Pour mieux gérer les déchets, réduire l’empreinte carbone et les coûts de traitement, les collectivités locales peuvent recourir à des plateformes digitales d’accès à l’information. Sous forme de portail intégré ou d’application mobile, ceguichet unique facilite la tâche des agents de collectivités et les usagers. Avec Montri, Uzer propose un outil évolutif et interacif pour améliorer le tri des déchets et la prévention. De son côté, Indigo Réemploi mise sur la création de réseaux de proximité favorisant le réemploi par le don. Des tests sont en cours dans des collectivités jusqu’en 2023.
En quelques clics sur son ordinateur ou son smartphone, on peut améliorer son geste de tri ; identifier les points de collecte les plus proches ou obtenir le calendrier détaillé des enlèvements de poubelles. La plateforme numérique pourrait rapidement devenir un outil familier pour les collectivités qui souhaitent améliorer la gestion de leurs déchets et surtout, favoriser des échanges constructifs avec leurs concitoyens. Depuis quelques années, la Smart City déploie sa palette de solutions dans de nombreux secteurs. Celui des déchets est particulièrement propice à ce type d’innovation, tant les enjeux sur les coûts de traitement, les émissions de CO2 évitées et les incivilités sont élevés. Suez a ouvert le bal en 2016, en créant son portail monservicedechets.com. Au service des collectivités, il permet de communiquer avec les citoyens autour de la gestion des déchets et de des spécificités locales comme les consignes de tri, le calendrier des collectes, la localisation des points d’apport volontaire et des déchèteries. Actuellement, cette plateforme est utilisée par 900 communes, soit plus de 2 millions d’usagers.
En 2020, Suez a franchi une nouvelle étape en déclinant ce service en application mobile. Objectif : toucher plus de monde, rendre l’accès plus rapide et doté de nouvelles fonctionnalités. Il peut en effet scanner les code-barres des emballages pour faciliter le tri, comptabiliser le nombre d’emballages scannés et donner en temps réel les économies de CO2 réalisées ; informer sur les heures et jours de passage des collectes dans sa rue et sur les anomalies ; faire une demande spécifique (collecte d’encombrants, remplacement de bacs, signalements de dépôts sauvages). Pour les collectivités, l’application est un moyen efficace d’impliquer de façon ludique les habitants dans le geste de tri. Grâce aux points cumulés après chaque scan produit, la collectivité peut, par exemple, définir son propre programme de récompenses, en convertissant les points en avantages individuels (comme des entrées à la piscine municipale) ou collectifs (nouveau mobilier urbain, composteur partagé, etc.) ou bien encore en euros sous forme de dons au profit d’une association.
Uzer scanne les code-barres
Lancé en novembre 2020 sur la métropole de Dijon, suivie par la collectivité de Bourges Plus en mars 2021, l’application est en cours de déploiement dans cinq autres collectivités dont Nevers, Montauban et Reims. A terme elle permettra d’obtenir le temps d’attente en déchèterie, ou bien le niveau de remplissage des bornes d’apport volontaire. La création d’un espace « ressourcerie en ligne » est également à l’étude en vue de publier des annonces de dons. Derrière cette technologie capable de scanner les code-barres des emballages, se trouve une start-up française, Uzer, spécialisée dans le développement de solutions numériques pour la gestion des déchets. L’entreprise a développé sa propre application « Montri », qu’elle commercialise et opère directement depuis 2021 auprès des collectivités locales gérant leurs déchets en régie. Particularité de cet outil clef en main, il s’adapte aux spécificités de chaque territoire et s’enrichit au fur et à mesure de nouvelles fonctionnalités. « Nous offrons un guichet unique, interface entre la collectivité et le citoyen, facilitant l’accès à toutes les informations et aux structures relatives à la gestion et à la prévention des déchets, explique Clément Castelli, fondateur et président de Uzer. Le digital est un levier incontournable pour répondre au défi du tri et du zéro déchet. Dans ce sens, le numérique offre un meilleur service aux usagers, tout en améliorant l’image de la collectivité ». Pourtant, de nombreuses collectivités sont en retard en matière de digitalisation de leurs services et moyens de communication, ajoute le président d’Uzer.
Outre la lecture par scan, le guide du tri, la cartographie des points de collecte, les usagers peuvent recevoir des notifications, utiliser des formulaires de demande ou de signalements. Des fonctionnalités peuvent être ajoutées comme un pass d’accès en déchèterie, une gratification au geste de tri (bons de réduction chez les commerçants ou établissements collectifs), un module de facturation Redevance Incitative, ou encore une aide à la consigne et au réemploi. A la base, Montri est disponible en version mobile, web et sous forme de widget pour être intégré au site des collectivités. Ces trois accès sont complémentaires pour capter un maximum d’usagers. L’abonnement compris entre 2500 et 40 000 euros par an selon la taille de la collectivité, permet d’accéder à tous les services propres à l’EPCI et évolutifs (calendrier de collecte, cartographie des points d’apport volontaires, déchèteries, ressourceries, consignes, composteurs collectifs etc.).
