Chaque année, les salariés de Port Atlantique La Rochelle bénéficient d’une nouvelle dotation en EPI. Pour la première fois cette année, une opération « Libère ton vestiaire » a été mise en place pour valoriser les équipements usagés. Et les détourner ainsi de la benne, surtout s’ils sont encore en bon état. Cette démarche de valorisation intègre le distributeur Actuel Vet et l’association Seamen’s Club. Chez les fabricants et fournisseurs d’EPI, des actions de collecte et de recyclage émergent lentement.

Les équipements professionnels industriels sont composés de matières textiles techniques, métalliques, plastiques ou composites qui ne permettent pas aujourd’hui de créer une filière de traitement et de valorisation complète. Toutefois, quelques professionnels parmi les fabricants et les distributeurs ont commencé à réfléchir à la seconde vie de certains vêtements professionnels, comme les T-shirts et les sweat-shirts, les pantalons et les vestes. En revanche tout ce qui concerne les casques, lunettes, chaussures de sécurité et vêtements de haute visibilité ne sont pas ou très peu recyclés ou réemployés. Sur quelques zones d’activités, de chantiers ou au sein d’entreprises engagées dans des démarches environnementales, le devenir des EPI usagés fait partie des préoccupations. A ce jour, les EPI renouvelés régulièrement en raison d’un niveau élevé d’usure s’entassent dans les locaux industriels ou finissent à la benne, pour être incinérés ou mis en décharge. Un coût pour l’entreprise et un surtout un immense gâchis. La moitié des équipements est souvent en bon état pour être réemployé ou bien tout simplement recyclable en tant que matières textiles ou plastiques, une fois triées.
Première édition portuaire
Sur Port Atlantique La Rochelle, les vêtements de travail haute visibilité ou non, les chaussures, les casques et les casquettes composent la dotation annuelle des salariés qui travaillent sur site, soit 104 personnes réparties sur quatre sites : la Maison du Port, le siège social, et deux bâtiments réunissant du personnel d’exploitation, de la maintenance ainsi que l’équipage du navire de dragage.
Les activités des collaborateurs sont très variées. Cela va des agents de maintenance et d’exploitation des infrastructures maritimes aux agents dédiés à l’entretien des espaces verts ou de la voirie, en passant par des marins, des employés de la capitainerie du Port, des contrôleurs de travaux ou du personnel administratif qui porte des EPI plus occasionnellement lors de visites de chantier ou lors d’accompagnement sur site de prestataires. Ainsi, la rotation moyenne des équipements professionnels dépend des emplois. Le recensement des besoins est annuel. Si l’exploitation nécessite un renouvellement plus conséquent des EPI, les activités « hors exploitation » entraînent des changements d’équipements environ tous les trois ou quatre ans.

Coordinatrice QSE (Qualité, Sécurité, Environnement) de la Direction Stratégie et Transition Ecologique du Port, Betsy Dubois a piloté la première opération « Libère ton Vestiaire » : « l’idée a germé fin 2020 à la suite d’une visite de terrain qui a révélé un certain encombrement des vestiaires des salariés par des équipements usagés. Il fallait donc inciter les personnels à « libérer » leur vestiaire, avant de pouvoir les réagencer ». Cette action inédite s’inscrit cependant dans une démarche de développement durable engagée par le port de La Rochelle depuis plus de dix ans, à travers la mise en œuvre d’une charte spécifique, rappelle Betsy Dubois : « notre implication dans la transition écologique nous a naturellement conduit vers le lancement de cette opération que nous comptons bien renouveler chaque année ».
Quand les distributeurs jouent le jeu
L’opération « Libère ton vestiaire » a été lancée en mars 2021 pendant quatre semaines. Avec comme résultat, la collecte séparée de 9 kg de casques et casquettes, 32 kg de vêtements Haute Visibilité, 25 kg de vêtements HV en mauvais état, 4 kg de vêtements non HV (sweats, tee-shirts etc.), 13 kg de chaussures en bon état et 18kg de chaussures en mauvais état. Au préalable, des recherches sur les filières de revalorisation ont été réalisées avec les fournisseurs d’EPI notamment. Et des réflexions ont été menées sur le réemploi des EPI non valorisables. Résultat, un partenariat avec l’association Seamen’s Club (qui dispose de plusieurs centres d’accueil dans les ports français, dont un à La Rochelle) a vu le jour pour récupérer les vêtements de haute visibilité en bon état, à destination des marins en escale. Ces derniers proviennent bien souvent de pays comme l’Inde, les Philippines, le Pakistan, l’Ukraine et n’ont pas toujours les moyens de renouveler au cours de leur mission, leurs équipements professionnels de sécurité.

