L’emballement du dérèglement climatique et la pénurie des matières premières inquiètent. Dans les entreprises et les collectivités locales, les stratégies de neutralité carbone et d’économie circulaire se multiplient. L’expertise des diplômés de grandes écoles est de plus en plus recherchée pour encadrer, innover, animer autour de l’éco-conception, du réemploi, ou de l’EIT. Croisant le savoir des ingénieurs et des managers, trois nouveaux Mastères spécialisés Economie Circulaire ouvriront à la rentrée 2023 à Nantes, à Lyon et en Occitanie, dix ans après celui d’UniLaSalle Rennes.
Analyse de cycle de vie, bilan carbone, allongement de la durée de vie des produits, économie de la fonctionnalité, sont devenus des disciplines enseignées à l’université et dans les grandes écoles d’ingénieurs et de commerce. Plusieurs formations professionnalisantes se déclinent en France sous forme de Mastères spécialisés ou de Chaires. A Rennes, l’institut polytechnique UniLaSalle enseigne l’économie circulaire depuis neuf ans. Il bénéficie des savoirs et de l’expérience de l’école des métiers de l’environnement (EME) qui forme des ingénieurs depuis trente ans à la gestion et au traitement de l’eau, du sol, des déchets et aux procédés de dépollution. « Il y a environ dix ans, proposer un enseignement sur l’économie circulaire était assez ambitieux et tout à fait d’avant-garde, convient Adelaïde Dolbeau, chargée de recrutement. La première promotion comptait seulement cinq étudiants courageux. Aujourd’hui, ce sont plutôt entre quinze et vingt personnes par an inscrites à ce Mastère ».
A l’écoute des territoires
Sur le Campus de Rennes, la formation à orientation professionnelle, accréditée par la Conférence des Grandes Ecoles, s’appuie sur ses partenariats avec les établissements d’enseignement supérieur, les laboratoires de recherche et le monde de l’entreprise. Etalé sur 18 mois, le MS économie circulaire se déroule en alternance et laisse la possibilité d’exercer une activité professionnelle. Aux manettes des apprentissages, des enseignants chercheurs mais aussi des entrepreneurs, des représentants institutionnels et de collectivités locales engagées comme la Métropole de Rennes et la Région Bretagne. Une cinquantaine d’heures de cours sont dispensées sur l’écologie industrielle et territoriale, l’évaluation environnementale avec les ACV, l’éco-conception, l’innovation, l’entreprenariat. Sans oublier la place importante accordée aux études de cas. « Cela permet aux étudiants de se frotter à la réalité en travaillant sur des problématiques réelles rencontrées par des entreprises ou le secteur public », souligne Adelaïde Dolbeau. Parmi les chantiers réalisés, on peut mentionner le traitement des biodéchets pour le compte d’une clinique ; la réduction des emballages à usage unique pour le CHU de Rennes, la mise en œuvre d’indicateurs circulaires pertinents pour Veolia, l’économie de la fonctionnalité dans les pratiques du sport pour Décathlon ou encore une logistique bas carbone pour Nature & Découvertes.
Le cursus se conclut par un travail écrit et la soutenance orale d’une thèse professionnelle qui s’appuie sur 4 à 6 mois en immersion professionnelle. « Nous sommes à l’écoute des étudiants qui portent des projets mais aussi du territoire régional engagé très fortement dans l’économie circulaire et la transition écologique » insiste Lucie Domingo, enseignante-chercheur en éco-conception et responsable du MS Economie Circulaire. Depuis son lancement, UniLaSalle Rennes a vu évoluer son Mastère en même temps que la législation, les attentes extérieures des étudiants et des recruteurs, entreprises et collectivités. Au début, les étudiants intégrant le MS sortaient d’une formation Bac+5 ou souhaitaient se reconvertir avec une expérience professionnelle. Actuellement, la promotion est composée de personnes en activité désirant acquérir des compétences sur l’économie circulaire afin de mener à bien un projet éco-innovant, ou bien de personnes en reconversion, des jeunes venant de valider un bac+5. Les étudiants ont désormais une moyenne d’âge plus élevée entre 35 et 43 ans, et sont davantage dans une démarche de réorientation.