Digitaliser la gratification
Ultra-personnalisable à l’échelle locale, Montri reste une application nationale permettant des synergies entre les territoires. L’évolution des modes de traitement et le renforcement des actions de prévention poussent l’entreprise à innover. Depuis le 21 novembre 2022, la Métropole Rouen Normandie est la première collectivité à expérimenter le dispositif de gratification Tri Act. Les tests dureront jusqu’en septembre 2023. Dans un premier temps, le service ne sera accessible que pour les habitants de Rouen. Il s’étendra à partir de mars 2023 à tous les habitants de la Métropole Rouen Normandie. Ce nouveau service est le fruit d’un partenariat commercial signé avec le groupe Paprec. Plus qu’un dispositif de consigne, Tri Act est 100 % digital et déployable rapidement à grand échelle. Il est compatible avec tous les schémas de collecte des déchets (porte-à-porte, apport volontaire, mixte) et concerne tous types d’emballages. Pour ce faire, l’utilisateur scanne ses emballages au moment du tri pour s’assurer qu’ils sont recyclables et les place dans son cabas de tri. Il dépose ensuite ses emballages à son point de collecte habituel (bac jaune individuel ou collectif, borne de tri en apport volontaire), et prend une photo pour attester de son dépôt et obtenir ses points. Dès qu’il a accumulé suffisamment de points, il peut réserver une récompense au sein d’un catalogue de produits et services proposés par la collectivité. À l’issue de cette période de test et selon les résultats de l’expérimentation, le service sera ouvert à l’ensemble des collectivités partenaires de Montri. Il devrait être testé à partir de janvier 2023 sur une communauté de communes de moins de 50 000 habitants. L’expérimentation sera également suivie par l’Ademe qui en mesura l’efficacité.
Depuis son lancement, Montri a permis d’économiser 38 000 km de transport en voiture, grâce au tri des emballages. Plus de 3000 dépôts sauvages ont été traités, ainsi que 1000 demandes de bacs. Si l’usager recherche une solution pour se débarrasser de ses encombrants, appareils électriques ou textiles, Uzer propose le don pour réemploi comme premier choix et oriente l’usager vers l’application Geev. A ce jour, Uzer compte 22 EPCI parmi ses utilisateurs (hors partenariats avec Paprec), soit environ 600 communes de toutes tailles et trois millions d’usagers. Son objectif d’ici 2025 est d’atteindre dix millions d’usagers. Lors du dernier Salon des maires, Clément Castelli a enregistré des retours positifs : « pour concrétiser un projet avec une collectivité, cela peut prendre entre 12 et 18 mois. En attendant, nous avons reçu beaucoup de visites d’élus intéressés par notre outil. Des contacts ont d’ores et déjà été pris pour un projet d’expérimentation aux Antilles ».
Du geste de tri au réemploi
Dans le registre des plateformes digitales tournées vers les collectivités locales, l’outil Circular City by Indigo-Réemploi vise notamment les intercommunalités et les agglomérations de plus de 150 000 habitants disposant d’une masse critique (populations et acteurs locaux du réemploi). L’objectif est d’inciter le citoyen au réemploi par le don, avant de jeter son bien. Cela vaut pour tous les biens et matériaux susceptibles d’être réemployés : électro-ménager, textile, mobilier, produits du bâtiment etc. La plateforme sera intégrée en marque blanche sur le portail de la collectivité. Une phase de test est en cours avec la ville de Maubeuge pour valider les procédures d’interface avec l’ensemble des acteurs du territoire. Dans un second temps, sans doute début 2023, les habitants pourront accéder à ce service pour l’expérimenter. Le déploiement commercial débutera vraiment à partir d’avril 2023 avec la Métropole de Montpellier. « Sur un territoire où le dispositif de gestion des déchets est mature et sur lequel il y a suffisamment de structures du réemploi, notre outil sera complémentaire » souligne Robin Ouakrat, responsable développement.
L’application Circular City mettra en réseau tous les acteurs qui participent au réemploi sur les territoires : les bornes de collecte, les associations, les citoyens, les cabanes à livres, les flux d’encombrants, les plateformes digitales, les recycleries. L’outil sera personnalisé et paramétré en fonction des besoins et des spécificités du territoire. Parmi les résultats escomptés, des économies sur le coût de traitement des déchets et une réduction des émissions de CO2 pour la collectivité qui choisit ce service. Pour chaque objet détourné de la poubelle, l’algorithme de Circular City évalue son poids, ses émissions de CO2 s’il avait été détruit et son équivalent en euros économisés. « L’objet ne finit pas en déchet ménager à la charge de la collectivité mais retourne dans le circuit pour une seconde vie après remise en état » insiste Robin Ouakrat. Compte tenu d’un amortissement évalué à deux ans, le service sera accessible à la collectivité par abonnement via un contrat sur trois ans. « Nous souhaitons répondre à une volonté politique des élus de combattre la production de déchets par la prévention. C’est pourquoi, nous ciblons des collectivités de grande taille qui sensibilisent déjà les habitants à cette pratique ». De leur côté, les collectivités accèderons à une plateforme personnalisée en ligne, dotée d’un tableau de bord capable de mesurer l’impact de la solution sur le territoire (économies réalisées, tonnes de déchets détournées, émissions de CO2 évitées). Dans une ville de 500 000 habitants qui vise une réduction de 4000 de déchets par an grâce au réemploi, cela signifie 45 000 tonnes de CO2 évitées, une augmentation du pouvoir d’achat de six millions d’euros et une économie réalisée de 1,7 millions d’euros en matière de collecte et de traitement de déchets.
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