La REP Textiles aide la réparation et l’upcycling

Deux fonds de 205 millions d’euros et un bonus sur la durabilité

Entre 500 et 600 000 tonnes de textiles, de linge de maison, de chaussures (TLC) sont commercialisées chaque année en France et destinées aux ménages. Depuis sa création en 2009, la filière REP Textiles peine à collecter 50 % du gisement. Avec la loi AGEC, l’État veut changer la donne, en ciblant la réparation et l’upcycling. En jeu : réduire les déchets et prolonger la durée de vie des textiles. Deux fonds d’un total de 205 millions d’euros seront attribués sur six ans en plus du soutien au tri. 

Depuis le lancement de la filière REP Eco-TLC en 2009, la collecte est passée d’environ 100 000 t à 239 000 t en 2018 et à 204 000 tonnes en 2020. Malgré les objectifs inscrits au cahier des charges de l’éco-organisme agréé et aux soutiens attribués au tri, la collecte n’a jamais atteint 50 % du gisement mis en marché. En termes de valorisation, on y est presque avec environ 90 % de réutilisation et de recyclage, mais l’objectif fixé à fin 2022 de 95 % ne sera pas atteint. Ces difficultés rencontrées par la REP TLC n’arrangent pas les affaires de l’industrie textile qui concentre tous les maux d’une économie linéaire de plus en plus dénigrée : empreinte environnementale élevée, procédés de fabrication polluants, vecteur d’une surconsommation liée à la mode et des produits à bas coût.

La collecte des textiles plafonne à 40 %

Depuis dix ans, la filière REP textiles fonctionne principalement grâce au marché de seconde main, la fripe, à plus de 50 % des flux collectés. Mais la dégradation de la qualité des textiles vendus, parce que fabriqués en grande majorité dans des pays low-cost, a conduit à une dégradation du vêtement d’occasion. Résultat, seulement un vêtement sur 10 est réutilisé et plus de flux sont à recycler. Ce schéma rencontre aujourd’hui ses limites face à des techniques de recyclage pas assez abouties pour absorber les vêtements issus de la fast-fashion. Selon le ministère de l’Ecologie, les Français consomment en moyenne 60 % de vêtements de plus qu’il y a 15 ans et les utilisent deux fois moins longtemps. Dans une récente étude Kantar sur l’évolution de la consommation de textiles d’habillement, linge de maison et chaussures (TLC), réalisée pour Refashion, l’éco-organisme de la filière Textile, les résultats montrent que le prix est toujours le critère de choix numéro un, pour une part importante de la population. Ainsi, 70% du volume acheté correspond à des articles d’entrée de gamme, ce qui a des conséquences sur le cycle de vie des produits.

Trois nouveaux dispositifs

 

Dans ce contexte, la loi AGEC de 2020 a prévu une réforme de la filière pour rehausser son niveau de performance à tous les niveaux (collecte, tri, réutilisation, réemploi et recyclage). En particulier, elle mise sur des produits plus durables, de meilleure qualité, et mieux éco-conçus pour être facilement réparés et réemployés (dans un processus d’upcycling par exemple). L’État donne cette direction plus franche vers la durabilité et le réemploi des TLC à travers la révision du cahier des charges de la filière REP qui entrera en vigueur au 1er janvier 2023. Trois nouveaux mécanismes vont faire leur entrée. Le premier porte sur l’instauration de primes dès 2023 en faveur des produits vertueux ; ainsi, pour les vêtements ou chaussures jugés durables selon l’annexe III du cahier des charges, les contributions versées par les producteurs à l’éco-organisme seront modulées à la baisse. Une prime sera également accordée pour tous les articles intégrant des matières premières issues du recyclage.

Pour réparer, la filière va devoir miser sur des articles de qualité, idem pour l’upcycling

Le deuxième dispositif concerne la création d’un fonds doté de 150 millions d’euros, afin de réduire les coûts de la réparation des vêtements et des chaussures. L’idée est « de participer au financement des coûts de réparations réalisées par un réparateur labellisé, y compris lorsque la réparation est réalisée avec la participation de l’utilisateur, notamment à distance ». Enfin le troisième levier s’appuie sur la création d’un fonds de 100 millions d’euros pour contribuer au réemploi de textiles usagés. Il va servir à financer la remise en état de TLC et permettra de refabriquer des pièces neuves. A partir de textiles abîmés, des entreprises peuvent réaliser de l’upcycling avec d’anciens vêtements, comme confectionner une chemise à partir de plusieurs pièces de chemises découpées. L’objectif de réemploi vise à compter de 2024, un gisement de 120 000 tonnes de TLC.

