombreux transformateurs. Des aides aux TPE et PME sur les territoires sont prévues, avec notamment des programmes de formation continue. L’objectif pour cette industrie est d’intégrer plus de jeunes en apprentissage et atteindre 4000 apprentis dans la filière en 2025. Enfin, la décarbonation de la filière devrait se renforcer, par l’installation de process de production moins énergivores et utilisant toujours plus d’énergies vertes. Selon Marc Berthou, chercheur expert Energie dans l’industrie chez EDF R&D, les transformateurs de plastiques sont déjà très électrophiles, avec une consommation énergétique essentiellement d’origine électrique (et donc nucléaire).
En matière d’économie circulaire, les transformateurs restent toutefois réticents aux pratiques du vrac qui tend, bien que partiellement, à réduire la consommation d’emballages. Ils sont également vigilants face au développement du recyclage chimique, dont l’impact environnemental est loin d’être négligeable. Ils demeurent de ce point de vue, alliés des entreprises du recyclage et des régénérateurs, tels que défendus par Federec, fédération française des entreprises du recyclage. Au-delà des huit engagements présentés, le Livre blanc repose sur la publication de données annuelles. Chaque étape dans la décarbonation de la filière fera l’objet d’une documentation et d’un suivi qui sera rendu public.
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