Drees & Sommer : quand l’immobilier s’engage dans le Cradle-to-Cradle

Le groupe allemand Drees & Sommer accompagne depuis 50 ans ses clients professionnels dans leurs projets immobiliers. Spécialiste en conseil, conception et réalisation de bureaux, d’hébergement hôtelier et de bâtiments industriels, l’entreprise associe dans sa démarche de plus en plus de critères écologiques aux contraintes économiques existantes. Exemple en Allemagne avec la construction d’une plateforme logistique pour 2023, conçue selon le principe du Cradle-to-Cradle.

Un nouveau centre de distribution au service du fabricant américain de jeans Levis verra le jour en 2023, à Dorsten dans la région de la Ruhr, sur un site minier reconverti. Ce site logistique dimensionné pour le marché européen bénéficiera d’un bâtiment de 70 000 m². Le projet a été confié à Drees & Sommer, spécialiste en conseil et en aménagement d’immobilier professionnel. Le chantier a comme particularité de reposer sur le principe du Cradle-to-Cradle (C2C). Relevant des principes de l’économie circulaire, la conservation des ressources et la réduction de déchets, ce concept s’attache au maintien de la qualité des matières premières lors des différents cycles de vie d’un produit. En d’autres termes, tous les matériaux utilisés seront répertoriés et enregistrés dans une base de données afin de pouvoir, à la fin du cycle de vie de la plateforme, constituer de nouvelles ressources. Le site industriel est donc conçu et développé selon un procédé qui permettra, à terme, son désassemblage.

La marque américaine équipera le centre logistique d’installations automatisées à très forte valeur ajoutée. Celles-ci pourront s’adapter aux variations de la demande et gérer des flux annuels estimés, à terme, à 55 millions de produits. Des camions électriques achemineront par ailleurs les marchandises jusqu’au port de Duisbourg, proche du site. Pour ce bâtiment, Drees & Sommer vise l’obtention de la certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), niveau Platinum. Cette certification écologique pour les bâtiments a été initiée aux Etats-Unis en 2000. Elle garantit qu’un bâtiment ou une habitation a été conçu et construit à l’aide de stratégies visant à atteindre une performance élevée dans des domaines de la santé et de l’environnement : l’emplacement et le transport, l’aménagement écologique du site, les économies d’eau, l’efficacité énergétique, la sélection des matériaux et la qualité de l’environnement intérieur.

Les industriels sont prêts

 

Outre sa conception basée sur la préservation des ressources, le centre logistique disposera de plusieurs espaces verts, etaccueillera un jardin en toiture pour attirer la biodiversité et collecter les eaux de pluies. Tout est réunit ici pour ériger un bâtiment industriel entièrement circulaire : une friche industrielle reconvertie, un bâtiment à forte valeur technologique, un projet respectueux de l’environnement, ainsi que la constitution d’une banque de matériaux pour l’avenir, souligne Jean-Marc Guillen, gérant de Drees & Sommer France, créée en 2013 : « la crise sanitaire a rebattu les cartes, délaissant les domaines de l’hôtellerie et de l’aviation au profit des data center et de la logistique ». Dans le milieu industriel, les constructions sont relativement simples à réaliser : bâtiments d’usine, hangars de stockage, centres de logistique etc. Dès lors que les freins techniques ou économiques sont levés, un chantier peut démarrer rapidement. Pour Drees & Sommer, ces mutations et prise de conscience représentent désormais un défi : celui de répondre à de nouveaux besoins et d’assurer un approvisionnement optimal en matériaux décarbonés, ou en technologies innovantes.

jean-Marc Guillen

Que ce soit en Allemagne, au Benelux ou en France, les collaborateurs de Drees & Sommer constatent une évolution de la demande des clients pour lesquels la démarche circulaire devient un élément important du cahier des charges. « Nous sommes de plus en plus sollicités dans ce sens, signe d’un engagement d’entreprise, mais bien souvent nos donneurs d’ordre ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils souhaitent sur le plan environnemental. Ils posent une idée, à nous de la traduire au niveau de la durabilité, de l’éco-design et de la préservation des ressources, tout en proposant un projet qui tient la route financièrement » souligne Jean-Marc Guillen. Aujourd’hui les projets associant l’économie circulaire émergent, sous la pression des maîtres d’ouvrage et de la réglementation. « Depuis deux ans, le marché doit respecter des normes environnementales plus incitatives, où chaque chantier est soumis à des études d’impact carbone, et des diagnostics ressources » observe le gérant français de Drees & Sommer. Cela conduit désormais à des situations comme à Toulouse où le propriétaire d’un immeuble a été contraint par son futur locataire professionnel de réaménager ses bureaux en intégrant plus de circularité. En France, Drees & Sommer travaille en partenariat avec l’association CircoLab dont l’objectif est de développer l’économie circulaire dans l’immobilier et la construction ainsi que la plateforme Cycle-Up, spécialisée dans le réemploi des matériaux.

Certification C2C

 

Dans ce changement de modèle, les grands comptes deviennent souvent moteurs. C’est le cas du groupe Vinci engagé également dans une démarche Cradle-to-Cradle pour la réalisation de son nouveau siège social à Paris La Défense. Lors de son lancement en 2017, Drees & Sommer est intervenu auprès de l’entreprise pour la conseiller sur la mise œuvre d’une construction plus circulaire, en lien avec l’économie de ressources matières et énergétiques. Après trois ans et demi de travaux menés par Vinci Construction France, Vinci Energies et Vinci Immobilier, le siège social formé par cinq bâtiments de 75 500 m², s’apprête à ouvrir ses portes. Composé de bureaux, de commerces et imbriqué à la nouvelle gare Eole, l’Archipel, nom donné à cet ensemble, accueillera quelque 4000 collaborateurs du groupe, disséminés sur différents sites jusqu’à présent.

