Le destin des gobelets en plastique jetables

Versoo investit dans le recyclage

Quatre milliards de gobelets en plastique consommés en France chaque année pour 2 % recyclés. Les gobelets en plastique jetables sont dans le collimateur de la législation française (Loi de transition énergétique et Egalim) et européenne. Seuls les gobelets utilisés en entreprise restent pour l’instant, épargnés. Depuis une dizaine d’années, trois ou quatre acteurs français oeuvrent pour leur recyclage. Parmi eux, Versoo collecte et produit en interne, des granulés régénérés de haute qualité. La société angevine veut désormais aller plus loin dans sa démarche.

« Si un jour, tous les gobelets à usage unique peuvent être remplacés par des tasses ou des mugs, ce sera une bonne nouvelle, et nous pourrons alors employer notre savoir-faire à recycler de nouveaux produits. En attendant, puisque le gobelet plastique est présent en entreprise, autant tout faire pour le recycler » Valérie et Xavier Delesalle s’investissent depuis maintenant huit ans, dans une activité unique en France : la collecte exclusive des gobelets en plastique PP et PS et leur recyclage en paillettes et granulés de haute qualité. Pour lancer cette activité, le couple, d’anciens gestionnaires de parcs de distributeurs automatiques, invente un dispositif de collecte auprès des entreprises, associant une logistique vertueuse et une dimension sociale.

Xavier et Valérie Delesalle, fondateurs de Versoo

« Nous proposons des box en carton pour recueillir l’équivalent de 10 poubelles soit une concentration de 2500 gobelets usagés au lieu de 300 en vrac sur un même volume, ainsi qu’un circuit global en logistic reverse. Moyennant une formule adaptée à la consommation de l’entreprise, de l’ordre de 400 euros l’année pour 12 box et des établissements de plus de 100 salariés, nous distribuons les collecteurs et les enlevons sur demande en moins de cinq jours » explique Valérie Delesalle. C’est ainsi qu’est né Versoo, avec la collaboration de l’Esat Les Béjonnières, en Anjou. Une dizaine de personnes en situation de handicap travaillent pour l’entreprise. Elles confectionnent et assemblent les boîtes, Versoo Box, et préparent les commandes pour les entreprises clientes. Aujourd’hui, Versoo dispose de 2000 points de collecte dans toute la France, ce qui correspond à un portefeuille d’environ 400 à 500 clients.

Bannir les idées reçues

 

Si tous les gobelets en plastique étaient collectés et recyclés, le produit n’aurait pas un impact aussi négatif sur l’environnement, insiste Valérie Delesalle. Et de casser certains préjugés qui donnent par exemple à des matériaux alternatifs une image plus noble. « Aujourd’hui, la réglementation dénigre ces emballages en plastique jetables, tout en soutenant la commercialisation de substituts comme le gobelet biodégradable ou en carton ». Une fausse bonne idée, déplorent la fondatrice de Versoo, tout comme Siegfried Roche, créateur d’Eco-collectoor, basé en région parisienne. Cette entreprise collecte en moyenne dix millions de gobelets par an dans toute la France et les envoie chez des régénérateurs et transformateurs français : « les gobelets en carton véhiculent une image plus écologique, mais leur bilan carbone est mauvais. Leur fabrication exige une consommation d’eau et d’énergie plus importante que pour les gobelets en plastique ; quant au recyclage, il peut être entravé par la présence d’un film en PE qui sert à le rendre étanche ». Si aujourd’hui l’industrie papetière annonce pouvoir traiter ce produit sans encombre, il faudra néanmoins massifier les flux avant de livrer un camion complet à l’usine, soit 25 balles d’une tonne de gobelets chacune.

Le gobelet en carton, pas si « green »

Pour la fédération des entreprises du recyclage (Federec), ce flux pourrait être pris en charge par les opérateurs recycleurs, à condition de respecter certaines règles de stockage. Le gobelet en carton semble en effet plus fragile aux souillures et la présence de sucre peut entraîner des fermentations et rendre la matière impropre. Quid du gobelet carton 100 % biodégradable ? « Outre le film interne en PLA, obtenu à partir d’amidon de maïs, le gobelet est certifié compostable norme EN 13432, mais uniquement en compost industriel. Il finit donc le plus souvent enfoui ou incinéré » déplore Valérie Delesalle.