ACV et ESS dans l’air du temps
« On essaie de coller au maximum aux besoins du terrain grâce à des interventions extérieures et un contrôle du Comité de perfectionnement, qui valide la mise en place des enseignements pédagogiques, explique Lucie Domingo. Le retour des étudiants est plutôt positif et nous faisons évoluer les cours pour répondre à la demande du marché et à la réglementation ». Résultat, moins de théorie sur les meilleures techniques disponibles, plus de cours sur les low-tech et la fonctionnalité des produits, avec une mise en lumière sur l’allongement de la durée de vie par le biais de la réparation, du remanufacturing et de la réutilisation. UniLaSalle Rennes mise sur la dimension territoriale avec un enseignement sur l’action publique et l’écologie industrielle, qui représente à ce jour entre 10 et 20 % des débouchés. « Nous restons accrochés aux techniques de l’économie circulaire, nourries par nos formations d’ingénieurs. Cette approche séduit aussi bien les entreprises privées que l’administration publique et les structures de l’ESS » ajoute Lucie Domingo. Certains étudiants sont prêts à basculer dans l’entreprenariat, comme cet ancien salarié dans le marketing. Suite à un projet collectif sur le bâti réalisé pendant son cursus, il a décidé de créer son cabinet de conseil sur la résilience des bâtiments face aux changements climatiques.
Former des ingénieurs et des managers
Depuis quelques années, les régions de l’Ouest avec la Bretagne, Pays de la Loire et les grandes agglomérations comme Rennes ou Nantes sont des moteurs pour la transition écologique. Ce n’est peut-être pas un hasard si ce territoire accueillera en octobre 2023, une nouvelle formation professionnalisante dans ce domaine. Le Mastère Spécialisé Ressources Economie Circulaire (REC) est né du partenariat entre deux grandes écoles, Centrale Nantes (école d’ingénieurs) et Audencia Business School. L’objectif des deux établissements est de former les personnes qui vont imaginer et mettre en œuvre des stratégies plus sobres et plus durables dans toutes les organisations. La création du MS REC s’inspire du MS APTE (acteur pour la transition énergétique), déjà porté conjointement par Audencia et Centrale Nantes. « La proposition que j’ai faite du côté de Centrale est de dupliquer l’approche pédagogique du MS APTE en se concentrant sur les aspects matériels de la transition écologique, dont l’économie circulaire pourrait être le nom générique auprès du grand public » souligne Thomas Corre, co-directeur du MS REC à centrale Nantes. Le Mastère s’appuiera sur les outils de l’ingénieur et du manager. Cette association entre écoles d’ingénieurs et de commerce fait sens par rapport aux ressources, et matériaux, en mêlant vision scientifique et gestion humaine de l’économie circulaire, ajoute Sandrine Stervinou co-directrice du MS chez Audencia : « à la différence des écoles de commerce plus classiques, nous allons nous intéresser aux cas concrets d’entreprises tournées vers l’économie circulaire, et capitaliser sur un réseau d’entreprises existant dans les deux écoles ».
Cohérence des enseignements
Une grande diversité de points de vue composera les 380 heures d’enseignements. Les cours seront dispensés par des acteurs impliqués dans l’économie circulaire, qu’ils soient institutionnels comme l’INEC (Institut national de l’économie circulaire), ou industriels, comme la multinationale Hydro ou la PME Vesto. Le MS REC est une formation de douze mois labellisée par la conférence des Grandes Ecoles. Il allie approches scientifiques et opérationnelles de l’économie circulaire avec quatre blocs d’enseignement : le rôle de l’économie circulaire dans la transition écologique (enjeux du développement durable, transition écologique et matériaux, ressources et extraction) ; le design et la production (matériaux dans l’économie circulaire, techniques d’ACV, éco-design et innovation, production durable, fin de vie) ; le management pour l’économie circulaire (nouveaux Business models et ESS, EIT, EFC) ; contribuer au changement (entreprendre dans l’économie circulaire, éco-marketing et consommation). Pour Sandrine Stervinou, face aux enjeux écologiques, l’enseignement quel que soit le secteur doit montrer de la cohérence : « nous recherchons des étudiants motivés, capables de diffuser à tous les échelons de l’entreprise ou de l’administration publique, de nouvelles manières de repenser le modèle en place ». La formation s’adresse naturellement aux personnes de formation ingénieur ou manageur, mais ça n’est pas une condition nécessaire. Les cours au contenu scientifique dispensés à Centrale Nantes seront adaptés en conséquence. Un petit module en ligne (optionnel) de mise à niveau sur certaines notions scientifiques sera proposé avant la rentrée.