Ces mesures sont le fruit d’une concertation entre tous les acteurs menée par la secrétaire d’État à l’Ecologie Bérangère Couillard. Une centaine de parties prenantes ont répondu à l’appel et ont permis d’enrichir le dispositif. Toutefois, celui-ci ne pourra atteindre ses objectifs sans la mise en œuvre des éco-scores. La Secrétaire d’Etat a fait le point avec les acteurs, ONG, associations de consommateurs et entreprises sur les expérimentations en cours en 2022. Certains tests se déploient ; d’autres sont à l’étude. Objectif : proposer fin 2023 à l’échelle nationale, un système d’affichage pour aider le consommateur à s’orienter vers un geste d’achat plus vertueux, au même titre que le nutriscore pour l’alimentation ou l’indice de réparabilité proposé sur les appareils électro-ménagers et informatiques.

Le fonds réemploi n’est pas un soutien au tri

Maison Ma Bille à Lyon mise sur l’upcycling

La filière textile a comme particularité historique, de soutenir financièrement les opérateurs qui trient les textiles usagés pour les orienter vers la réutilisation, c’est-à-dire la fripe, ou sinon le recyclage, la valorisation énergétique ou l’enfouissement pour les déchets ultimes. Ce soutien au tri se poursuit dans le nouveau cahier des charges et a été réévalué après un travail de concertation mené avec l’éco-organisme et l’Ademe. Aujourd’hui, à ce soutien au tri s’ajoutent des outils favorisant le réemploi. L’un des objectifs de cette filière sera de rendre compétitifs et attractifs, les vêtements de seconde main et les vêtements les plus durables. « Il n’y a pas que la dimension écologique de production et de valorisation, il y a aussi la capacité à payer. Pour rendre cette démarche accessible au plus grand nombre, nous proposons un dispositif à multiples facettes » indique Amélie Coantic, directrice de cabinet de Bérangère Couillard, secrétaire d’État à l’Ecologie.

Sobriété et pouvoir d’achat

 

La mode à petit prix, une pratique toujours ancrée chez les Français

Les pouvoirs publics et les acteurs de la filière REP comptent beaucoup sur l’évolution de l’achat éco-responsable. L’étude Kantar révèle que les périodes de confinement ont suscité chez une partie de la population, un désintérêt pour la « mode jetable » et les « petit prix ». En juin 2022, 33 % des Français déclaraient vouloir acheter moins qu’avant en privilégiant des articles qui durent dans le temps. Pour un quart de ces Français, il ne s’agirait pas d’acheter des produits plus chers et de gammes supérieures mais plutôt de s’orienter vers une autre alternative comme la réparation des vêtements et des chaussures pour en prolonger la durée de vie.

Si le souhait est louable et justifié au regard du trop-plein des placards, la réalité des achats du marché, concentrés encore à hauteur de 70 % sur de l’entrée de gamme (non réparable car de mauvaise qualité et pas éco-conçu), pourrait limiter le vivier potentiel pour la réparation (déchirure, ourlets trop courts, assemblage de points durs …). Pour faire évoluer ce secteur vers plus de sobriété et de qualité, les pouvoirs publics sont attendus dans leur rôle de chef d’orchestre, à condition que les consommateurs et les fabricants s’accordent sur la même partition. Face à un pouvoir d’achat en berne, les premiers seront-ils prêts à jouer la sobriété en préférant la seconde main ou réparer leurs vêtements ? Face à un pouvoir d’achat en berne, les seconds seront-ils prêts à vendre des articles plus durables, et accessibles au plus grand nombre, quitte à proposer de nouveaux modèles de consommation ? Rendez-vous sans doute dans un an.

Crédits : Nathalie Ecuer, Maison Ma Bille

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