Le mobilier durable fait sa place au bureau

Une tendance confirmée par une hausse du réemploi

En privilégiant du mobilier durable, les entreprises peuvent verdir leur image et fédérer leurs salariés, mais aussi faire des économies pour investir ailleurs. Pour les professionnels du mobilier reconditionné ou issu du réemploi, cette pratique est relativement nouvelle, mais prend de l’ampleur. L’offre encore très dispersée commence à s’organiser avec l’arrivée de distributeurs et fabricants traditionnels sur ce marché.

Partant du principe que les chaises, tables, armoires de bureau d’entreprise sont en général plus robustes et de meilleure qualité que le mobilier de particulier, leur réutilisation sur deux ou trois usages semble possible. Surtout lorsque les renouvellements et les réaménagements de bureaux restent fréquents. Face à ces constats, le secteur du mobilier professionnel évolue depuis quelques années en intégrant de nouveaux acteurs sensibles et engagés dans le réemploi, le reconditionnement, l’up-cycling et l’aménagement durable. En même temps que cette offre de mobilier durable professionnel, les espaces de bureau se sont transformés. La digitalisation a réduit la nécessité de stocker du papier, tandis que le télétravail a remplacé les open space depuis la crise Covid. Résultat : les lieux de travail ressemblent parfois plus à des pièces d’habitation et des zones de bien-être et de confort que des bureaux anonymes et uniformisés. C’est dans ce contexte qu’interviennent de plus en plus d’entreprises engagées dans des démarches circulaires de réemploi comme l’aménageur d’espaces Quadrilatère, le fournisseur de mobilier reconditionné Bluedigo, le fabricant de mobilier à partir de matières recyclées Noma, ou encore le Groupe Mouvement Conseil, réunis lors d’une conférence intitulée « Quelle place pour le mobilier durable (mobilier neuf écoresponsable, seconde main, réemploi, leasing) dans le bureau de demain ? ». Depuis quatre à cinq ans, les activités autour du mobilier durable de bureau se développent. C’est un bon indicateur, même si ce marché reste atomisé. Citons parmi d’autres acteurs en croissance, Scop3, Maximum, Kataba, Tricycle Office, Manutan, Fairspace, Adopte un Bureau.

Conseiller et anticiper

 

Le mobilier durable de bureau se décline sous plusieurs formes : il peut être réutilisé tel quel en changeant de propriétaire, ou bien réparé et relooké selon les désirs et les besoins de l’entreprise. Aujourd’hui, la pression réglementaire pousse la commande publique à intégrer plus d’équipements issus du réemploi ou recyclé. Le mobilier de bureau n’échappe pas à la règle. Les évolutions restent lentes, mais la réduction des budgets pourrait donner un coup d’accélérateur. Côté privé, les entreprises semblent bouger un peu plus, non soumises à des procédures administratives de marchés publics. Avec cette demande en mobilier durable, de nouveaux métiers apparaissent, associant des missions de conseiller en aménagement, et en logistique. « Nous sommes en train d’inventer des savoir-faire où la compilation de l’information à travers le digital et l’IA va permettre de garantir la traçabilité du mobilier qui a désormais des histoires à raconter. Pour l’entreprise cliente qui a investi dans une table de réunion de seconde main, relookée, c’est un atout pour communiquer son engagement sociétal et fidéliser ses salariés » souligne Christophe Starke, président du groupe Mouvement Conseil. Avec des informations partagées sur la provenance d’un meuble, et sa transformation, la pédagogie devient donc une compétence indispensable : « un client qui souhaite basculer vers du mobilier durable, est souvent un peu perdu. Nous devons donc le rassurer et l’accompagner dans sa démarche tout en déconstruisant ses idées reçues sur le coût, la qualité, la garantie et en cassant ses habitudes » estime Guillaume Galloy, cofondateur de Noma, le Meuble d’Après.

