La Journée mondiale du recyclage, le 18 mars 2022, initiée par le Bureau International du Recyclage en 2018, est l’occasion chaque année, de braquer les projecteurs sur une activité industrielle en croissance et les bonnes pratiques citoyennes. C’est aussi l’opportunité pour Federec, fédération française des entreprises du recyclage, de mettre en lumière les formations proposées et les compétences recherchées. Les métiers du recyclage représentent un fort potentiel d’emplois, mais sont confrontés à un manque d’attractivité de la part des jeunes.
« Tout le monde veut sauver la planète, mais lorsqu’il faut travailler sur une installation de tri et de séparation des déchets, la mobilisation est bien moins forte ». C’est le constat que les entreprises du recyclage font sur leur terrain, alors que depuis plusieurs années, la mobilisation des jeunes pour la préservation de l’environnement connaît un essor mondial. Le recyclage est un métier ancien, traditionnellement représenté par les chiffonniers, les ferrailleurs et marchands de peaux de lapins. Pourtant, depuis quarante ans, ces activités ont laissé place à une véritable industrie, composée d’entreprises de toutes tailles et dotées d’équipements technologiques innovants. Le cadre réglementaire sur les objectifs de recyclage, la protection de l’environnement, les ICPE, etc. est venu structurer la profession pour la prendre plus sûre, plus respectueuse de la santé et de l’environnement.
Malgré cette dynamique industrielle qui a généré en France en 2020, un chiffre d’affaires de 7,6 milliards d’euros et a permis le traitement de plus de 73 millions de tonnes de matières (dernier rapport annuel de Federec), le secteur reste finalement encore peu connu des jeunes et des demandeurs d’emplois en général. « Travailler dans le déchet est toujours très connoté quand on ne connaît pas le domaine. On relie souvent le métier aux poubelles et à la saleté. Mais une fois dans le recyclage, en général, on y reste » souligne Sylviane Troadec, présidente de la Commission sociale chez Federec. A ce jour, la fédération recense environ 33 000 emplois directs et non délocalisables dont 87 % de CDI (soit une augmentation de 7,6 % depuis 2018). Selon une étude menée pour Federec en 2021 par le cabinet KYU, d’ici 2030, ce marché devrait recruter 17 000 postes (dont 8 000 créations pures et 1000 personnes à remplacer chaque année suite à des départs en retraite).
Manque de communication
Non seulement, les outils industriels développés dans l’activité de recyclage évoluent, mais ils favorisent la montée en compétences et les promotions au sein des entreprises. Si pour l’ensemble de l’industrie française en général, les difficultés de recruter sont un fait, notamment dans le secteur de la logistique et de la maintenance technique, le recyclage pâtit en outre d’une mauvaise image liée aux déchets et au travail manuel insuffisamment valorisé. La palette des métiers proposés dans le secteur est pourtant très vaste. Outre les postes classiques de chauffeurs et de conducteurs d’engins industriels, l’industrie du recyclage recrute tous les profils et tous les âges : de l’agent de tri peu qualifié, au conducteur de ligne, du technicien de maintenance d’installations de broyage ou de tri optique, au chef d’équipe et d’exploitation. Pour ces métiers, des formations diplômantes existent (CAP, CQP, licence Pro). Les Certificats de Qualification Professionnelle sont révisés tous les cinq ans et les contenus pédagogiques réactualisés.
Depuis plusieurs années, les efforts n’ont pas manqué au sein de la fédération pour faire connaître ces métiers auprès des plus jeunes. Des visites virtuelles réalisées au sein des collèges et des lycées professionnels ont apporté une dimension plus environnementale au recyclage. Mais cela ne suffit pas pour donner l’envie, insiste Sylviane Troadec. D’un autre côté, Federec s’est investi dans la formation continue à travers Formarec, pour répondre aux besoins des entreprises et de leurs salariés. Mais là encore, trop peu de demandes des entreprises. Le manque de communication sur les formations dispensées et l’insuffisance des lieux d’enseignement en régions ont conduit progressivement à cette désaffection.
Une école nationale pour 2022
C’est pourquoi, Federec a décidé sous l’impulsion de son nouveau président François Excoffier (élu en 2020), de créer une école nationale du recyclage et des ressources (EN2R). Lancée courant 2022, cette institution s’appuiera sur l’expertise de l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes), organisme français créé en 1949 qui possède 116 centres de formation, 13 directions régionales et une direction générale basée à Montreuil (Seine Saint Denis). L’Afpa est le partenaire formation et conseil de plus de 6000 entreprises. « Ses nombreuses implantations sur le territoire sont un atout pour notre secteur. Sur la base d’une logistique existante, nous allons pouvoir diffuser notre contenu pédagogique au plus près des entreprises, des salariés et des demandeurs d’emplois » se réjouit la présidente de la Commission sociale. Initié avant la pandémie, le projet d’école a été acté en janvier 2022 en conseil d’administration de Federec. La mise en œuvre d’un calendrier de programmation et de localisation des formations est en cours. Les enseignements seront délivrés par des experts juridiques et techniques, des spécialistes des déchets et des procédés de recyclage, mais aussi des consultants indépendants. Ces formations seront de deux types : la formation continue pour répondre à une montée en compétences des salariés et des sessions de plus courte durée pour former de nouvelles recrues (jeunes ou demandeurs d’emploi). « Nos métiers évoluent comme beaucoup de secteurs vers de nouvelles technologies et de la digitalisation. Il est donc important de conserver nos métiers historiques, en adaptant nos outils et nos installations à la réglementation et aux nouveaux marchés ».
Des métiers pour tous les profils
Le 18 mars 2022, pour célébrer la Journée mondiale du recyclage, Federec organisera plusieurs ateliers et tables rondes dont une consacrée à la formation : « Métiers et formations dans le secteur du recyclage : une nouvelle dynamique pour des emplois non délocalisables ». L’occasion pour la Commission sociale de présenter tous les niveaux de formation recherchés, du CAP aux Masters, dans des domaines variés, de la technique en passant par le management ou l’ingénierie. La profession veut avant tout former ses futurs salariés et déconstruire les idées reçues sur le recyclage des déchets. Les jeunes de 18-30 ans sont la cible de cette industrie, mais pas que. Les séniors et les demandeurs d’emploi ont également des chances de trouver un travail dans un secteur ouvert à de nombreuses compétences. « Nous travaillons aujourd’hui à remettre les strates dans l’ordre, à commencer par la dispense de formations dans les territoires, au plus près des besoins. Sans cela, notre industrie ne sera jamais attractive pour les jeunes en recherche d’emploi. Dans cette diversité, nous privilégions les métiers historiques qui permettent à de nombreuses personnes de se faire embaucher. Mais nous n’oublions pas les compétences hautement qualifiées qui impliquent des formations scientifiques et d’ingénierie » insiste Sylviane Troadec. L’idée de créer des passerelles entre l’industrie du recyclage et le monde universitaire a germé il y a deux ans dans l’esprit de Marc Péna, dirigeant du groupe Péna et ex-président de Formarec. Le projet n’a pas disparu, juste mis en sommeil.
Crédits : Paprec, Suez
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