Le marché français de la carte cadeau représente près de cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires et une croissance annuelle de 8 à 15 %. Particuliers et entreprises sont devenus friands de cette offre multi-enseignes et facile d’accès. Le produit évolue également en profondeur, misant sur des marques engagées. Depuis trois ans, la coopérative éthi’Kdo a choisi ce créneau qui répond à une forte attente sociale et environnementale.
Pour les entreprises millésime 2019, la crise Covid a été un test de viabilité puissance dix. Et pour certains, un tremplin inattendu. La naissance de la start-up coopérative éthi’Kdo s’inscrit dans ce contexte. Surfant sur la vague montante de la carte cadeau et du e-commerce, Séverin Prats choisit de tordre le cou à ce symbole de consommation matérielle sans frein. Non seulement, il transforme l’utilisateur de la carte cadeau en consommateur responsable, mais il réussit également à rassembler plus d’un millier d’enseignes de produits ou de services, jusqu’à présent éloignées de ce canal de vente. Label-Emmaüs, les ateliers Croix-Rouge, Rejoué, Terre Humanisme ou Croix-Rouge Insertion et e-graine, pour n’en citer que quelques unes. « Nous sommes partis du constat que plusieurs grands groupes avant la crise sanitaire s’investissaient de plus en plus dans des démarches RSE, recherchant également des partenariats pour défendre des causes écologiques et à forte valeur sociétale », évoque Séverin Prats.
700 entreprises clientes

Pour répondre à ces attentes, cet expert en évaluation environnementale a l’idée de proposer une nouvelle carte cadeau aux services RH des grands comptes. L’engouement est rapidement au rendez-vous et ne va surtout pas se tarir malgré le premier confinement de la pandémie. Destinées surtout aux cadeaux de fin d’année ou fidélité, les cartes utilisables en boutiques ou en ligne ont bénéficié de l’explosion du e-commerce et de la réactivité des enseignes. Aujourd’hui ce sont environ 700 entreprises clientes (TPE, PME, ETI) parmi lesquelles Airbus, Safran, Veolia, la Maif, La Poste, Kantar…, 50 000 clients particuliers, mais aussi des collectivités, des ministères, des centres hospitaliers (ministère de la Justice, Université de Nantes, …). Le secteur public est de plus en plus présent sur ce marché, autorisé à des dépenses sans appel d’offre lorsque le montant est inférieur à 10 000 euros. Parmi les administrations clientes, éthi’Kdo compte des grandes villes comme Paris, et vient de répondre à six marchés publics en prévision des fêtes de fin d’année. Le dossier est en cours. Les entreprises clientes de Séverin Prats dépensent en moyenne 70 euros par carte, tandis que le taux de fidélisation s’élève à 88 %. « Nous sommes seuls sur ce marché, embarquant dans l’aventure, des structures de l’ESS et des marques éco-responsables, qui n’avaient pas cette visibilité en dehors de leur cercle d’adeptes ». Une opération gagnante pour tous les acteurs de la chaîne, puisque la carte cadeau peut également contribuer à la réduction de l’empreinte carbone de l’entreprise cliente. Un reporting des émissions de CO2 évitées est proposée à toute entreprise cliente qui en fait la demande.
Achats immatériels
Certaines entreprises préfèrent également délaisser les goodies proposés à leurs clients et basculer vers notre offre, se réjouit Séverin Prats. Face à cette évolution des habitudes, éthi’Kdo fait évoluer son offre qui ne concerne plus seulement de l’achat matériel : « nous avons ouvert notre catalogue à d’autres formes de consommations tels que le don à des associations ou la prestation de service. Cela va passer par du troc, de la formation, de l’éco-geste, de l’hébergement, de la location ». A ce jour, éthi’Kdo propose environ trois millions de produits à travers plus de 1300 marques et 500 partenariats directs (boutiques physiques ou digitales et plateformes).
Le profil des achats se diversifie. Si la tendance porte davantage sur de l’alimentaire ou des cosmétiques bio ou éco-responsables, et des produits neufs en général (en matière recyclée, éthique, zéro déchet etc.), la seconde main très représentée dans le catalogue à travers les structures de l’ESS partenaires (Label-Emmaus, Recyc-livre, le réseau des ressourceries à Paris et des recycleries sportives, ou de jouets comme Rejoué) commence à décoller. Une priorité pour éthi’Kdo reste de mise : associer toujours une dimension sociale et solidaire, quel que soit le produit ou le service vendu. « Ce critère sociétal nous évite ainsi de soutenir des plateformes commerciales bien connues qui ne font que du business sur le marché de l’occasion », ajoute Séverin Prats. Dès la première année, les ventes ont rapidement décollé affichant trois millions d’euros. Pour la fin de l’année 2022, Séverin Prats vise d’ores et déjà les cinq millions d’euros. La coopérative emploie aujourd’hui dix huit salariés : « lorsque les CSE d’Orange, d’EDF ou de Safran font le choix de notre carte, je me dis que nous allons dans le bon sens. Notre objectif à l’horizon 2025 est de réorienter 25 millions d’euros vers l’ESS et la consommation responsable ». En attendant, d’autres projets à plus court terme se profilent, notamment son implantation dans les Dom-Tom et une incursion en Belgique pour accompagner une filiale d’un groupe français.
Crédit : éthi’Kdo
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