Répondant à une logique vertueuse d’économie circulaire, le site a permis l’emploi de béton recyclé dans des éléments structurels du 8e et dernier étage d’un des bâtiments. Particularité de ce béton, il intègre 50 % de granulats provenant de la démolition d’ouvrages en béton, soit un taux deux fois supérieur aux normes en vigueur. Construit comme un démonstrateur de savoir-faire et certifié C2C, le nouveau QG de Vinci concentrera de nombreuses innovations au service du bâtiment durable. Grâce au passeport matériaux développé avec Drees & Sommer, Vinci a pu enregistrer toutes les ressources utilisées sur le chantier. Un calcul des taux de « réutilisabilité » par type de matériaux a été effectué pour favoriser le réemploi de 30 % du poids du bâtiment en cas de déconstruction. A cela s’ajoutent l’installation d’un dispositif de chauffage et de climatisation peu énergivore, des systèmes vertueux de récupération d’énergie et des espaces multi-usages repensés pour favoriser les échanges de services et de compétences.

Réemploi de matériaux

 

« Concrètement, nous constatons que la démolition sélective au service du réemploi de matériaux sur site revient le plus souvent, et bien souvent associée à la création d’une banque des matériaux », souligne Michael Moradiellos del Molino, directeur immobilier pour EPEA Benelux. Cet institut international de recherche de solutions circulaires a été fondé en 1987, par le créateur du concept Cradle-to-Cradle, Michael Braungart. EPEA conseille et audite tous types de produits, procédés ou secteurs pour les rendre plus circulaires, s’entourant d’experts en chimie, biologie, aménagement urbain et construction. C’est à ce titre qu’une collaboration a démarré avec Drees & Sommer en 2013. En 2019, les deux parties ont créé une filiale commune, EPEA, Part of Drees & Sommer. Objectif : intégrer le principe C2C dans l’ immobilier de tous les secteurs industriels.

Dans le cadre de ses activités, EPEA Benelux suit de près la nouvelle génération de projets immobiliers en Belgique. Souvent innovants et de grande envergure, ces chantiers sont de plus en plus nombreux à prendre le chemin du Cradle-to-Cradle. A l’image du projet ZIN, lancé fin 2017 par Befimmo qui porte sur le réaménagement des deux tours du complexe WTC dans le quartier Nord de Bruxelles. Objectif : réaliser sur 14 étages, 110 000 m² d’espaces multi-usages. A ce titre, les bâtiments existants ont été démolis afin de recycler quelque 30 000 tonnes de bétons dans la nouvelle construction. Les travaux doivent s’achever en 2023. Les bâtiments interconnectés seront multifonctionnels, réunissant des bureaux, des espaces de co-working, des appartements, ainsi que de l’hôtellerie, des espaces de loisirs, de la restauration et des boutiques. En Allemagne, l’intégration de paramètres circulaires dans le bâtiment semble déjà bien ancrée à travers la flexibilité, le multi-usage et la modularité des infrastructures. Outre la plateforme logistique de Dorsten, le nouveau siège social de Drees & Sommer à Stuttgart, OWP12, fait preuve d’innovation circulaire. Inauguré début décembre 2021, il intègre plusieurs solutions durables et circulaires tant au niveau de la consommation d’énergie (installation de panneaux photovoltaïques) que de la préservation des ressources. Les façades sont entièrement démontables, séparables et recyclables ; de même que les équipements intérieurs et la moquette. Une manière de créer sur son propre bâti, une vitrine des bonnes pratiques.

Le digital au service du bâti circulaire

Digital DeConstruction est un consortium de 14 partenaires européens, soutenu en France par GreenFlex, l’AREP, SNCF Gares & Connexions, Nobatek/INEF4 et Vilogia. Ce collectif participe à l’émergence de pratiques circulaires dans le bâtiment en se basant sur trois principes : « Réduire, Réutiliser, Recycler ». Cela implique : devenir plus efficace dans les usages de matériaux ; faire évoluer le mix matériaux de la construction vers des solutions moins carbonées ; reconsidérer une utilisation plus massive des matériaux géo et bio sourcés et réutiliser plus et mieux les matériaux issus de la déconstruction.

Pour appuyer ce changement, les acteurs de Digital DeConstruction prônent le déploiement des outils digitaux au service du réemploi. Un « Manifeste pour une (dé)construction circulaire »dresse un état des lieux des pratiques et des leviers nécessaires pour aller plus loin. « Si le numérique n’est pas un but en soi, il doit faire partie des outils à considérer et dont il faut qualifier le domaine d’utilité pour avancer sur notre trajectoire de progrès, au service de tous les professionnels de l’acte de construire et de déconstruire » explique Sebastien Delpont, directeur du programme Digital Deconstruction et Directeur associé chez GreenFlex. Quatre outils numériques ont déjà été testés et qualifiés : le scanner 3D de BIM-Y, un BIM (Modélisation des informations du bâtiment) réversible développé par GTB Lab, une base de données des matériaux intégrée CIRDAX et la technologie blockchain apportée par Blockmaterial. L’objectif : donner un éclairage aux différents professionnels de la construction et de la déconstruction de la pertinence et des coûts / bénéfices de différents outils pour maximiser le réemploi dans différents cas d’usages.

Crédit : Drees & Sommer

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