Ecoparc Rhénan : nouvelle démarche EIT à Strasbourg

Reconversion industrielle d’une ancienne raffinerie

Sur la zone d’activités de Reichstett, à 15 km au nord de Strasbourg, la raffinerie Pétroplus inaugurée en 1960 a fermé ses portes en 2011 et démantelée. A la place, on y trouve désormais des terres agricoles, une zone naturelle protégée et le futur Ecoparc Rhénan. Au cœur de ce projet de réhabilitation, l’Eurométropole de Strasbourg cherche à attirer de nouvelles entreprises. Une condition toutefois : s’impliquer dans une démarche d’écologie industrielle et territoriale.

Les expériences réussies d’écologie industrielle menées dans le Grand Est et en particulier sur le Port Autonome de Strasbourg en 2013 invitent la métropole à poursuivre sur sa lancée. Aux alentours de Strasbourg, les zones industrielles ne manquent pas. L’Eurométropole de Strasbourg (EMS) compte 85 parcs d’activités sur une superficie totale de 3400 hectares. Celle de Reichstett, au nord de Strasbourg s’étend sur quelque 500 hectares. Elle abritait notamment la raffinerie Pétroplus. Inaugurée dans les années 1960, cette raffinerie a fermé ses portes en 2011. Fin 2014, le fonds d’investissement et aménageur foncier Brownfields est sollicité par Pétroplus pour réhabiliter le site via des opérations de dépollution, désamiantage, et démolition. La partie stockage d’hydrocarbures est alors cédée au groupe Rubis, opérateur français dans le stockage et la distribution de produits pétroliers, qui poursuit ses activités sur environ 80 ha. Brownfields de son côté reprend les 450 ha restants. Dans ce lot, figurent les infrastructures de la raffinerie sur 80 ha environ, et deux autres terrains de 225 et de 145 hectares. Revendus à l’EMS, ceux-ci ont été transformés en terres agricoles et en zone naturelle protégée. La reconversion du site industriel proprement dit a été réalisée dans le cadre d’un partenariat public privé associant Brownfields, Caisse des Dépôts, l’Eurométropole de Strasbourg, la région Grand Est et l’Ademe pour un montant total de 8,4 millions d’euros.

Zone industrielle de Reichstett avant démantèlement de la raffinerie

Après deux ans de travaux, le terrain de l’ancienne raffinerie est désormais voué à à la création d’une nouvelle zone d’activités à usage industriel et logistique, avec comme particularité, l’approche écologique et la mise en place de synergies économiques, industrielles et sociales. D’où son nom : Ecoparc Rhénan. L’enjeu actuel pour l’aménageur est de finaliser la vente des parcelles et l’installation des entreprises. « Ce projet s’inscrit à 100 % dans le plan Climat et la feuille de route économie circulaire de Strasbourg » souligne Yasmine Slaoui, chargée de mission économie circulaire pour l’Eurométropole de Strasbourg. Pour sensibiliser les entreprises à cette démarche et les convaincre de s’engager dans des échanges de flux (matières, énergies) et de services, la ville a lancé un appel d’offres sur la direction de cette mission. La structure Initiatives Durables (ex-Idée Alsace) a été retenue. Pendant deux ans, le projet va se dérouler en cinq étapes : mise en œuvre des entretiens préalables ; mobilisation des entreprises et recherche de synergies ; concrétisation des synergies et animation des groupes de travail ; élaboration du plan de communication et des moyens nécessaires ; accompagnement dans les réflexions sur les modalités de pérennisation de la démarche.

Cartographier les synergies

 

Spécialisée dans le déploiement de démarches EIT dans le Grand Est, Initiatives Durables a fait appel, pour l’épauler, à l’entreprise Inex Circular. Reconnue à l’échelle nationale et européenne, la start-up, expérimentée dans la cartographie et l’évaluation des flux sur un territoire donné grâce à l’open data, commence tout juste à plancher sur le sujet. « Nous allons mettre notre outil à disposition de la ville de Strasbourg pour évaluer et identifier les principaux flux sur le plan quantitatif et qualitatif, explique Pierre Beuret, co-fondateur d’Inex. En cartographiant les entreprises et leurs ressources, nous allons ainsi faire ressortir les synergies potentielles. Cette première phase devrait durer jusqu’en avril prochain ». Dans un second temps, les premières animations vont permettre de traduire ces synergies dans la réalité. Ce sera le rôle d’Initiatives Durables d’organiser réunions et ateliers pour mobiliser les entreprises et les inviter à en discuter entre elles. Une fois les groupes de travail réunis, Inex reviendra avec son outil de cartographie pour vérifier et valider les vrais besoins à partir de l’adhésion des entreprises et des synergies créées. L’objectif aux termes de ces deux ans de préparation, est d’ancrer l’écologie industrielle sur le territoire de manière autonome et durable. Les synergies sur les flux matières et énergie sont au cœur du projet mais pas seulement. Strasbourg souhaite contribuer au déploiement de synergies économiques et sociales à travers des démarches de mutualisation d’espaces, de services (crèches, mobilité), et de mécénat de compétences.

