Kataba, eco-designer de mobilier, se tourne vers la fonctionnalité

De nouvelles valeurs mises en réseau

Le mobilier est le troisième facteur d’impact environnemental dans un bâtiment. Dans le secteur tertiaire, les équipements de bureaux sont renouvelés en moyenne tous les dix ans. Si la sobriété n’a pas encore pris le pas, le marché du BtoB propose des meubles et objets de décoration plus vertueux, éco-conçus et réparables. C’est le cas de Kataba, designer et fournisseur de mobilier issu du réemploi, qui porte en plus d’autres valeurs en lien avec l’économie de la fonctionnalité.

Dans l’entrepôt du réemploi à Saint-Ouen au Nord de Paris, sous un grand chapiteau, radiateurs en fonte, panneaux agglomérés, sanitaires, faux planchers ou rouleaux de moquettes sont rangés par catégorie. Cette plateforme gérée par Cycle-Up permet de stocker les matériaux déposés sur les chantiers, en attente d’être revendus aux artisans en quête de produits de seconde main. C’est ici que Kataba a choisi de regrouper ses matériaux en bois, verre ou métalliques issus de chantiers de dépose.

Kataba collabore avec plusieurs partenaires en réseau comme Ares et Cycle-up à Paris

Entreprise à mission et de l’ESS, Kataba a été lancée en 2017 pour éco-concevoir du mobilier upcyclé, réalisé localement. Il s’agit de mobilier contemporain haut de gamme destiné aux entreprises. Pour les opérations de curage, de démantèlement et d’assemblage, l’entreprise fondée par Luc Monvoisin collabore avec des structures de l’ESS spécialisées dans le réemploi comme Ares. Dernière opération en date, l’assemblage sur le site de Cycle-up, d’environ 500 luminaires destinés à la tour Horizons de Jean Nouvel sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt. A l’origine, un chantier de rénovation du siège social de Groupama a permis à Kataba d’identifier un gisement de matériaux réutilisables, dont des tôles d’acier provenant des faux plafonds. Un travail sur l’ACV de la matière et le design a conduit à la création de luminaires en acier réutilisé. Pour réaliser ce projet, Kataba a identifié des entreprises franciliennes spécialisées dans le repoussage sur métaux et dans la peinture pour support métallique. De fil en aiguille, Kataba a pu constituer un réseau d’une vingtaine d’artisans : « nous ne fabriquons rien en réalité. Nous sommes des designers de mobiliers réalisés à partir de matériaux de réemploi et notre objectif est de mettre en relation des acteurs locaux capables de travailler ensemble sur des chantiers de rénovation et d’agencement de mobilier » souligne Luc Monvoisin, fondateur de Kataba.

Se démarquer de la concurrence

 

En 2022, Kataba a franchi une étape supplémentaire : « il ne s’agit plus seulement de vendre des tables ou des chaises upcyclées à des PME ou grands comptes engagés dans la RSE. Nous apportons de la prestation et de l’accompagnement pour étudier avec l’entreprise cliente-partenaire, ses besoins et sa demande » explique Luc Monvoisin. Cette évolution est le fruit d’un travail de réflexion qui remonte à 2018. Kataba travaille alors avec l’Ademe sur l’éco-conception des matériaux et du mobilier de réemploi. En 2019, malgré ce travail de fond, les ventes ne décollent pas, face à des concurrents redoutables sur le plan commercial. « A un moment donné, nous nous sommes retrouvés au pied d’un mur, avec plusieurs obstacles liés à l’économie linéaire basée sur la vente de volumes. En tant que débutant dans le secteur, nous n’avions ni stock, ni trésorerie suffisante pour passer le cap » se souvient le fondateur de Kataba. Pour ne pas disparaître, la recherche d’alternatives s’est rapidement orientée vers la promotion de nouvelles valeurs, jusqu’ici peu visibles.

Chaise upcyclée Rolland Garros Collection Court n°1

A l’écoute de nouveaux modèles plus focalisés sur la mise en réseau, et les valeurs d’usage, Kataba a été accompagné par Atemis, laboratoire d’intervention et de recherche spécialisé dans l’étude de l’EFC. Objectif : identifier tous les flux et les partenaires de travail (fabricants, pouvoirs publics, fournisseurs, clients, financeurs), promouvoir de nouvelles interactions, conciliant réemploi et transition écologique. « Ce travail de fond nous a permis de voir nos clients sous un autre angle et construire avec eux une relation de partenariat » affirme Luc Monvoisin, encore étonné du chemin parcouru et des résultats obtenus grâce à ce basculement. Aujourd’hui, cette réflexion sur l’éco-conception et la transmission de valeurs autres que la vente d’un mobilier a instauré une relation de confiance avec l’ensemble de ses partenaires, artisans, fournisseurs et clients. Au début de chaque projet, Kataba donne la priorité à l’étude des besoins et de l’éco-conception. La solution autour d’une demande de confort, d’évolutivité, d’agencement dans un espace défini est co-construite avec le client. Ensuite, pour chaque mobilier fabriqué à partir de matières issues du réemploi et upcyclées, l’entreprise de l’ESS met en lumière le travail réalisé par des artisans de la région ou des salariés en insertion. A ce jour, Kataba travaille avec une cinquantaine de clients partenaires. Son chiffre d’affaires a atteint 160 000 euros en 2021 et devrait afficher 550 000 euros en 2022. L’entreprise emploie actuellement six salariés, essentiellement des designers et ingénieurs matériaux.

Banque de solutions

 

Dans une démarche d’économie de la fonctionnalité, la valeur d’un achat de mobilier peut prendre plusieurs formes : le process de fabrication, l’éco-conception, ou encore la reconnaissance d’une expertise autour d’un réseau de professionnels. Luc Monvoisin souhaite développer ce marché en BtoB en touchant le secteur public, même s’il avoue qu’à l’heure actuelle, les freins sont encore importants, que ce soit sur les critères de prix, le temps mobilisé ou les besoins inadaptés. « Les expériences avec les administrations n’ont pas été très concluantes jusqu’à présent, mais cela va évoluer avec la réglementation. Nous sommes plus souvent en phase avec les acheteurs des entreprises privées, porteurs d’enjeux sociétaux et environnementaux ».

Kataba intègre les ACV et son réseau d’artisans locaux dans ses prestations

Kataba a aujourd’hui intégré le booster du réemploi lui permettant d’accéder à de nouveaux marchés. Parmi ses derniers chantiers, l’installation de bancs fabriqués à partir de bardeaux en terre cuite récupérés, autour d’un supermarché Auchan à Lille, pour un budget de 60 000 euros. Pour cette opération, Kataba a réalisé au préalable une étude d’éco-conception et de faisabilité, facturée en complément de la mise en œuvre. « Le fait de promouvoir et vendre de l’analyse de matériaux, du conseil, du diagnostic PEMD ou de la méthodologie, avec le mobilier lui-même, représente un grand bouleversement dans notre secteur. Mais pour en arriver là, cela implique de renforcer nos compétences et notre agilité » assure Luc Monvoisin. Preuve qu’une table ou une chaise de bureau peuvent aussi porter des valeurs immatérielles aussi essentielles que l’objet lui-même, comme la sensibilisation à l’allongement de la durée de vie, la réparabilité, la recyclabilité et la compilation de savoir-faire au sein d’un réseau d’artisans professionnels locaux.

Crédit : Kataba

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