La Versoo Box peut collecter l’équivalent de dix poubelles de gobelets

Les gobelets en plastique sont recyclables mais ne sont pas recyclés, c’est leur principal problème. En raison du coût de collecte, des difficultés de traitement et du circuit logistique adapté, il n’existe que très peu de filières de valorisation pour ces produits. Par ailleurs, on retrouve deux matières de gobelets collectés en entreprises ou collectivités : le polystyrène (en général pour les boissons chaudes) et le polypropylène (en fontaines), ce qui complexifie le traitement possible.

Boucler la boucle

 

Après deux années de R&D et un investissement d’un million d’euros entre 2015 et 2017, les fondateurs de Versoo ont développé un procédé de recyclage baptisé NovaCycle, soutenu en partie par BPI France. La ligne de traitement est installée près d’Angers, depuis deux ans et demi sur un site pilote classé ICPE. Après un tri des résines PP et PS, et des opérations de lavage et de broyage, l’unité produit des paillettes et des granulés de grande qualité. Un tri par couleur peut également être réalisé. Les gobelets récupérés ont l’avantage de n’avoir servi qu’une seule fois. Les caractéristiques techniques des résines mises en oeuvre ne sont pas dégradées par les UV, l’usure ou l’abrasion. Cela en fait des matières premières de très bonne qualité pour la plasturgie. Actuellement, NovaCycle produit environ 150 tonnes par an soit une tonne de matière pour 300 000 gobelets. Le site dispose encore d’une grande marge de manœuvre. Trois personnes travaillent par campagne sur cet outil de traitement. A ce jour la matière est revendue en partie à un fabricant local de contenants horticoles, mais également pour des applications plus techniques, comme du filament pour impression 3D. Ce filament 100 % polystyrène recyclé est compatible avec les imprimantes FDM et présente une grande facilité d’impression ainsi qu’une bonne résistance mécanique, selon la dirigeante de Versoo. C’est une bonne alternative aux ABS et PLA, utilisés dans ce domaine. Les granulés peuvent aussi être employés en injection ou en extrusion dans d’autres applications industrielles.

Assemblage et préparation des commandes à l’Esat des Béjonnières

Les créateurs de Versoo espèrent maintenant aller plus loin, avec plusieurs projets en tête. Face au succès de NovaCycle, et malgré la taille modeste du site, l’idée serait de dupliquer cette installation en France et pourquoi pas en dehors du territoire. « Pour cela, nous cherchons des partenaires industriels qui veulent raconter une belle histoire avec nous et pour qui, leur activité a du sens social et environnemental ». Le rapprochement avec des structures de l’ESS est également envisagé pour dupliquer ce modèle. Enfin, sur le plan technique, des travaux de recherche sont en cours en vue de produire des grades aptes au contact alimentaire et de boucler la boucle. « Ce serait pour nous une manière de diversifier nos débouchés, et de leur donner plus de valeur sans perdre la maîtrise de notre procédé » espère Valérie Delesalle.

Rappel de la loi :

  • La loi « transition énergétique » de 2016 a interdit la vaisselle jetable (assiette et verre) en plastique à usage unique pour les pique-niques à partir de 2020, sauf s’ils sont en plastique biosourcé et compostable y compris en compost domestique. Les gobelets en plastique restent toutefois autorisés aux distributeurs automatiques et fontaines. Ces contenants sont conçus pour être remplis au point de vente (ou au point de mise à disposition gratuite) et sont donc considérés comme des emballages au sens de la Directive 94/62/CE du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 1994 relative aux emballages et aux déchets d’emballages.Cependant, dans l’objectif de réduire la production de déchets d’objets à usage unique, il est fortement conseillé aux utilisateurs de ce type de machines d’utiliser leur propre contenant réutilisable, et de proposer des solutions de recyclage.
  • Le « décret 5 flux » (n°2016-288 du 10 mars 2016) oblige depuis le 1er juillet 2016, tous les producteurs et détenteurs de déchets (entreprises, commerces, administrations, collectivités…) collectés par un prestataire privé ou par le service public des déchets (plus de 1 100 litres/semaine) au tri à la source et à la valorisation de 5 flux de déchets : papier/carton, métal, plastique,verre, bois. Les restaurants, et notamment la restauration rapide, sont concernés par cette obligation. A ce jour, son application n’est ni contrôlée ni sanctionnée.
  • En octobre 2018, le parlement européen a interdit une liste de produits en plastique dès 2021. Les gobelets ne sont pas interdits mais sont visés par une obligation de réduction, de l’ordre de 25 % pour 2025, associée à un effort de tri et recyclage. Chaque Etat membre peut néanmoins décider d’aller plus loin.

Crédit : Versoo

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