En 2023, l’économie circulaire continue de se traduire sur le territoire. L’occasion de relater tout au long de l’année, des retours d’expériences aussi bien positifs que négatifs. Dans cette édition, on vous dit tout ou presque sur le bonus réparation, un mois après son lancement : les procédures à suivre pour le consommateur et sa mise en œuvre chez le professionnel de la réparation. A ce jour les artisans se sentent marginalisés et s’interrogent sur la pertinence du label QualiRepar et ses conditions d’obtention.
Lancé officiellement le 15 décembre 2022, le bonus réparation permet aux particuliers de bénéficier d’une réduction sur la remise en état d’un certain nombre d’appareils électriques et électroniques. Pour ce faire, les réparateurs doivent être certifiés QualiRepar. La procédure de labellisation des entreprises de la réparation a démarré en avril 2022. Pourtant, à fin décembre, seuls 378 professionnels étaient labellisés. Les conditions d’obtention semblent en réalité compliquées, onéreuses et pas toujours pertinentes. Laurent Chéron, artisan réparateur d’appareils de la maison à Caen, et élu à la Chambre des métiers et de l’artisanat de Normandie, en sait quelque chose. « Pour être certifiée, l’entreprise doit réaliser un audit qui ne contrôle que la qualité administrative (logiciel spécifique et mise à jour des Conditions Générales de Vente) et non les compétences du réparateur. Cela a en outre un coût non négligeable, car si cette opération est financée à 70 % par la REP DEEE, le changement du dispositif informatique lui-même peut atteindre jusqu’à 10 000 euros. Et reste à la charge de l’entreprise ».
C’est pourquoi, l’artisan normand préfère d’abord se mettre en conformité pour demander sa labellisation. Toute cette procédure prend du temps pour un petit indépendant qui n’est en outre pas sûr d’être remboursé par le fonds réparation, s’il ne présente pas une facture identique au modèle imposé par les éco-organismes. « Dès le départ, cette mesure est partie sur la mauvaise voie, regrette l’élu de la CMA. Les pouvoirs publics auraient dû procéder comme pour les vélos, à savoir, le consommateur avance l’argent et fait lui-même sa demande de remboursement. Ici, l’entreprise doit supporter la démarche, ce qui complique et augmente la tâche des indépendants ».
« Argent gaspillé »
A ce jour, la moitié des labellisations concerne non pas les techniciens réparateurs eux-mêmes mais des acteurs de la réparation tels que des distributeurs. A commencer par les 170 magasins de Boulanger, soit 50 % des structures labellisées. Ceux pour qui la réparation n’est pas leur fonds de commerce ont tout intérêt à se faire labelliser, déplore Joël Couret, délégué à la promotion de la réparation chez Fedelec (Fédération Nationale des Professionnels Indépendants de l’Electricité et de l’Electronique) : « dès l’origine, avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, et en tant que représentants des PME de la réparation, nous avons été écartés des travaux sur l’élaboration du référentiel QualiRepar. Tout semble mis en œuvre pour au final privilégier le fabricant et le distributeur qui vont réparer des produits tout en incitant à de l’achat neuf. Alors que le réparateur n’a rien d’autre à vendre que du dépannage ».
Pour Fedelec, les 400 millions d’euros consacrés au fonds réparation jusqu’en 2027 sont de l’argent gaspillé, car cela n’aidera pas véritablement le secteur de la réparation à se développer. Le système dans l’ensemble est coûteux, surtout pour les micro-entreprises et lourd à porter sur le plan administratif, déplore Joël Couret qui juge sa mise en œuvre, totalement inadaptée. Et de prendre exemple : « alors que 70 % des entreprises de la réparation sont des PME, nous avons été consultés au dernier moment, pendant l’été 2022 sur un référentiel finalisé qui de toute façon, était déjà signé par les organismes certificateurs. Il ne pouvait donc plus être modifié ». L’objectif des 10 000 réparateurs labellisés QualiRepar, fixé par le ministère de l’Ecologie d’ici 2027, paraît encore bien loin. Tout comme l’équilibre entre artisans réparateurs et distributeurs non techniciens.
Changement de batteries avec et sans bonus

Si le remplacement d’une batterie d’un téléphone mobile bénéficie du bonus, celui d’un ordinateur portable ne l’est pas. Toutefois, cette mesure devrait évoluer dans le temps. Ainsi, le changement des écrans de téléphones, qui arrive en tête des réparations à ce jour, pourrait à terme bénéficier d’une réduction. Chez les réparateurs agréés, l’heure est toujours au rodage. Dans une boutique certifiée QualiRepar, spécialisée dans le reconditionnement de smartphones, nous avons déposé notre Iphone pour changer la batterie en bout de course. Le téléphone a cinq ans d’âge. Avant l’opération, le vendeur a dû établir un devis et s’assurer qu’il possède la batterie correspondant au modèle concerné. Après signature du devis, le vendeur a entré toutes nos coordonnées dans son fichier. Cette étape a pris plusieurs minutes. Une fois le traitement administratif effectué, le téléphone est parti en atelier. Durée de l’opération : une dizaine de minutes. Coût total de l’opération : 14,90 euros, après bonus de 25 euros pour une batterie, garantie un an. Petite précision : la batterie insérée dans l’Iphone est une batterie compatible à 39,90 euros. La batterie constructeur indisponible le jour de la réparation, coûte 70 euros, presque le double du prix de la pièce détachée compatible.
Quelques jours plus tard, rendez-vous est pris pour une réparation d’ordinateur portable, cette fois-ci directement chez le constructeur Apple, dans l’une des trois boutiques parisiennes. De grands espaces lumineux décorés de boiseries claires mettent en valeur les appareils dernier cri. Les clients sont accueillis avec juste ce qu’il faut de « coolitude ». Les collaborateurs de la marque les appellent par leur prénom. C’est dire ! Quand on vient chez Apple pour un changement de batterie d’ordinateur portable, après avoir pris rendez-vous, l’opérateur évalue tout d’abord l’appareil, pour voir s’il n’y a pas d’autres problèmes techniques. Il vérifie ensuite la disponibilité de la pièce. Pour notre ordinateur, la batterie disponible a pu être réservée immédiatement. Mais il a fallu revenir le lendemain pour déposer l’ordinateur, sans savoir précisément, quand nous pourrions le récupérer. Finalement deux jours après, l’appareil doté de sa nouvelle batterie était fin prêt. Coût total de l’opération : 229 euros et une batterie garantie trois mois (ndlr. seulement ?). Pas de bonus chez Apple, pour le moment. Une labellisation QualiRepar arrivera-t-elle toutefois à compenser l’augmentation significative du prix de ses pièces détachées, prévue en mars 2023 ? Rien n’est moins sûr.
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