L’Ecoparc Rhénan s’étend sur 80 ha. A côté, des terres agricoles de 225 ha et une zone naturelle protégée de 145 ha.

« Nous allons expliquer aux futures entreprises qui ont signé pour s’installer sur cet écoparc, que les relations avec d’autres entreprises sont bénéfiques pour tout le monde et qu’elles peuvent en tirer de nombreux intérêts sur le long terme. L’idée sera aussi de réfléchir sur l’élargissement de ces échanges avec d’autres secteurs comme la filière agricole et les zones d’activités alentours », souligne Yasmine Slaoui. A ce jour, l’écoparc accueille déjà 26 entreprises et en 2021, l’aménageur Brownfields en attend quatre ou cinq de plus. Avec à la clef, la création possible de 2000 emplois. Les secteurs représentés sont variés : distribution avec Auchan, logistique avec Hager, transport avec MAN, BTP avec GCM, Siehr, LCR et Actis, maintenance des réseaux d’assainissement avec Sater etc. En décembre 2020, le groupe Hager a réceptionné son tout nouvel entrepôt. Avec ses 27500 m² à la pointe de la technologie, l’entreprise va pouvoir centraliser toutes ses commandes à l’international. Ce site, le plus grand du groupe, lui permettra de passer de 30 à 300 commandes à l’heure afin de proposer une livraison sous 24 heures à ses clients. Le montant de l’investissement pour ce bâtiment qui va héberger 30 000 références et 100 collaborateurs est de 40 millions d’euros. Brownfields, maître d’ouvrage de l’opération, a confié sa réalisation à LCR, Les Constructeurs Réunis, qui accompagne également Brownfields sur d’autres projets de l’écoparc. La toiture sera notamment dotée de panneaux photovoltaïques pour assurer l’autoconsommation du bâtiment. Sur le site, Brownfields a également lancé une opération de renaturation en créant une zone humide de 10 hectares, en partenariat avec le CNRS et l’université de Haute-Alsace.

Une démarche CLES

 

Si l’Eurométropole de Strasbourg s’investit fortement dans ce projet, elle espère aussi prendre de la distance et donner plus d’autonomie à l’Ecoparc Rhénan lorsque les premières synergies d’entreprises seront mises en place. « Les entreprises seront gagnantes si elles s’impliquent vraiment dans la construction d’échanges durables, assure Yasmine Slaoui. Dans l’idéal, pour prendre le relais, la création d’une association d’entreprises sera privilégiée, moyennant une participation des entreprises du site et en fonction de leur chiffre d’affaires ». L’objectif de la ville et son territoire est de multiplier ainsi les démarches d’EIT,  garantes d’une activité pérenne sur son territoire. A l’image de celle réalisée avec succès sur le Port autonome de Strasbourg depuis 2013. D’avant-garde à l’échelle régionale, voire nationale, la démarche CLES (Coopérations locales et environnementales en synergies) optimise la gestion des ressources des industries de la zone portuaire de Strasbourg grâce à des synergies sur les matières, les déchets, l’énergie et les infrastructures. D’une superficie de 1000 hectares, cette zone accueille au total plus de 400 entreprises, ce qui représente quelque 8 000 emplois. Depuis plus de sept ans, plusieurs projets collectifs ont vu le jour grâce à l’implication de 26 entreprises (Tredis, Rubis Terminal, Biospringer, Auchan Retail, Soprema, Schroll, etc.).

Actuellement, une quinzaine de synergies sont actives comme par exemple la valorisation des papiers-cartons, la mutualisation d’une station de lavage et de maintenance de véhicules lourds, la valorisation énergétique des déchets de bois, la valorisation de terreau, de résidus organiques, de huisseries ou encore la récupération de toiles plastiques et la mutualisation de sessions de formations et d’une association sportive. Aux commandes de ce réseau d’entreprises engagées, l’association GUP (Groupement des usagers du port) fédère près de 90 entreprises de la zone portuaire. « Nous réalisons des audits chaque année sur les besoins potentiels de nos membres et organisons l’animation des réunions d’information avec Initiatives Durables », explique Stéphanie Treger, animatrice de l’association. Depuis le début de l’année, une nouvelle réflexion est en cours sur la production d’énergies renouvelables en lien avec la mobilité des salariés de la zone portuaire. Le financement de la démarche CLES est assuré actuellement à 50/50 par les partenaires publics (Eurométropole de Strasbourg et Port autonome) d’une part et par les cotisations des entreprises, d’autre part. De quoi assurer encore un temps, l’équilibre économique et la pérennité de la démarche.

Crédit : Brownfields, F.Zvardon

A lire aussi :

Pourquoi la France doit soutenir l’écologie industrielle et territoriale

L’écologie industrielle s’installe en Europe

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article