Seuls les casques et les casquettes n’auront pas d’exutoire de valorisation cette fois-ci, mais de nouvelles solutions de traitement sont à l’étude et des partenariats pourraient se mettre en œuvre l’an prochain. Idem pour les vêtements HV en mauvais état non recyclables. Des contacts ont été pris pour une revalorisation en combustible. Enfin, les chaussures en mauvais état ont été dirigées vers Le Relais pour du recyclage. Les vêtements abîmés ne portant pas de couleur visible ou de bandes réfléchissantes sont récupérés par le fournisseur et distributeur d’EPI, Actuel Vet. Basée à Aytré, près de La Rochelle, l’entreprise dispose de quatre magasins dans l’Ouest. Depuis trois ans, elle a entamé une démarche de récupération des vêtements professionnels usagés avec le fabricant nordiste Molinel et vient d’inaugurer une nouvelle ligne de vêtements éco-conçus en partenariat avec le groupe indépendant de distributeurs EPI Center et le fabricant Lafont.
Objectif 2e Vie

« Nous incitons nos clients, pour la plupart des collectivités, des départements et des régions à stocker les EPI usagés pour les récupérer, explique Stéphane Fontaine, co-gérant d’Actuel Vet. Notre service de reprise est gratuit. L’an dernier, nous avons ainsi collecté auprès de nos clients, près de 500 kg d’équipements, que nous envoyons ensuite chez notre fournisseur Molinel ». Le fabricant calaisien, filiale du groupe Alsico France, a lancé un programme baptisé Objectif 2e Vie il y a trois ans, pour valoriser les EPI usagés. Pour cela, il fait appel à ses distributeurs qui comme Actuel Vet, reprennent les équipements chez leurs clients. Quelques conditions préalables sont requises pour favoriser le recyclage : les vêtements de travail doiventêtre en 100 % coton ou coton/polyester ou polyester/coton. Ils doivent être propres, c’est-à-dire nettoyés, exempts de soudure, de déchets chimiques et d’autre contamination ou pollution (chimique ou biologique). Le distributeur agréé organise le retour des vêtements chez Molinel, qui à son tour, organise le recyclage en collaboration avec une société spécialisée dans le traitement des déchets textiles. Une fois les vêtements de travail recyclés, une preuve de revalorisation peut être remise sur demande du client par le distributeur agréé. Molinel a mis en place deux solutions de traitement actuellement : 80 % des vêtements de travail non HV sont recyclés, après effilochage, en isolants acoustiques et thermiques, et utilisés dans l’automobile ou le bâtiment. Les produits non recyclables quant à eux (vêtements haute visibilité, tenues retardateur de feu, parka ou tout autre équipement conçu dans un tissu traité) font l’objet d’une revalorisation énergétique.
Essaimer les bonnes pratiques

Selon Betsy Dubois, la communication développée autour de ce projet, par le biais de la newsletter du Port Atlantique et des réseaux sociaux, a montré que l’opération suscitait l’intérêt d’autres entreprises situées sur la place portuaire : « à l’occasion d’un changement d’actionnaires, une entreprise implantée sur notre domaine portuaire, a fait évoluer son identité visuelle, et cherchait à valoriser ses anciens EPI. Nous espérons donc l’an prochain convaincre d’autres entreprises volontaires pour mener avec nous ce type d’opération ». Faisant partie d’un groupe de préventeurs SST au sein de l’Union des Ports de France, qui réunit les Grands Ports Maritimes et les ports fluviaux comme Paris ou Strasbourg, Betsy Dubois compte également sur son réseau pour promouvoir et partager cette expérience. D’ores et déjà, l’opération sera renouvelée l’an prochain et la cheffe de projet espère élargir le périmètre des EPI valorisables, en particulier pour les vêtements de haute visibilité, qui ne disposent d’aucune filière de valorisation à ce jour, mais pour lesquels il y a de fortes attentes. Parmi les pistes de traitement possibles, le recyclage des EPI basiques, mais aussi la valorisation en CSR (combustible solide de récupération) pour ceux qui ne sont pas recyclables aujourd’hui (gants, chaussures, EPI à bandes réfléchissantes etc.).
Crédit : Port Atlantique La Rochelle
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