Eternity Systems : le laveur de contenants industriels passe aux emballages primaires

Site pilote et bancs d'essai d'endurance

La législation française en faveur des emballages réutilisables, de la consigne, du vrac et de la réduction des plastiques à usage unique va créer de nouvelles activités dans la logistique. Dans l’industrie, le réemploi de contenants est une pratique ancienne et rodée. Depuis 25 ans, Eternity Systems est l’un des spécialistes français du lavage de palettes et des caisses en plastique. Aujourd’hui, l’entreprise veut mettre son savoir-faire au service des emballages des consommateurs. Avec deux marchés cibles : la grande distribution et la restauration collective.

L’adage « Pour vivre heureux, vivons cachés » que suit depuis 25 ans, Eternity Systems, laveur de palettes et caisses industrielles en plastique, sera bientôt de l’histoire ancienne. L’entreprise française aux 100 millions d’euros de chiffre d’affaires travaille pour l’industrie de l’agro-alimentaire, l’automobile, la cosmétique. Chaque année, cela représente plus de 700 millions d’emballages lavés, sur 14 sites dont quatre en France. Soit un total de 75 lignes de lavage en activité pour 1200 salariés et sept centres de tri. Eternity Systems est présent également dans une quinzaine de pays. Spécialisée dans le lavage industriel des emballages secondaires et tertiaires, l’entreprise entame cet automne une diversification importante de ses marchés, en ajoutant les emballages individuels grand public (dits emballages primaires) à son activité.

L’engouement pour les emballages réutilisables, via la consigne et le vrac montre qu’en Europe le nombre de boutiques de vrac devrait augmenter de +87 % d’ici 2023. Au niveau mondial le World Economic Forum estime que le réemploi pourrait atteindre jusqu’à 70% de la consommation d’ici 2030. De son côté, la France a renforcé la législation pour accroître la réutilisation des emballages. Pour répondre à cette demande, l’entreprise a créé deux nouveaux pôles : IPS (Industrial Packaging Solutions), et CPS Consumer Packaging Solutions). Le premier concerne le lavage industriel de contenants secondaires et emballages tertiaires réemployables, utilisés dans la supply-chain tels que les palettes, dollys, trémies, silos, bacs, seaux. Le second est destiné au lavage industriel de contenants primaires (agro-alimentaire, cosmétique ou détergence) tels que les bouteilles, tupperwares, pots, bocaux, bacs gastronomes ou encore les gobelets, que ces emballages soient en verre, PP ou inox.

Moins d’eau et d’énergie consommée

 

Pour Eléonore Blondeau, New Project Manager et experte en économie circulaire du groupe, ce développement implique pour le groupe une réorganisation importante de son outil et plus de visibilité. S’accommodant jusqu’à présent de l’absence de publicité et de communication, l’entreprise française veut désormais montrer aux acteurs engagés dans le réemploi d’emballages, le vrac, la consigne, que son expertise dans le lavage de contenants industriels est synonyme de qualité et de productivité. Principal atout, une solution de nettoyage haut de gamme et de grande capacité : « notre outil industriel peut être dimensionné sur mesure pouvant aller jusqu’à l’automatisation complète de l’opération. Par ailleurs, une stratégie environnementale est intégrée dès la conception des sites ». Des stations de traitement d’eaux usées sont présentes sur chaque site de lavage avec un procédé en circuit fermé jusqu’au rinçage. Cela signifie qu’un litre d’eau est utilisé jusqu’à 300 fois. Autre avancée sur la consommation d’énergie, les systèmes de séchage ne recourent plus au soufflage mais à la centrifugation, ce qui permet de réduit de 40 % la consommation de gaz ou d’électricité.

Nous souhaiterions des Poolers dans chaque branche

« Comme nous le faisons depuis l’origine avec les Poolers de la palette, nous souhaitons rapidement coopérer avec de nouveaux acteurs, détenteurs de parcs d’emballages primaires comme Berny, GreenGo, Bocoloco, Loop, etc, mais aussi des collectivités engagées dans le zéro plastique et la recherche d’alternatives à l’usage unique » assure Eléonore Blondeau. Contrairement aux contenants industriels limités en matériaux et en formes, les emballages primaires utilisés par le consommateur lambda, présentent une très large variété de composants (plastique, verre, inox) et de produits (bouteilles, barquettes, pots, bocaux etc.). Pour répondre aux besoins de lavage de ces contenants, Eternity System envisage plusieurs investissements en plus des 5 % de chiffre d’affaires consacrés à la R&D, pour adapter ses installations en y ajoutant une salle propre. Un site pilote sera opérationnel dès septembre 2022 sur sa principale implantation dans l’Essonne, et sera capable de traiter les trois catégories d’emballages (primaires, secondaires et tertiaires).

Pour accompagner tous les acteurs de la chaîne (fabricants d’emballages, de systèmes de traçabilité et laboratoires d’analyses), Eternity Systems a mis en œuvre deux bancs de test d’endurance dans l’Essonne et dans les Pyrénées-orientales. L’objectif étant de reproduire en accéléré, les cycles de lavage industriels pour connaître leur résistance et le nombre de rotations possibles dans le temps. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un groupe de travail avec les fabricants, sur la conception des futurs emballages et leur traçabilité (étiquette RFID ou QR Code). Opérationnels depuis juin dernier, ceux-ci permettent d’étudier la compatibilité au lavage industriel (manutention, productivité, lavabilité, conditionnement…), les migrations, les déformations, les colorations, les impacts organoleptiques et sur les systèmes de fermeture (couvercle avec joint, thermoscellage ou thermocollage etc.).

Emballages standard

 

D’ici à cinq ans, Eternity Systems espère une installation de lavage par région en France : « nous envisageons de mailler le territoire rapidement pour être au plus près de la demande. La consigne et le réemploi d’emballages primaires émergent bien souvent au niveau local, à l’échelle d’une agglomération ou d’un département » explique Eléonore Blondeau. Sans oublier de nouvelles implantations en Europe. Dernières en date, celles en partenariat avec PSE, expert anglais dans la gestion des emballages réemployables (lavage, réparation, stockage) pour tous les secteurs (agroalimentaire, automobile, ou encore pharmaceutique). Ce rapprochement aboutit pour les deux entités à disposer d’un total de 16 centres de lavage industriel au niveau européen, tant pour les emballages industriels (caisses, bacs, palettes, silos, trémies…) que pour les contenants primaires (pots, bocaux, tupperwares, gobelets, bouteilles, bacs gastronomes…).

A ce jour, la France compte environ cinq acteurs dans le lavage d’emballages réutilisables. Reste un frein à lever, la conception des contenants. Pour faciliter leur traitement et leur transport, une réflexion autour de la standardisation des emballages est en cours. « Une coordination nationale et européenne faciliterait l’émergence de poolers dans chaque secteur d’une part, et la création d’une cinquantaine de standards d’emballages réutilisables d’autre part » avance Eléonore Blondeau. Si certains pays européens ont de l’avance sur le réemploi des bouteilles en verre comme l’Allemagne ou la Belgique, les incitations françaises via les lois AGEC, Egalim, Climat suscitent beaucoup de curiosité en Europe, selon la directrice : « nous nous sommes beaucoup inspirés au départ des pratiques allemandes sur la consigne du verre pour développer notre activité de lavage industriel, mais aujourd’hui, plusieurs acteurs de la filière outre-Rhin observent avec attention l’extension du réemploi et du lavage à d’autres contenants dans l’hexagone ». Une jolie manière de boucler la boucle.

Crédits : Eternity Systems

A lire aussi :

Emballages réutilisables : une centaine de projets en France

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article