Feu vert pour les candidats à la gestion de la REP PMCB après la publication de l’arrêté du cahier des charges en juin. L’éco-organisme Ecominero, porté par l’Unicem, espère obtenir son agrément dès septembre prochain pour gérer la fraction minérale des déchets du bâtiment. Dans les carrières de granulats et sur les sites de production de béton, les déchets de démolition sont d’ores et déjà intégrés à l’activité, considérés comme des ressources à part entière pour remplacer une partie des matériaux naturels. Exemple en Normandie, sur la carrière de Bouafles chez Cemex et sur la centrale à béton d’Eqiom à Cléon.
Depuis cinq ans, le label RSE mis au point par Unicem entreprises engagées (UEE) prépare le terrain et surtout les mentalités. Car d’ici 2024, le secteur de l’extraction de granulats et de production de béton va devoir changer radicalement de pratiques. Ce n’est pas parce que les ressources naturelles sont disponibles et accessibles, qu’il faut tout consommer sans réfléchir. Pour contribuer à la réduction de leur empreinte carbone, les carriers, les producteurs de granulats et de béton s’attèlent à un nouveau chantier d’envergure : transformer leurs pratiques d’extraction, de production et de consommation de matières premières. Le label RSE accompagne les industriels dans cette direction tant sur le plan environnemental que sur les enjeux sociaux et sociétaux. A ce jour, selon UEE, plus de 1600 sites ont déjà intégré cette démarche. Les profils vont de la PME au groupe international, et du producteur de béton prêt à l’emploi au carrier et recycleur de matériaux inertes.
Autorisation préfectorale jusqu’en 2034
Parmi les sites œuvrant dans cette direction, la carrière de Bouafles en Normandie, exploitée par le groupe Cemex est labellisée RSE depuis 2018. Implanté sur 130 hectares d’un côté pour accueillir l’installation de traitement, de chargement et de déchargement fluvial et sur 70 hectares de l’autre (séparés par une route départementale) consacrés à l’extraction, le site existe depuis les années 1960 et bénéficie d’une autorisation préfectorale d’exploitation jusqu’en 2034. Sa localisation, proche d’un patrimoine historique classé et d’une zone Natura 2000, soumet le groupe à plusieurs contraintes d’aménagement et de réduction de nuisances. L’enjeu sur l’eau, avec la présence de nappes phréatiques oblige Cemex à prendre beaucoup de précaution (contrôles de qualité de l’eau, actions de prévention pour éviter tout risque de pollution).
Pour acheminer le gisement du site d’extraction vers l’installation de traitement, un tunnel a été creusé sous la route pour ne pas dénaturer le paysage. De quoi permettre aux camions chargés de matériaux de remblai de circuler et au convoyeur de matière extraite de passer d’un site à l’autre sans gêne. Ici, l’exploitation de dépôts alluvionnaires silico-calcaires est effectuée sur environ quatre à cinq mètres de profondeur. Le réaménagement de la carrière est réalisé par recouvrement de la terre végétale stockée et grâce à l’apport de terres inertes extérieures préalablement tracées et contrôlées. Ces opérations sont menées en coopération avec le conservatoire des espaces naturels de Normandie. Une planification en amont des futurs paysages réaménagés est définie entre parties prenantes (exploitant du site, élus, propriétaires fonciers) en fonction des résultats recherchés (espaces boisés, steppes, prairies humides, terres à usage agricole). Depuis son réaménagement progressif, la carrière de Cemex se trouve ainsi au beau milieu d’un écrin de verdure très varié et riche en biodiversité.
Repenser la place de la carrière
Pour Louis Natter, président d’Unicem EE et directeur RSE du groupe Cemex, les autorisations d’exploitation de carrières diminuent mais les besoins en matériaux sont toujours là. La demande est stable depuis une dizaine d’années, soutenue par l’entretien des infrastructures et les projets de réaménagement urbain. « Par conséquent, il va falloir repenser les modes de production pour prolonger la durée de vie des sites d’extraction et revoir les pratiques de consommation, assure-t-il. Dans le cadre du schéma régional de carrière, il est aujourd’hui primordial d’identifier les besoins en ressources par territoire. Cela permet d’anticiper les volumes produits dans le temps et de donner une priorité au recyclage, même si celui-ci ne pourra pas répondre à tout ». Autre enjeu, celui de la proximité afin de réduire les distances de transport entre production et consommation. « Dans la construction, la révolution doit se faire sur des produits utilisant moins de matière à performance égale, et intégrant par ailleurs plus de matériaux issus du recyclage » indique Louis Natter.