Face à une accélération de la demande au cours des prochaines années, tous les fabricants de mobilier professionnels neufs développent aussi une offre de mobilier issu du réemploi. Dernier exemple en date, celui de Manutan qui a investi dans une activité de reconditionnement de tables, chaises, et armoires de bureau. Cette tendance voit donc la création de plusieurs entreprises, mais encore trop peu d’acteurs industriels engagés, selon l’aménageur d’espaces en entreprises Quadrilatère. Face à une PME de 50 personnes ou un grand compte qui emploie 6000 personnes, l’organisation, la logistique et le sourcing n’ont pas la même temporalité. « D’où la nécessité d’anticiper parfois jusqu’à deux ans et demi, un projet d’aménagement durable. Cela fait partie aussi de nos nouvelles missions. Dans le cas d’une grande entreprise, ce travail sur le temps long favorise des échanges transversaux avec les directions ressources humaines, environnementale et les services achats » précise Christophe Starke. Par ailleurs, l’offre de leasing émerge doucement. « Dans les entreprises, on loue bien des voitures, des espaces de travail, du matériel informatique. Pourquoi pas du mobilier ? » souligne Martin Hallégouët qui concède néanmoins que ce changement semble encore compliqué dès lors que le mobilier touche davantage à l’intime et au bien être.

Question de prix

 

Un mobilier durable sera toujours plus cher que du mobilier bas de gamme de chez Ikea, mais au final beaucoup moins coûteux si l’on tient compte de sa durabilité, sa robustesse et la possibilité de lui donner plusieurs vies. En réalité, le mobilier reconditionné de qualité se situe entre 30 et 40 % moins cher. « Notre mobilier de seconde main est certifié éco-conçu et garanti deux ans, pour rassurer les acheteurs et montrer qu’il s’agit d’équipements de qualité et vertueux » insiste Martin Hallégouët, cofondateur & directeur du Studio Bluedigo. Outre le travail indispensable en amont, le mobilier durable va permettre à terme de créer des pièces modulables, interchangeables, facilement démontables pour recomposer de nouveaux meubles. Romain Vergne est directeur du pôle mobilier de Quadrilatère, concepteur et aménageur d’espaces de travail des entreprises : « avant de changer leur parc mobilier, nous faisons souvent prendre conscience aux entreprises qu’il y a des alternatives. Parfois, il n’y a pas besoin d’acheter, juste réorganiser les espaces en réemployant des meubles tels quels ou en passant par de l’up-cycling ». D’où la réflexion de Christophe Starke sur le fait que le premier sourcing disponible pour une entreprise est en interne. Et de mentionner un projet de réaménagement d’une tour à la Défense dans laquelle l’entreprise locataire souhaite réduire son parc de bureaux et transformer une partie en espaces de confort. Cela porte sur 3000 postes, dont la moitié sera réemployée sur place. C’est le cas des chaises dont il faudra juste changer la couleur des assises, malgré leur parfait état. « Cette contrainte nous incite par contre à envisager la conception du mobilier dès l’origine du projet pour prolonger sa durée de vie le plus longtemps possible » insiste le fondateur de Mouvement Conseil.

Les salariés français attachés au bureau

Depuis vingt ans, le baromètre Actineo sur la qualité de vie au bureau décrypte l’émergence de nouvelles composantes comme les open space et les flex offices ; les tiers lieux dont les espaces de coworking ; la multiplication au-delà du nomadisme, des espaces légitimes de travail dans les immeubles de bureau et dans les autres lieux, comme les tiers-lieux et le domicile ; enfin, l’explosion, suite à la pandémie du Covid, du télétravail à domicile et de ce qu’il est convenu d’appeler maintenant une « hybridation du travail ». L’enquête 2023 a été conçue autour de cinq grands thèmes, correspondant à des questions d’actualité : le bureau lieu de socialisation ; le désir de liberté dans son organisation ; la recherche du bien-être ; l’espace, l’aménagement et les services, leviers pour attirer et garder les talents ; les futurs désirables du travail. Principal constat, le bureau reste de loin la référence incontestable, dominant tous les autres lieux, contrairement à ce que l’on peut lire sur la fin des bureaux. A ce jour, 66 % des actifs salariés travaillent uniquement au bureau.

Crédit : Bluedigo (Lou Cezon), Fairspace

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