Répondre aux objectifs de réemploi sur un territoire implique une connaissance précise du contexte local et la maîtrise de certaines compétences. Dans le cadre de sa stratégie sur le zéro déchet en 2040 et l’économie circulaire, la région Bretagne va proposer une formation qualifiante pour ses techniciens valoristes. La création en 2023 d’une « Université bretonne du réemploi » est le début d’un processus de structuration de l’activité.
« Compte tenu des informations relayées par les acteurs de l’ESS en région et le réseau national des ressourceries et recycleries, nous avons une spécificité bretonne forte sur le réemploi : la proportion des emplois pérennes est supérieure aux emplois en insertion alors qu’à l’échelle de la France, c’est l’inverse », insiste Stéphane Méder, directeur de la ressourcerie Cap Solidarité Ouest Cornouaille. En pratique, cela signifie que de nombreuses personnes sur ce territoire choisissent volontairement de travailler dans le réemploi solidaire ; elles n’ont donc pas forcément besoin d’un accompagnement en insertion, car elles ont déjà la maîtrise de plusieurs savoirs et dans bien des cas, sont dotées de diplômes de l’enseignement supérieur. Cette situation est de plus en plus fréquente en Bretagne et montre un basculement vers des choix de vie d’ordre sociétal et environnemental. Face à cette tendance, les structures de l’ESS et la CRESS Bretagne ont mis en évidence un besoin de reconnaissance du métier qui pourrait se traduire par l’instauration d’une qualification à partir de compétences identifiées et de pratiques existantes.
« L’évolution réglementaire, les enjeux sur le pouvoir d’achat, la prise de conscience environnementale et l’engouement pour le marché de la seconde main nous rattrapent en tant qu’acteur du réemploi solidaire, souligne Emilie Besnier, chargée de mission Réemploi au sein de la CRESS Bretagne. Bien qu’acteurs historiques du réemploi et de la seconde main, les structures d’insertion sont aujourd’hui, à cause ou grâce à tous ces paramètres, confrontées à de nouveaux concurrents, motivés par des enjeux essentiellement économiques ». Dans ce contexte, la CRESS Bretagne et quatre partenaires opérationnels, des ressourceries et recycleries du Finistère et d’Ille-et-Vilaine, ont élaboré un projet de formation au métier de technicien valoriste au service du réemploi solidaire. Celui-ci se traduit par la création d’une Université bretonne du réemploi et a reçu le soutien de la région Bretagne, de l’Ademe, du fonds Feder, et de l’école des métiers de l’environnement, basée à Rennes. Dans cette région, le réemploi enregistre en parallèle une augmentation des flux et de la demande sur le territoire mais pour favoriser une offre de qualité, nous avons besoin de mettre en valeur des métiers et des compétences, insiste Emilie Besnier. D’où le lancement de cette Université du réemploi, avec l’ambition de déployer une formation certifiée par France Compétences. Au préalable, une expérimentation sera lancée au printemps 2023 pour tester les enseignements pédagogiques proposés et les équipes encadrantes et d’animation.
Reconnaissance de métier
Derrière cette appellation ambitieuse d’« Université » qui met en valeur les métiers du réemploi, la formation doit se décliner en plusieurs modules, en lien avec le parcours de l’objet réemployé. Tout d’abord, l’étape de collecte, préalable essentiel au réemploi. Le candidat devra connaître toutes les catégories de gisements concernés avant de réaliser un tri et une remise en état. Celle-ci consiste à nettoyer, réparer, et reconditionner si besoin un objet ou un équipement. Le métier de technicien valoriste tel qu’il est conçu par l’ensemble des acteurs de l’ESS, correspond au titre 4 (niveau bac) des métiers en insertion. En troisième étape, la formation pourra dispenser des connaissances sur la vente, comme savoir évaluer le prix d’un objet selon le pouvoir d’achat de la population locale, les besoins et sa valeur intrinsèque. Une veille sur l’information en ligne pourra être communiquée. Sur le plan marketing, la formation accompagnera la personne sur la mise en valeur et en vitrine de l’objet. Sans oublier le volet sensibilisation qui permettra aux futurs techniciens valoristes de communiquer aux usagers les bonnes pratiques sur la réparation, le réemploi et la sobriété.
Cette formation sera proposée sur une période de quatre mois et répartie à 50/50 entre théorie et pratique. Elle s’adressera à des personnes en insertion, éloignées de l’emploi mais également à des salariés en reconversion ou à des porteurs de projets dans le réemploi : « nous considérons que le réemploi solidaire devient désormais autre chose qu’un simple tremplin à l’insertion professionnelle, insiste Stéphane Méder, partie prenante du projet. Dans ces conditions, nous devons créer de la valeur ajoutée à cette activité, et faire en sorte que les compétences associées (techniques, autonomie en prise de décision, capacité de supervision) contribuent à structurer le réemploi solidaire, à l’échelle régionale et nationale ».
Structuration nationale
L’Université bretonne du réemploi sera en lien avec le réseau breton des recycleries qui est en train lui-même de se structurer. Au-delà de la démarche régionale qui répond à des besoins concrets et techniques, ce projet de formation s’inscrit dans un chantier national. Il est complémentaire avec ce que propose le Réseau national des ressourceries et recycleries (RNRR) par exemple pour les agents du réemploi (niveau 3) et au final, bénéficiera d’une certification reconnue à l’échelle nationale. « Nous allons former dans un premier temps les futurs opérateurs des recycleries et ressourceries de l’ESS mais rapidement, d’autres catégories de personnels pourront recevoir cet enseignement, ajoute Emilie Besnier. Je pense notamment aux agents des collectivités où des besoins vont se faire sentir dans les déchèteries, mais aussi au sein d’entreprises privées amenées à travailler dans le réemploi ». D’autres types de coopération apportées par Pôle Emploi ou Ascoria, organisme de formation dans le social, sont envisagées en Bretagne pour mettre en œuvre la formation au métier de technicien valoriste. Le lieu de dispense des enseignements est en cours d’étude, à Rennes ou à Brest. « Il est en effet important d’avoir un site physique pour rapprocher l’offre du public. Le choix est avant tout stratégique, car il dépendra du bassin d’emplois potentiels à développer. L’idée bien sûr est de former des personnes sur le périmètre dans lequel elles pourront ensuite trouver un travail », explique Emilie Besnier.
En lien direct et quotidien avec le terrain et le public (acheteurs et salariés de l’ESS), Stéphane Méder perçoit ce projet de formation comme une opportunité sociale pour la région Bretagne, en phase avec des besoins précis. Pour autant, il est convaincu que ce chantier est une première étape à une transformation importante du secteur : « derrière le réemploi solidaire que nous pratiquons depuis des décennies dans l’ESS, on peut tirer de nouvelles ficelles que sont l’éco-conception, la réparation, le low-tech, l’économie de la fonctionnalité. Cela invite plus que jamais à repenser nos activités sous le prisme de l’innovation au service de l’écologie et du bien vivre ensemble ».
Crédits : Erwan Larzul, Chloé Gousset, Clémence Braud
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