100 000 t de matériaux secondaires

Par ailleurs, la mise à jour d’un plan d’eau, suite à l’extraction des matériaux a permis de relier le site à la Seine, via la construction d’un petit chenal et d’attirer plusieurs espèces animales et végétales remarquables. Pour réduire l’impact de sa logistique, poste le plus coûteux et émissif en CO2 pour un carrier, Cemex utilise majoritairement le transport fluvial qui achemine ses matériaux vers la capitale et reçoit dans le même temps d’importantes quantités de gravats et terres inertes du Grand Paris. Celles-ci servent essentiellement au remblai progressif de la carrière. Les gravats quant à eux sont traités sur la zone de recyclage réservée, concassés puis transformés en granulats de différentes tailles. Les graves obtenues sont essentiellement utilisées en génie civil (remblais de canalisation ou soubassements). En 2021, l’installation a traité et accueilli un volume total de 980 000 tonnes de matières, dont environ 100 000 tonnes de terres excavées et de déchets de démolition. Au-delà de l’exploitation de carrières, Cemex diversifie ses activités dans le recyclage, là ou notamment la mine urbaine génère de nouvelles ressources réutilisables. En Ile-de-France, Cemex dispose depuis un an environ, d’une nouvelle plateforme de traitement de matériaux de déconstruction du Grand Paris et de recyclage de granulats au coeur du port de Gennevilliers. Cela coïncide avec sa contribution à la charte économie circulaire de l’EPT Plaine Commune, dont l’objectif est de généraliser l’emploi de béton à partir de 5 % minium de granulats recyclés et de recycler autant que possible le béton dans du nouveau béton.
Eqiom démarre le recyclage à Cléon
Sur sa centrale à BPE (béton prêt à l’emploi) de Cléon (Seine-Maritime), Eqiom produit entre 20 000 et 30 000 m³ de béton. Il vient de démarrer une nouvelle gamme de béton à base de granulats recyclés. Sa source d’approvisionnement : de l’autre côté de la route chez son fournisseur de matières, produites dans un rayon de 15 km. Outre l’emploi de granulats issus de chantier, la centrale normande s’est fixée l’objectif de réintégrer dans son cycle de production, entre 2000 et 3000 m³ de béton concassé, issu de ses fonds de toupie ; matière qui jusque-là finissait en enfouissement de déchets inertes. Le site est aujourd’hui labellisé RSE, niveau maturité et gère en boucle ses eaux de process. Prochaine étape : atteindre le seuil suprême d’exemplarité dans trois ans, qui garantit entre autres la prise en compte du recyclage dans ses activités, et la réduction de tous ses impacts environnementaux.
En plus :
Le label RSE s’appuie d’un référentiel composé de 35 critères et qui reprend les grandes lignes de la norme ISO 26 000 : gouvernance, capital humain, environnement, clients consommateurs fournisseurs, ancrage local. Les entreprises candidates réalisent une auto-évaluation de leurs pratiques et font ensuite l’objet d’un audit approfondi sur site par un organisme tiers indépendant, comme par exemple Bureau Veritas ou Ecocert Environnement. Un comité d’évaluation valide alors le niveau de label attribué (dans l’ordre croissant) : engagement, progrès, maturité ou exemplarité.
Crédit : CM
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Sur sa centrale à BPE (béton prêt à l’emploi) de Cléon (Seine-Maritime), Eqiom produit entre 20 000 et 30 000 m³ de béton. Il vient de démarrer une nouvelle gamme de béton à base de granulats recyclés. Sa source d’approvisionnement : de l’autre côté de la route chez son fournisseur de matières, produites dans un rayon de 15 km. Outre l’emploi de granulats issus de chantier, la centrale normande s’est fixée l’objectif de réintégrer dans son cycle de production, entre 2000 et 3000 m³ de béton concassé, issu de ses fonds de toupie ; matière qui jusque-là finissait en enfouissement de déchets inertes. Le site est aujourd’hui labellisé RSE, niveau maturité et gère en boucle ses eaux de process. Prochaine étape : atteindre le seuil suprême d’exemplarité dans trois ans, qui garantit entre autres la prise en compte du recyclage dans ses activités, et la réduction de tous ses impacts environnementaux.