Aux cours théoriques, s’ajoutent la validation d’une thèse professionnelle et une formation pratique de six mois dans le cadre d’un stage en entreprise. Le Mastère spécialisé est ouvert aussi bien à des étudiants en formation initiale qu’à la formation continue. Par ailleurs, 20 % des cours seront en anglais, pour enrichir le vocabulaire technique et accueillir des étudiants étrangers. Pas besoin d’être bilingue, nuance Thomas Corre : « toutefois, cette formation ne se veut pas obligatoirement tournée vers l’international. Nous voulons surtout travailler sur des problématiques locales, là où les choses peuvent bouger visiblement et durablement. Et je pense de toute évidence, que les deux MS de Rennes et Nantes ont largement leur place, compte tenu de l’ampleur de la transition écologique à réaliser ».
Un nouveau MS en Occitanie

Renommées pour leur expertise scientifique et environnementale, les écoles IMT Mines Alès et IMT Mines Albi lanceront en septembre 2023 le Mastère Spécialisé PRINEC (Procédés et Ressources pour l’Ingénierie de l’Economie Circulaire). Former des ingénieurs pour accélérer le développement des produits éco-conçus, le déploiement des technologies innovantes pour le traitement des déchets et la modernisation des filières de tri et de valorisation, tel est l’objectif de cette nouvelle formation, co-conçue avec l’éco-organisme Valdelia. « Ce Mastère abordera des thématiques opérationnelles sur les matériaux, les procédés innovants de fabrication, la gestion des déchets ou l’éco-conception ; mais aussi des sujets plus théoriques sur les évolutions de la règlementation, les politiques et enjeux actuels et futurs » assure Arnaud Humbert-Droz, Président Exécutif de Valdelia. Dans une approche transversale, il s’articule autour de trois domaines d’enseignements : les matériaux et les chaînes de valeur des produits ; le cycle de vie des produits et les aspects socio-économiques ; les procédés innovants pour l’économie circulaire. Des conférences d’industriels de différents secteurs d’activité et des visites de sites en lien avec les enseignements (acteurs de l’écologie industrielle ou du réemploi, centres de tri, unités de démantèlement de produits usagés…) seront programmées. Les étudiants conduiront également un projet de développement industriel sur l’éco-conception ou la valorisation des produits en fin de vie, lors du premier semestre. Le deuxième semestre du cursus portera sur une mission en entreprise.
Gestion des déchets et des ressources

Les deux écoles joueront sur leur complémentarité. IMT Mines Albi apportera des connaissances scientifiques dans le domaine des déchets, de la valorisation énergétique et des éco-activités menés par son centre de recherche RAPSODEE tandis que la modélisation du comportement, l’instrumentation et l’étude de la durabilité des matériaux seront développées par l’Institut Clément Ader. De son côté, IMT Mines Alès dispose d’une expertise sur les ressources et les matériaux à faible impact environnemental. Il s’agit des départements d’enseignement Eco-conception Matériaux et Procédés (ECOMAP), Environnement Energie Risques (2ER) et équipes de recherche PCH (Polymères Composites et Hybrides), DMS (Durabilité écoMatériaux et Structures), RIME (Recherche sur les Interactions Matériaux Environnement) et ERT (Eau, Risques et Territoires). Ces compétences permettront ainsi de couvrir et de maîtriser l’évaluation environnementale, la disponibilité en ressources extractives, l’éco-conception et la fin de vie des produits, composés notamment de matériaux polymères (plastiques et composites).
Mastère et nouvelle Chaire à Lyon
Last but not least, un troisième Mastère Spécialisé « Manager de projet innovant en économie circulaire » sera accessible en septembre 2023 sur ITECH Lyon. Il servira de tremplin au lancement d’une chaire de recherche d’économie circulaire industrielle, prévu à la même date. Les futurs diplômés sauront combiner l’analyse écologique avec la connaissance des technologies de transformation d’économie circulaire et du contexte industriel de l’entreprise. Un enseignement des méthodes managériales complètera la formation. Ce MS prépare les étudiants à devenir responsable de projet Recyclage, chef de projet d’ingénierie ou de réingénierie industrielle en Économie Circulaire responsable Innovation en systèmes industriels en Économie Circulaire, ou encore chargé d’affaire dans des organismes d’accompagnement industriel.
Ce qui existe déjà :
- Mastère Spécialisé Economie Circulaire et Organisation Durable (ECOD) – Polytech Marseille un diplôme bac+5 scientifique comme prérequis obligatoire
- Master Management de la Transition Écologique et de l’Économie Circulaire – Montpellier Management, composante de l’université de Montpellier
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