Téched crée un collectif circulaire pour des entreprises niçoises

Transformer des déchets d'activité sur la ZI Carros Le Broc

Expérimenter l’économie circulaire sur le premier pôle industriel des Alpes-Maritimes, telle est l’ambition du Studio Téched, un projet de fin d’études créé par deux jeunes designers. Sur la ZI Carros Le Broc, près de Nice, ils souhaitent revaloriser sous forme d’objets ou de mobiliers, des déchets d’entreprises non recyclés jusqu’alors. Le club d’entreprises de la zone soutient cette démarche et la création d’un Collectif Circulaire.

C’est en avril 2024, lors de leur projet de diplôme de Master de design en innovation durable que Elie Lombard et Mathéo Lescoffier lancent Téched (comme déchet à l’envers), un studio de design circulaire et local. Leur terrain d’expérimentation ? La zone industrielle Carros Le Broc, près de Nice sur laquelle ils veulent sourcer des gisements de déchets d’entreprises non recyclés et développer des solutions de valorisation circulaires. Pour les accompagner dans cette démarche, l’association CAIPDV (club des entreprises Côte d’Azur Industrie Plaine du Var) leur a permis de rencontrer les entreprises du site, de gagner en crédibilité et en visibilité. La zone industrielle de Carros Le Broc s’étend sur 188 hectares au coeur de la Plaine du Var. Elle concerne 560 entreprises qui affichent un total de 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, et emploient environ 12 000 salariés. Il s’agit du premier pôle industriel des Alpes-Maritimes et du deuxième bassin d’activités des Alpes-Maritimes. La ZI génère 7000 tonnes de déchets par an dont 3500 tonnes non valorisées.

Mathéo Lescoffier et Elie Lombard 

« Nous constatons que de nombreux déchets générés sur le site ne trouvent pas de filière de recyclage. Des matériaux neufs et de bonne qualité finissent en benne, alors qu’ils sont potentiellement réutilisables et transformables avec des procédés low-tech. Mais à ce jour, ils sont collectés comme des déchets pour finir en valorisation énergétique, assure Mathéo Lescoffier. L’opérateur Veolia en charge de la gestion des déchets de la ZI Carros accueille avec intérêt notre projet qui leur évite de traiter ce type de flux. A notre échelle, un gain énorme est possible sur ce genre de matériaux ». Pour capter ces flux, Studio Téched s’appuie sur le dispositif de collecte mutualisé mis en place sur la zone par la structure Tri & Co, lancé en 2004. Pour la ZI de Carros, c’est tout bénéfice : les déchets sont repris gratuitement, c’est une économie sur la collecte des déchets et des atouts pour la communication RSE des entreprises. Pour Téched, c’est la possibilité d’obtenir de la matière première gratuite et régulièrement et de déployer son activité à l’échelle locale.

Boucle vertueuse

 

Actuellement six entreprises de la zone industrielle ont accepté de jouer le jeu, très demandeuses en solutions de valorisation circulaires pour leurs déchets. Les deux jeunes entrepreneurs recherchent avant tout des produits standardisés, et générés en quantités pour favoriser soit une reprise pour recyclage, soit une transformation en nouveaux objets. Par exemple, des essais ont été menés sur des plaques trouées en plastique, des consommables, des planches en bois, des sacs de jute, des mandrins, des bâches PVC et en toile. Des prototypes de tabourets, de tables basses, du mobilier modulable, des assises et des sacs sont en cours de création. Dans cette démarche, les deux jeunes designers ont commencé à répertorier les gisements de chutes de production et les déchets industriels non dangereux dans une matériauthèque.

L’ objectif est de réaliser une boucle vertueuse, de transformer ces déchets non valorisés en nouveaux produits et de les vendre aux entreprises de la zone industrielle. Si certaines matières ne peuvent être transformées, Téched souhaite également jouer un rôle d’intermédiaire pour encourager leur réutilisation à l’échelle locale. Et de citer l’exemple d’une collecte hebdomadaire de 40 litres d’encre neuve chez un imprimeur. « Pour une imprimante rechargeable, le prix de l’encre se situe autour de 50€/L. Nous avons déjà quelques clients potentiels, et nous sommes actuellement en train d’en chercher d’autres afin d’écouler ce stock. Nous envisageons de développer un réseau de professionnels impliqués et des procédés low-tech de transformation » se réjouit Mathéo Lescoffier.

Vers d’autres zones d’activité

 

A terme, Studio Téched pourrait créer des emplois. En attendant, et selon le rythme de leur activité, ses fondateurs envisagent de faire appel à des structures locales d’insertion. « Pour l’instant, nous envisageons de nous installer dans notre ancienne école pour avoir accès aux machines, à un coût relativement faible ou encore partager le local de collègues designers dans la région. Nous n’avons pas besoin d’espace de stockage car nous récupérons les déchets chez les entreprises, seulement quand nous avons des commandes ». Certaines entreprises de la ZI recherchent depuis longtemps à déployer des actions d’économie circulaire dans leurs activités. Elles sont depuis le début du projet, très motivées pour la mise en place d’une nouvelle filière de tri, le Collectif Circulaire, et impatientes d’acheter du mobilier issu de leur propre production de déchets. Téched vise les entreprises de la ZI mais aussi les artisans locaux et les particuliers. Un projet est en cours avec un boulanger qui souhaite meubler son magasin seulement avec des objets issus du réemploi. « A terme, nous n’excluons pas de prospecter d’autres zones industrielles de la région. Il y a de plus en plus de demandes d’entreprises qui ne veulent pas voir leurs déchets partir en fumée » assure les créateurs de Téched.

Crédit : CAIPDV, Studio Téched

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